Magic The Gathering-Jdr

Jeu de rôles inspiré du jeu de cartes
 
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 Le dernier souffle [Terminé]

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Yarkol
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MessageSujet: Le dernier souffle [Terminé]   Jeu 16 Juil 2015 - 11:30


Yarkol l'ex-gruul, le berserker, le semi-elfe, la flamme. Ishmæl l'enfant perdu, orphelin du monde et véritable fils de Ravnica. Au coeur des territoires de la Légion de Boros, alors que le soleil déclinent, ils observent Fort central, ainsi que le régiment posté devant.
Les cinq lunes se sont écoulées. Yarkol n'avait pas dit où le trouver, mais Ishmæl l'avait senti.

Assis sur un toit, à côté de son compagnon, l'ancien psora soupira. Il parlait d'un ton neutre, presque ennuyé.


"Ils l'appellent Humanité, comme si c'était une qualité. Je préfère être un monstre, l'humanité est trop horrible. J'ai vu les bêtes avoir peur, je les ai vu souffrantes et tristes. J'ai vu des bêtes se battre par faim, s'entredévorer et s'exclure, j'ai vu les bêtes et je vivais parmi elles, sans regrets. J'étais avec les Gruuls quand ils chassaient, je sais ce qu'est l'excitation de la traque, je connais le plaisir de tuer, la sensation de victoire lorsque la vie quitte la proie. Et j'ai aimé sans honte la violence pure. Mais j'étais alors un animal et j'écoutais la terre et le vent, je priais pour l'eau et m'abreuvais de sang encore chaud. J'écoutais les cœurs de mes victimes et je chantais sur les carcasses. Et jamais, de ma courte vie, je n'ai eu à regretter un seul de ces instants, le bonheur est simple lorsque l'on n'est rien.
Mais l'horreur, je l'ai connue dans la civilisation, j'ai vu la haine et la peur, la crainte de choses inconcevables. La cruauté n'existe pas sous cette forme en dehors de notre cité, mais elle a englouti le monde et beaucoup se sont persuadés que telle est la nature de nos âmes. Ils ont perverti l'essence de nos cœurs, et jamais je n'avais vu tant de haine. C'est l'Humanité, le problème. La guerre qu'ils ont déclenché est faite d'esprits et d’espoir, elle engage l'âme et non le corps. L'attachement à une idée survit à nos morts, la frustration est telle que les morts ne trouvent plus le repos et reprennent le combat. Ils ont condamné les âmes de leurs propres frères à un enfer qu'aucune bête n'avait jamais fait naître. La tristesse, le regret, l'amertume ont engendré tant de colère, tant de souffrance que le monde est changé à jamais. J'étais Yarkol dans les plaines, j'étais Yarkol, frère Gruul, j'étais Yarkol le sauvage dans la cité des voleurs, j'étais encore Yarkol quand les fils de Ravnica ont vu le jour. Mais que reste-t-il à perdre ici? Mes idées ne sont que des rêves absurdes, le supplice créé ici me dépasse, et je n'ai aucune honte à le dire : je suis vaincu. Cette ville ne peut être sauvée, je ne peux changer sa structure de rouages, ses lois sont les plus fortes.

C'est trop pour moi, je n'entend plus le chant de ma mère, je n'entend plus le cœur de la terre. Mon frère est une bête égarée qui perd pied dans la cité. Tous mes frères sont fous, ce monde à brisé leurs esprits et ils cherchent à recoller des pièces qui se sont perdues il y a longtemps. Toi aussi, Ishmæl, quelqu'un t'a brisé. Je sais que tu n'es pas celui que tu penses être, j’entends la bête dans ton cœur et j'y reconnais un frère, mais l'enfant que tu es aujourd'hui... N'est pas la bête que j’entends. Je ne sais pas quel chemin tu suivras. Aenorial, souviens toi de ce nom. Tu es lié à lui, d'une façon profonde, tu es lié à lui, vous avez...la même odeur. Même si la tienne est mieux masquée que la sienne. N'oublie pas Aenorial, n'oublie pas les fils de Ravnica. Mais oublie Yarkol, mon frère. Aujourd'hui est son dernier jour.
"

Puis il sauta du toit et se dirigea vers la place.

L'incarnation du chaos est souvent d'un naturel primitif et prévisible, caractérisé par une instabilité chronique. Ainsi chacun des pas de l'ancien Gruul était un claquement de fouet dans le mur du silence, chaque fois que son talon foulait le sol, la pierre chauffait. Sa démarche cadencée était d'une rigueur métronomique, son chemin calculé à l'avance, d'une incroyable banalité. Il marchait droit, se dirigeant sans surprise vers sa proie.
Le roulement de ses muscles secs et noueux faisait s'entrelacer ses cicatrices blanches et brunes, ce qui de loin donnait l'illusion d'un macabre simulacre de danse formé par des motifs tribaux. Les ombres  flottaient et glissaient sur lui, accentuant l'aspect dérangeant et surnaturel de son corps mutilé. Son regard de pierre se fixa sur l'un des Wojek armé d'une hallebarde. Sans attendre, ce dernier marcha lui aussi en direction du fou qui les défiait. Pas de pitié pour les hors-la-loi et les fauteurs de troubles, encore moins pour les monstres fous qui immolent les innocents et déclenchent des émeutes. Avec une rigueur militaire, l'escadron d’exécution composé de quarante soldats Boros se mit en position offensive. Il fallait faire régner l'Ordre. Il fallait exécuter Yarkol, le Gruul pyromane.

Le bruit répugnant de la lame se libérant des chairs presque cicatrisées fut la seule réaction qu'ils obtinrent. Un tranchoir grossier et disproportionné s'écarta lentement du bras cytoplasmique carbonisé du semi-elfe. Ce n'était pas un bras mort, mais bien un membre en état de marche. Une substance épaisse et visqueuse couvrait la lame, mais elle s'évapora dans les quelques secondes qui suivirent. Le tranchoir démoniaque devait être chauffé au rouge en ce moment. Cependant aucune hésitation, aucun mouvement de recul ne se fit sentir dans les rangs. Ils étaient quarante contre un. Et rien de ferait reculer la sentence de la Légion. Quand bien même il ferait reculer le peloton d’exécution (ce qui relevait de la folie) le commandant Vorian, le Maitre-Lame, se tenait dans la rue adjacente pour affaire. Peut-être viendrait-il féliciter le travail bien fait?

Une lueur rouge apparut dans la main droite du semi-elfe. Ce n'était plus un avertissement, mais un engagement. De sa voix grave et sèche, il hurla comme on hurle un ordre ou une insulte :

"Je suis Yarkol !"

Et comme pour lui répondre, un soldat minotaure cria en chargeant "Justice !"

Et alors le chaos dévoila son jeu. Aussi simplement et rapidement que l'on retourne une carte, le massacre commença. Les premiers rangs subirent l'effet de surprise: agile et de petite taille, l'ennemi ne les affronta pas directement, il roula et plongea dans leur rang, se contentant d'esquiver les coups de haches et de lances. Alors il plongea la main dans une de ses poches et lâcha quelque chose au sol. Personne n'y fit attention : à quarante contre un, il suffisait qu'un d'entre eux empale l’énergumène sur son arme pour mettre fin à cette comédie. Ce n'est que lorsque l'objet lâche explosa violemment que les rangs se déssoudèrent et qu'un début de panique s'installa. Il n'y eut que des blessés mais le souffle avait éparpillé les soldats : seul, il pouvait marcher sur eux et les tuer. Décidément monstre avait semé le chaos pendant bien trop longtemps.
Un cri rallia les Boros et ils changèrent de tactique. Ils le cernèrent en adoptant une posture défensive. Ils allaient l'acculer lentement et l'embrocher de toute part. Mais le fauve ne les laissa pas faire: lorsqu'ils s'approchèrent en rang serrés, afin de ne pas se retrouver encerclé, il décida de passer à l'attaque, et sa charge fut dévastatrice. Il esquiva les premières lances et décapita deux soldats en sautant, tournoyant sur lui même. Chaque coup parait un coup ou en portait un ; une efficacité pure et mortelle. Il esquivait puis tournait, et son tranchoir, impitoyable et cruel, s'abattait sur un soldat. Il prit la tête d'un minotaure et l'envoya avec une force phénoménale sur les hallebardiers. La distraction de quelques secondes fut fatale à deux d'entre eux, qui regardèrent avec étonnement leurs boyaux tomber au sol.

Les autres attaquèrent rapidement, mais il semblait se faufiler entre leurs armes, comme une bête de combat entièrement dévoué à sa tâche, dans une transe d'intense concentration qui lui faisait voir toutes les possibilités. Il enfonça son tranchoir dans ses proies et en sortit leurs entrailles avant de passer aux suivants. Il ne faisait pas que se battre: il s'amusait. La lueur dans son regard cruel avait changé, ce n'était plus l'éclair froid de détermination qu'ils avaient vu foncer sur eux tout à l'heure. Non, c'était maintenant deux billes de joies qui se fixaient de proche en proche sur le prochaine danger mortel qu'il éliminerait ; il vivait. Le carnage était impressionnant. les cadavres s'empilaient les uns sur les autres comme s'ils le voulaient, les vivants trébuchaient sur les morts et glissaient dans leurs viscères. Il courait dans les rangs, tranchant, découpant, tailladant tout ce qu'il pouvait. Il frappait, se retournait, parait puis achevait ses proies, il n'était plus qu'une tornade de chair et d'os répandant le sang et la mort. Alors il se mit à rire, et de son poing rougeoyant sortit un éclair enflammé. Tous s'écartèrent avant de comprendre qu'ils n'étaient pas visés. Les cadavres entassés prirent feu et une montagne de flamme vint fleurir sur la place.

L'odeur leur piqua les yeux et la gorge, l'horreur de ce spectacle auquel ils ne s'attendaient pas les pétrifia. Comment était-ce arrivé ? Il n'y avait eu que des claquements de métal et des gargouillis d'agonie, puis le chaos... La peur commençait à poindre au fond des ventres. Alors ils se regroupèrent pour charger, et le berserker ne devait cette fois pas en sortir indemne. Enfin ils l'avaient touché, transperçant son épaule d'une lance ! Ne le laissant pas réagir, les autres soldats voulurent achever celui qui avait tué leurs frères, mais leur fougue fut une erreur. Arrachant d'un revers du poignet la lance fichée dans son épaule, le monstre se retourna et lacéra le visage de ses assaillant avec son abominable bras. Puis il envoya d'une détente de son bras gauche plusieurs lames sur les soldats plus éloignés. Peu de projectiles passèrent les épaisses armures de la Légion, mais la moindre éraflure provoquait une terrible brulure et une mort lente. La bête avait enduit ses couteaux d'un poison virulent. Les quelques gardes touchés malgré leurs protections lâchèrent leurs armes en hurlant.
Mais le pyromane ne leur prêtait pas attention, il continuait inlassablement son œuvre de mort. Il para un violent coup d'estoc et riposta en projetant un pyromana canalisé en l'instant dans la tête de l'assaillant, qui mourut sur le coup.

Il se dépassait. La violence des chocs, la détermination de ses adversaires provoquait une véritable jouissance dans les entrailles du Démon. Il sentait tout son corps chauffer et trembler à mesure qu'il tuait les légionnaires. Son plaisir n'avait pas de limite, il ne pouvait s’empêcher de rire. Qu'y avait-il de plus beau, de plus parfait ? N'était-il pas le plus heureux des êtres, à sa place et dans son élément, au milieu de ces corps et de ces proies vaillantes qui lui résistaient encore ? Sa conscience profonde de chaque particule du monde qui l'entourait le faisait vibrer. Assurément, c'est dans le combat que toute son âme s'éveillait. Pour sa survie certainement, chacun de ses réflexes se faisait aussi aiguisé que les lames qui tentaient de lui ôter la vie.
Le pyromane atteignait en ce moment le paroxysme de l'excitation, la quintessence de son être. Je suis Yarkol. Je suis la faux de l'esclave qui brille au clair de lune et s’abat sur les maitres, je suis le marteaux des forgerons qui brise le crane des milices plutôt que de leur forger des armes. Il continuait dans son ivresse à livrer combat, méthodique et rigoureux, il abattait les soldats de la Légion Boros un à un. Il y avait un rythme, dans sa danse meurtrière. Un rythme soutenu et puissant, détruisant au rythme des tambours de guerre qui résonnaient à ses tempes. Ces battements primaux réclamaient inexorablement plus de victimes. Il fallait tuer sans discontinuer, encore et toujours, à ce rythme effréné. Et son tambour de cœur ne cesserait jamais de battre, aussi longtemps que lui pourrait combattre. Il était une merveille de technique et d'adresse, la pièce parfaitement huilée dans une mécanique de destruction créatrice subtile qui ne se déroulait que dans son cerveau malade.
"Je suis l'art dans la technique, la souplesse dans l'acharnement. Mon éveil est votre fin, ma démence votre ultime raison de ne pas être. Les aveugles sont des inadaptés, que la nature supprime. Il est naturel que vous disparaissiez. La paix naîtra du sang dans mon sillage, je suis la voix du monde asservis et je crie vengeance. J'instaurerais une paix sereine et exaltante."
Il brisa le coude de son assaillant après une esquive. Le malheureux tomba, et Yarkol lui broya la gorge de son talon.
"Je suis Yarkol, la joie de la Libération."

Il exultait. Il respirait les effluves de sang et les âcres relents des cadavres se consumant ; son esprit se brisa presque, à la limite de l'inconscience. Il franchissait un cap, sa fureur libérée pouvait atteindre un stade plus évolué, plus abouti. Il pouvait exister réellement, pour de bon, il pouvait renaître. Il s'abandonna alors aux bras du monstre qui bouillait en lui. Lorsqu'il reprit conscience, il mangeait les entrailles d'un wojek collées sur son bras déformé. Il n'y avait probablement plus un seul soldat de vivant. Autour de lui, seuls les flammes chantaient leur douce et réconfortante mélodie. Elle dansaient pour lui et avec lui. Et pour un autre ? Encore ?

Aymeric titubait, un filet de sang aux lèvres, le regard dans le vide. Son pas hésitant traversait le champ de bataille. Alors il y eut le son de ses pas. Tel une bête, le regard du monstre se tourna vers l'origine du bruit.
Terrifié, le jeune Boros se mit à courir. Le grand brasier ne l’inquiétait même pas: il traversa les flammes en hurlant, suivit par son assaillant sauvage. Le monstre prit une des lames qui pendait à sa ceinture, laquelle était ornée d'étranges dents de différentes tailles. Le poignet souple, il envoya la lame dans les jambes du Boros, qui tomba. La lame s'était fiché entre les lanières de son armure. Lorsque son bourreau s'approcha de lui, il cria de plus belle: il n'était pas aussi grand qu'il l'avait imaginer. La terrible bête s’avérait même plutôt petite, et ses oreilles allongées rappelaient celle des elfes. Mais ce démon aux cheveux avait ce bras terrible, et cette lame dentelée, comme sortie d'une rêverie de Rakdos lui-même.


"Des dernières paroles, Survivant?"

Les yeux affolés du Boros s'agrandirent. Il avait entendu ses frères implorer la pitié du monstre avant le sinistre gargouillis de leur gorge ouverte


"Je veux...Vivre."

Le monstre le regarda, ses yeux semblaient être ceux d'un enfant, mais son corps...une arme surentrainée, un condensé de cauchemar rougeoyant. Sa sueur paraissait s'évaporer fin volutes blancs.

"Pourquoi ça ?"

La question laissa l'adorateur d'ange silencieux. Il s'était attendu à mourir dans la seconde, ses entrailles sur le sol, étripé de la main de son bourreau.
Il chercha désespérément une raison qui pourrait toucher cet elfe démoniaque, mais il semblait tellement étrange, tellement hors du monde que rien ne devait l'atteindre. Était-il seulement capable de compassion? Il ne faisait sans doute que jouer avec lui avant de l'achever.

"Pour... pour rien ! Je veux vivre, c'est tout..." Il retint la supplique qui voulait franchir ses lèvres.
Alors un sourire étrange déforma le visage de son adversaire, et ses yeux le fixèrent avec un intérêt non dissimulé.


"Mais voilà une bonne raison. Peut-être que même les Boros peuvent-être sauvés, après tout."

Et il disparut dans les flammes, laissant le blessé seul au milieu de la mort, terrifié à l'idée que le monstre ne puisse revenir. Mais alors qu'il se pensait seul, la voix, lointaine, hurla depuis le centre du massacre, probablement debout sur les cadavres des trente neuf autres membres de l'escadron Boros, exultant:

"Je suis Yarkol, le Vent de la Révolte ! Je suis Yarkol ! Je suis Yarkol !"

Aymeric alors, serrant les dents pour ne plus penser à la douleur dans sa jambe, se mit à courir. Lorsqu'il atteignit le coin de la rue, il vit la garde personnelle de Vorian, groupée et prête au combat.

"Nous avons entendus les cris, soldat. Que vous est-il arrivé? Combien sont-ils ?"

Le jeune Aymeric s'écroula, le poison le terrassait déjà.

"Il est là... Yarkol...Le monstre. Personne n'en...a...réchappé..."

A peine eut-il terminé qu'ils foncèrent tous vers le champ de bataille. Un léger tremblement du sol aurait dû les alerter, mais ils n'y prêtèrent pas la moindre attention. Le quartier était désert, si l'on excluait les cadavres et les flammes. Tout avait été si calme, une demi heure auparavant ! Les choses avaient dégénéré trop rapidement. La vue du massacre anima une rage sans nom dans le cœur de chacun des gardes. Vorian lui-même jura de décoller la tête des épaules du monstre responsable de cela. Lorsqu'ils trouvèrent Yarkol, derrière le brasier, il découvrirent stupéfait le semi-elfe qui dansait avec un cadavre en flamme dans une parodie de valse. Il profanait sans honte le corps d'un vaillant soldat pour son plaisir malsain. Sans attendre d'ordre, les soldats d'élites entourèrent l'ancien Gruul. Leurs lames touchèrent en plusieurs points la cible: leurs attaques coordonnées et précise étaient imparables. Toutefois ils ne parvinrent pas à blesser grièvement le diable qui se débattait devant eux, ses cheveux bleu hirsutes se mouvant comme une ombre sous le fil des épées. Plus sûr de lui, l'un des soldat tenta une décapitation tandis que leur jeune adversaire esquivait deux coup de taille en se fendant. Il évita l'assaut, recevant dans le mouvement une profonde entaille à la tempe.
Comme si cette attaque avait ranimé une nouvelle vague de rage en lui, Yarkol fonça sur le soldat et acharna ses coups sur lui. D'un geste assuré, le Boros enfonça son épée dans le bras du semi elfe. Loin de se dégager, il enfonça la lame profondément dans sa chair pour combler la distance maintenu par l'arme entre lui et sa proie, et ouvrit le malheureux par le bas avec sa terrible lame. Lorsque le soldat tomba, Vorian dégaina ses deux épées.


"Reculez, tous!"

Les six manas blancs et rouges que le commandant avait accumulé durant cette couteuse diversion s'agitèrent autour de ses lames avant de se fondre dans l'acier, enchantant le fil des épées.
Alors, avec une rapidité surhumaine, il fonça sur le semi elfe et lui trancha une jambe. Le coup fut rapide et précis, l'os avait été sectionné net  sans plus de résistance que la chair et le muscle qui l'entourait.
Comme s'il avait vu venir le coup sans pouvoir le parer, le semi-elfe plaqua un mana rouge ardent contre la plaie dont le sang s'écoulait à flot. Il poussa un hurlement où la douleur se mêlait à l'exaltation. Il ne faisait aucun doute pour l'escadron que l'ennemi devait être un adorateur de Rakdos. Yarkol commençait à se redresser sur un bras lorsqu'il baissa les yeux vers son abdomen, où se trouvaient cinq pouces d'acier enchanté. Qu'est-ce qu'ils faisaient là ? En remontant du regard le long de la lame, il vit la main gantée de Vorian crispée sur le cuir de la poignée.

La douleur... La souffrance, la frustration, tout cela ne faisait qu'attiser sa haine. Vaincu par un Boros? Écrasé par leur Justice? Leur stupide Ordre aurait-il ce pouvoir ? Il ne pouvait en être ainsi. En serrant les dents et les poings, Yarkol hurla toute sa haine, toute sa colère. Les pyromanas s'accumulèrent instantanément, il allait tout faire sauter. En quelques secondes, le commandant et ses soldats partirent se mettre à l'abri. Mais l'ancien Gruul n'accepterait jamais ce genre de défaite. Plutôt que de se faire exploser ou de brûler dans la canalisation de toute cette énergie, il se mit à tirer des projectiles ignescents dans tout les sens, des éclairs brûlants, des sphères enflammées et des jets de lave. D'innombrables foyers d'incendie naquirent alentours, et un autre guerrier d'élite trouva la mort, touché à la tête. Résolu à arrêter cette folie, Vorian s'avança et incanta une protection autour du semi-elfe. Puis il comprima la barrière pour assommer l'ennemi.


L'onde du choc sonna Yarkol. La clarté du jour agressait ses yeux comme lors des grands jours du désert. La grande lame glacée fichée dans son ventre ne lui paraissait pas si lourde les deux dernières minutes... Peut-être frotte t-elle un peu trop sur ses vertèbres...
Ses mains se tendirent vers l'avant, ses doigts se crispèrent dans le vide, étranglant le scélérat qui l'avait mis à mal. Rien ne se passa. Le vide...le silence. Le soleil lui brûlait les yeux, et tout se nimbait d'un blanc pur et profond. La brume l'aspirait dans un froid paysage d'hiver. Chacun de ses muscles se contracta sous l'effort, mais rien n'y changea. Aucune décharge rouge ne vint faire d'étincelle entre ses doigts. Il voulut encore faire un pas, mais ses jambe se dérobèrent sous lui. Était-il à genou au sol ? Il devait ramper, mais il ne voyait plus rien. Il glissa sur une cervelle répandue au sol sans parvenir à se redresser. Son corps ne répondait plus. Il sentait juste le tremblement du sol.
Alors vaguement, dans ce silence qui n'en était pas un, il entendit la voix grave et lourde de reproche, la voix accusatrice de l'épéiste.


"Pourquoi?"

Sa pensée fit tout un dialogue. Il repassa toute sa vie dans tous les sens en quelques secondes. Pourquoi ? Mais parce que je suis. Je suis Yarkol. Il voulait du sens. Une définition, un ordre, un caractère qui orienterait sa pensé vers la compréhension figée qu'on lui avait imprimée dans l'esprit. Jamais il ne saisirait quoi que ce soit. La seule véritable réponse, il l'avait hurlée à pleins poumons avant même d'engager le combat.
Mais l'Ordre n'avait pas ce genre de compréhension. Rien n'était en dehors de la raison, ou alors le fait s'improvisait un sens dans le néant, dans les limbes d'un triste désert sans nom qui n'était empli que de vide. Tout était vide de sens s'il n'y avait la raison, alors il faut en inventer là où il n'y en a pas. Du moins c'est ce que ces esprits pensaient dans leur esprit de rouge et de blanc. Mais le jeune Gruul savait. Il avait vécu. Il sentait le monde. Il n'y avait besoin d'aucun sens, d'aucune définition, donc d'aucun caractère, d'aucune doctrine, d'aucun préjugé. Il n'était que lui, mais cela suffisait amplement. Car il existait en dehors du sens, au dessus du sens. Il était non pas parce qu'il pensait, mais parce qu'il rêvait. Les pierres sont éternelles mais n'existent pas.

"Je suis éphémère mais j'existe plus fort que vous tous. Je suis réellement...Je suis réellement seul. Ils ne peuvent comprendre. A vos yeux, je ne suis qu'un fou... Parce que vous ne...vous cherchez la réponse. Vous ne pourrez la sentir...Qu'en existant vous même... Battez vous... Tuez ou mourrez, c'est ainsi. Si l'existence avait un sens physique, il serait palpable dans le sang..."

Voilà ce qu'il aurait aimé répondre. Mais sa bouche entrouverte ne laissa sortir qu'un sang épais et glaireux qu'il avait la sensation de vomir. Il cherchait des yeux son adversaire. Peut-être y avait-il un moyen de le tuer par la pensée? Mais sa vision trouble ne lui montrait qu'un désert blanc. Il ne sentait rien, même plus l'épée qui le transperçait de part en part.
Tout battait en retraite en même temps que son cœur. Son sang si chaud, son air, sa conscience, se dissipait, s'évaporaient... Il se sentait partir sans pouvoir dire où. Il sentait s'écouler ses forces...Sa blessure au bras ? Son épaule ? Sa tempe? Peut être sa jambe sectionnée? Non...Non, ce devait être son ventre, cette fichue épée... fouaillant ses entrailles...

Dans l'immense espace blanc et froid où il n'était plus rien qu'un rêve, il eut davantage de regrets qu'il ne le pensait. Tellement plus que ce qu'il avait espéré. Il voudrait pleurer sa mort, mais peu lui importe. Son rêve... Exister. Avait-il vraiment existé ? Sur les cadavres de ses ennemis, peut-être ? Il n'était plus qu'un silence. Dans la peine de leurs proches ? Un souvenir que le temps effacera. Dans la haine ? Il n'était qu'une petite tempête à l’échelle de l'éternité. Un rien. Et dans l'espoir alors? Avait-il fait briller le cœur de ses compagnons? Une armée ne l'avait-elle pas suivie, au fond de l'enfer et de la panique, jusque dans les tréfonds de sa folie, n'avait-il enfin pas des frères, au bout du compte ? Ils l'oublieraient sans doute. Pourquoi alors avait-il existé ?
Alors seulement il voulut vivre. Encore. Parce qu'il avait échoué ? Non. Parce qu'il n'avait simplement pas terminé. Pas encore. Il ne serait qu'un vague souvenir, un fantôme, s'il partait ainsi, maintenant. Il devait exister plus encore qu'avant, non seulement de sa propre philosophie, n'exister en soi que parce qu'on est, comme une pierre, mais en plus, être la pierre à travers leurs yeux. Il devait non seulement montrer son ascension, mais aussi la faire vivre. Il se devait d'être compris sans sacrifier la pureté de son message. Il devait exister sans langage, et se transcender au travers des autres sans jamais être altéré par eux. Il devait être Yarkol et Ils devaient être Yarkol. Sans quoi il serait mort sans avoir jamais vécu.

Sa vision redevint claire. Il posa la main sur la garde de la longue lame et sourit. Le sol trembla encore. Il extirpa la lame de son ventre, lentement, laborieusement, douloureusement, chaque centimètres de cet acier dur et froid frottant contre ses côtes d'une façon atroce. Ses yeux gris injectés de sang avaient une teinte presque violette, sa pupille ronde et sensible au moindre mouvement s'était étalée. Lorsqu'il termina de retirer la lame de son corps, sa mâchoire lui fit affreusement mal. Ses gencives ensanglantées avaient perdues toute sensibilités, mais il sentit sur ses lèvres que ses canines inférieures sortaient de sa bouche.
Il se redressa sur ses mains et son unique jambe, tel une bête rampante. Après avoir rendu sous une soudaine nausée un sang noir et visqueux, il s'adressa presque calmement à son adversaire et à ceux qui le rejoignait.


"Vous vous trompez...Aveugle...Mais pas sourd. Vous ne comprenez pas. Je ne suis pas un vent de Chaos dans l'Ordre de ce monde. C'est vous... Vous qui êtes un grain d'Ordre dans le Chaos. C'est vous qui n'êtes... pas à votre place. Vous existez pour l'Ordre, alors disparaissez, le Chaos est le véritable état de nature. Accomplissez vous dans la mort... Comprenez-moi..."

Mais lorsqu'il leva les yeux vers eux, il n'y avait plus que la haine. Si ce n'est dans le regard de Vorian. Il y lut le sentiment le plus abject et le plus abominable de tous ; de la pitié. Quelle humiliation, quel échec! Il avait fait une erreur. Il n'y a aucun éveil possible de leur part. Il ne pouvait leur montrer le chemin, il fallait les y trainer de force.

"Dommage."

Et le sol s'ouvra en grand sous les pied du semi démon. Tous reculèrent afin de ne pas se faire happer par le gouffre béant - la gueule ! - qui sortait de terre. La Guivre avala Yarkol et se fracassa dans le sol un plus loin pour disparaitre en un grondement qui finit par s'estomper. Vorian qui s'était écarté se tourna vers ses hommes, le regard grave.

"Alertez le conseil de la sécurité urbaine, à Azorius, et toutes les patrouilles à venir. Il nous faut prendre des mesures contre cet individu. Nous sommes en guerre."

"Mais Monsieur, il s'est fait avaler par une Guivre... Et nous ne pouvons pas déclarer de conflit ouvert à Rakdos !"

"Il n'est pas de ces barbares idiots. Il est bien pire. Ce fou... il pense dans la mauvaise direction, mais il pense droit, en piétinant tout sur son passage. Il y a de quoi s'engouffrer à sa suite, et en nombre. Il nous faut plus d'informations sur lui. Je ne veux pas me retrouver avec une crise civile sur les bras en pleine révision de grade, mon ascension serait remise en question."

"Bien, Monsieur."

_________________
« Et certains craignent le Temps, quand moi je crains les Hommes. S’ils craignent les âges, c’est qu’ils n’ont plus peur des autres, mais je sais que la poigne qui mettra fin à mes jours n’est pas celle du Temps.C’est celle de mon meurtrier, mon Glorieux sauveur, l’Être que je haïrais de toute mon âme pour avoir été meilleur que moi. »  


« Que craintes et cries crèvent les croix,
Le souffle siffle un soulèvement sanglant
Et pleurent les prêtres prônant les Lois

Brièvement, la brise les brise brillamment
Et chante enfin la liberté. »    A.C/ Yarkol.


Dernière édition par Jade Lyvaenya le Mer 15 Juin 2016 - 12:58, édité 6 fois (Raison : Corrections : orthographe/syntaxe/style)
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Yarkol
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MessageSujet: Re: Le dernier souffle [Terminé]   Jeu 16 Juil 2015 - 11:45

[HRP] C'était surement mon dernier post en tant que Yarkol. Je terminerais les quêtes où il est encore PNJ, mais ses prochaines apparitions seront très différentes. Nouveau personnage, nouveau nom, nouveau départ ! Pour les intéressés, Ishmæl a été témoin de toute la scène depuis son toit, et il est le seul à savoir à quoi Yarkol peut ressembler maintenant. Lui et environ 4 Boros survivants, ainsi que Vorian. [HRP]

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« Et certains craignent le Temps, quand moi je crains les Hommes. S’ils craignent les âges, c’est qu’ils n’ont plus peur des autres, mais je sais que la poigne qui mettra fin à mes jours n’est pas celle du Temps.C’est celle de mon meurtrier, mon Glorieux sauveur, l’Être que je haïrais de toute mon âme pour avoir été meilleur que moi. »  


« Que craintes et cries crèvent les croix,
Le souffle siffle un soulèvement sanglant
Et pleurent les prêtres prônant les Lois

Brièvement, la brise les brise brillamment
Et chante enfin la liberté. »    A.C/ Yarkol.
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Ishmæl
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MessageSujet: Re: Le dernier souffle [Terminé]   Lun 27 Juil 2015 - 4:16

Les paroles de Yarkol tourbillonnent encore dans ma tête lorsqu'il saute du toit. Elles tourbillonnent lorsqu'il s'élance vers la place où l'attendent tout un bataillon de Wojeks. Elles tourbillonnent en même temps que lui, dansant avec mes pensées sans se faire atteindre comme il danse avec ses ennemis. Elles tourbillonnent comme les flammes qui s'étendent peu à peu, et tourbillonnent encore lorsqu'il adresse la parole à un cadavre en sursis, sans prendre la peine de l'achever. Je ne bouge pas.
Il ne le voudrait pas. Je regarde, je cherche, j'écoute, je sens, et goûte l'air roussi par le feu. Je ne bouge pas. Elles tourbillonnent. Il en arrive d'autres. Il ne peut plus partir. Il ne le veut pas. Je ne bouge pas. Elles tourbillonnent comme Yarkol qui se tord pour éviter deux coups d'estoc, comme la lame qui entaille sa tempe. Elles tourbillonnent quand la lame du commandant Vorian lui sectionne net la jambe au niveau de la cuisse, elles tourbillonnent comme les volutes de sang qui semblent vouloir s'évaporer à la chaleur des pyromanas...
Lorsque Yarkol se fait engloutir par la guivre, puis disparaît dans les entrailles de la terre, ses paroles tourbillonnent encore dans ma tête. Je ne bouge pas.

J'ai retrouvé Yarkol trop tard. Je n'ai pas eu le temps de lui dire tout ce que j'aurais aimé lui apprendre. Le voyage avec Tari, la rencontre des nomades, les bulles bleues qui ont éclaté dans ma tête, les miettes de mon passés qui se dévoilaient peu à peu... j'ai dû tout lui résumer. Il fallait se dépêcher. Et maintenant... Nous ne nous reverrons plus. Plus de cette manière. Mon ami et mentor n'a pas eu le loisir d'observer tous les changement qui s'opéraient en moi. Ça n'a pas d'importance. Je ressasse ses derniers mots, la dernière vision que j'ai de lui. Je les grave au fer rouge dans mon esprit, désormais en paix au milieu des lambeaux de ma mémoire. Le sang jaillissant à gros bouillons de son ventre, et s'écoulant de sa jambe tranchée comme d'un vase... et enfin, l'immense Ver qui boursoufle et éclate la terre et les pavés, pour l'avaler avant de disparaître. Il a le sens du spectacle, c'est indéniable. Il restera dans les mémoires des fils de Ravnica. Et il continuera de hanter les nuits des aveugles du monde qui savourent leur cécité.
Aenorial... Ce nom en fait résonner un autre à mes oreilles. Deux noms pour la même personne. Je l'ai déjà, j'en suis sûr. Je dois trouver Aenorial, oui. Et puis aussi la "bête perdue". Ce n'est pas ce qui manque à Ravnica, mais je crois que bien peu se trouvent être le frère de Yarkol.
Mais je manque d'informations. Je serre déjà le petit dé de pierre dans ma main.
*J'ai besoin d'aide.*
Le dé se met à luir doucement. Un peu partout dans la cité-monde, je sais que quelques autres personnes viennent de voir une face de leur pierre s'illuminer.

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Alors, je me plantai devant elle en souriant de toutes mes dents, et dis d'un air joyeux:
-"Bonjour madame ! Je m’appelle Ishmæl, vous auriez des biscuits pour moi ?!"


Dernière édition par Ishmæl le Jeu 2 Juin 2016 - 9:38, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le dernier souffle [Terminé]   Mar 28 Juil 2015 - 10:04

Un feu doux crépitait dans un bidon rouillé rempli de cartons et de déchets incandescents. Nesh se tenait sur le bord d'un toit, au dessus de son petit groupe qui se réchauffait, ses camarades les plus proches étaient des vagabonds sans valeurs il y a quelques jours. Aujourd'hui, ils suivaient le Souffle. Nesh les avait tous convaincu, et les plus aptes d'entre eux avaient reçu la Pierre. Ils levèrent tous les yeux vers lui après avoir fouillé leurs poches. Il tenait lui aussi dans sa main une pierre allumée, mais tandis qu'il la fixait, un sourire triste et crispé s'affichait sur son visage sale.
Il se leva et fixa ses camarades du haut de son toit. Ils étaient une dizaine, tous plus pouilleux les uns que les autres. Il y avait deux Gruuls, mais la plupart étaient des sans-guildes. Il posa la main sur un sabre de grande qualité, dont le manche était orné de symboles elfiques. Une arme de grande valeur qui n'aurait jamais du se trouver dans les mains de quelqu'un comme lui. Mais le simple fait qu'il ait encore l'arme en sa possession décourageait facilement les moins téméraires.


« Un frère nous appelle et nous allons répondre. Je ferais de même pour chacun d'entre vous, et lui aussi. J'espère que nous le trouverons là-bas. »

Et ils partirent en se glissant dans les ombres, en grimpant sur les toits, en rampant dans les égouts. Ils convergeaient de toute part vers le même endroit. Certains d'entre eux étaient retenus par des gardes, d'autres se joignaient à eux sur le chemin. Peu de personnes accordaient leur attention à quelques bandes de miséreux battant les rues, toutes ignorantes de l'événement qui les réunissaient ce soir.

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MessageSujet: Re: Le dernier souffle [Terminé]   Jeu 2 Juin 2016 - 11:42

Je les sens approcher, venus des quatre coins de Ravnica. Certains arcanistes talentueux déploient des trésors de ressources magiques pour parvenir sur les lieux plus vite. Tous se dépêchent. Tous savent qu’une Pierre les appelle ; personne ne sait pourquoi, mais Tous obéissent.
Avant que les premiers n’arrivent, je descends sur les lieux qui ont été évacués en raison des larges incendies qui anéantissent les habitations au cœur même du fief des Boros. Je marche parmi les décombre, les cadavres calcinés et étripés, ne prêtant pas attention aux sons que produisent les semelles de mes sandales sur le sol gorgé de sang, d’entrailles et de cervelle. Je cherche dans le sol défoncé, là où la guivre a surgit. Non, c’était un peu plus loin… Là. Un soldat se trouvait ici, un jeune légionnaire, atteint à la jambe par l’arme que Yarkol lui avait lancée. C’était le dernier survivant et il l’avait épargné. Le poison dont mon ami avait l’habitude d’enduire ses armes avait-il eu raison de lui ? Il avait été emmené loin d’ici par les combattants d’élite de Vorian.
L’arme est là, sur le sol, légèrement noircie par les cendres en suspension. Un manche en bois sommaire, solide. Une longue prolongation sur laquelle se trouvent fixées des dents de toutes sortes, de toutes tailles et toutes formes, à l’aide de fil, de résine et de métal fondu. Une belle collection rangée qui constitue une arme plus atypique qu’efficace. Je la mets dans ma besace, et veux remonter sur le toit ; pourtant, autre chose attire mon regard. Je me penche vers une bourse fermée, tombée d'une ceinture pendant l'affrontement. A l'intérieur, trois petites pierres cubiques aux faces lisses et dures, que je reconnais tout de suite. Les dernières balises de localisation. Il en reste si peu...
Décidé à les garder précieusement, je remonte sur le bâtiment. De là, je m’éloigne un peu. Beaucoup de personnes vont arriver, j’ai entendu dire que les rangs des enfants de Ravnica s’étaient élargis en cinq lunes. Et les secours vont bientôt arriver avec des renforts pour investir les alentours et combattre les flammes.
Il y a encore du temps. Je réfléchis à la façon dont je vais présenter les choses. Je n’ai pas vu Yarkol mourir. Mais vu les renoncements qu’il a manifesté au sujet des enfants de Ravnica… peut-être vaudrait-il mieux qu’il le soit. Il s’est offert dans une mort en martyr dont ses frères sauraient se souvenir. Tant que Yarkol ne revient pas pour répéter à tous les paroles qu’il m’a dites…  mes frères doivent aller de l’avant. Sans Yarkol pour les guider, pourtant… une figure de proue va devoir s’imposer. Je sens poindre un mauvais pressentiment. Je crains de savoir qui ferait son ascension dans ce contexte... Dans une communauté aussi soudée, une guerre de succession est-elle possible ? Non, Yarkol n’a jamais porté de couronne, il n’y a pas de rênes à tenir parmi les enfants de Ravnica. Et cette guivre… aucune guivre n’avait jamais fait ça. Je me surprends à me demander jusqu’où allait l’influence de Yarkol. S'il a orchestré tout cela volontairement, ce n’est certainement pas pour refaire surface. S’il veut se faire oublier un moment, personne ne peut lui en tenir rigueur. Si ? Si. C’est sans doute même pour ça qu’il a voulu disparaître. J’en suis presque certain maintenant, il est quelque part, à l’agonie, mais il saura s’en sortir. Il devait avoir d’autres projets… Mais que vont devenir ses frères ? Je m’aperçois qu’en partant de cette façon, Yarkol m’a laissé une curieuse opportunité  ; celle de guider les enfants de Ravnica après lui, ou de laisser la main à un autre.
Les enfants de Ravnica commencèrent à arriver le lendemain. Je connais le premier arrivant. Le jeune humain a bien changé. Ses cheveux roux sont plus longs, son visage est sale, et je sens qu’il
cache son essoufflement. Il ne s’est pas reposé depuis mon appel . Il est plus fin, plus sec, son regard plus alerte aussi. Mais son maintien, son regard et le sabre à sa ceinture ne mentent pas. Je salue Nesh d’une accolade.
- Il est tombé. Nous sommes assis et partageons un morceau de pain. Vaincu par un certain commandant Vorian. Un épéiste comme je n’en ai jamais vu, j’ajoute avec un regard dans les yeux virides de mon compagnon. Je ne dis pas de qui je parle. Il a compris.
- C’est impossible. Tu te trompes.Je ne m’attendais pas à cette réaction. Mentir est inenvisageable. La vérité est suffisamment convaincante.
- Il a perdu une jambe, s’est fait transpercer l’épaule, le bras et le ventre. Puis il s’est fait engloutir par une guivre. A ces mots, Nesh tique. Lui aussi sait les origines gruules de Yarkol. Il serre les mâchoires.
- Mon frère. Le Chaos est seul ordre. Ce que tu as cru voir... Il nous teste. Je sais au fond de mon cœur qu'il est là. Ne perd pas la foi. Il reviendra vers nous, quand nous serons dignes de lui. Il reviendra, je le sais. Il suffit... De renverser les Guildes. Un monde pour les vrais Fils. Un monde où il pourra danser avec nous, comme il l'a fait à Selesnya. Nous le retrouverons !
Je le regarde sans un mot, tentant de le persuader d’accepter ce en quoi je ne crois pas. Il se tait avec un rictus  crispé. Après un instant, des sanglots le secouent, avant de se calmer et de se changer en un rire nerveux.

- Un escrimeur nommé Vorian, tu dis ?

Ses yeux fixent le sol, mais des larmes roulent sur ses joues.

- Il te faisait plus confiance qu'à moi.

Il faut encore un jour pour que les vrais enfants de Ravnica soient rassemblés en nombre. Le toit sur lequel je me trouvais avec Nesh était bondé ainsi que quelques toits alentours. Certains étaient restés en bas pour être plus proches. L’organisation est absente, elle est inutile. Je comprends rapidement que l’influence de Nesh a bien grandi. Sa bande a recruté beaucoup de monde, et d’autres groupes se sont formés dans son sillage. J’aperçois Grand-Œil, le frère d’arme Viashino de Yarkol. Il affûte un grand couteau, à l’écart. Je retrouve également Tari et son abricot. La seule parmi les fils et les filles de Ravnica - que je connais peu - qui a semblé partager mes réserves devant l’enthousiasme fanatique de Nesh. Je lui adresse un grand sourire, me rappelant nos aventures dans les territoires sauvages des Gruuls.
On ne peut pas attendre plus longtemps que d’autres arrivent. Les frères et sœurs déjà présent répandront les nouvelles. Des feux ont été allumés dans la nuit pluvieuse sur plusieurs toits, pour se réchauffer et cuire de la viande. Les quartiers Boros ne tolèreront pas longtemps un squat pareil.
Alors je me lève pour prévenir Nesh. Il pousse un long et puissant sifflement qui attire l’attention générale. L’averse commence à tomber dru, mais personne n’a de considération pour la pluie.

- Raconte-nous, frère Ishmael, lanca Nesh, voyant que j’hésitais.  Tu étais très proche de lui. Tu as vu ce qu'il s’est passé ici, n'est-ce pas ?


Tous sont suspendus à mes lèvres. Ils avaient entendu dire des choses, en venant ici, c'était certain, sans pouvoir différencier le bon grain de l'ivraie sans doute. Tous me fixent, dans un silence lourd et respectueux, ou seule la pluie se fait entendre. Je sens ce silence au-dessus comme une menace imminente. Mais je sens aussi le respect que l’on me montre – nulle question d’honneur ici – et le poids qu’auraient mes prochains mots. Suis-je encore bien sûr de vouloir faire ça ? Est-ce le bon choix ? Qu'importe, c'est le mien. Les dernières paroles de mon ami se remettent à tourbillonner dans mon esprit.
*Cette ville ne peut être sauvée...*
- Yarkol a voulu montrer les couleurs aux aveugles, je commence. *Ses lois sont plus fortes que moi...* Il en était convaincu. *Mes idées ne sont que des rêves absurdes...* Il nous a rassemblés pour porter sa parole jusqu'aux oreilles les plus reculées, les plus sourdes de tout Ravnica. *Tous mes frères sont fous...* Il avait confiance en vous, et estimait que nous étions la meilleure chance de la cité-monde.  Un temps. Il est allé seul au-devant de l'ennemi, car il savait que sa cause allait triompher.
*Je suis vaincu.*
- Je l'ai vu s'élancer vers un bataillon de Wojek ! Elfes, humains, minotaures... plus de quarante adversaire, et il les a terrassés ! Mais renforts arrivèrent, le commandant Boros Vorian à leur tête. J'ai vu Yarkol danser la mort avec les vivants, et danser la vie avec les cadavres, avant qu'ils ne se précipitent tous sur lui. Il a manqué se faire fendre le crâne, s'est fait perforer le bras et décimaient ses ennemis ! Alors s'est engagé un combat singulier entre lui et la fine lame de la Légion, Vorian ! Les puissants enchantements de ses lames ne lui laissaient aucune chance. Vorian lui arracha la jambe, d'un coup d'un seul, avant de le transpercer de part en part. La lame trouva les vertèbres, et Yarkol s'effondra, à genoux, devant le commandant. Alors, le sol explosa ! Un des grand Ver de Skarrg est arrivé pour ne pas faire le plaisir aux Boros de disposer de son corps comme d’un vulgaire criminel ! Il avala Yarkol le semi-elfe et replongea dans les entrailles de la terre.

Je m'arrête. Autour de moi, le silence semble paralyser tout le monde. Beaucoup sont abasourdis. Tous attendent la suite.
La pluie colle mes cheveux contre mon visage.

- Un regard vide est tous ce qui nous reste. L'étoile qui nous a guidé a disparu. Voilà soudain que le ciel se couvre et le chemin, autrefois si évident, se dissipe. Heureux les jours où la vie est claire et belle, sans erreur ni doutes, lorsque l'on connaît la voie. Mais il y a des jours où cette route veut nous faire renoncer. Et aujourd'hui, une vive étincelle nous a quitté.

Des murmures commencent à s'élever. En suis-je capable ? Je prends une grande inspiration et lève les bras.

- DEBOUT, MES FRERES, ET AU COMBAT ! DEBOUT, ET VOYEZ LA LUMIERE ! CHASSEZ LES NUAGES, ET AU COMBAT !
Comme il serait simple que tout finisse maintenant, et de hisser le drapeau blanc ! mais fuirons-nous aujourd'hui, seulement pour mourir demain ?
Alors dressons-nous de nouveau ! Encore la foi... encore une fois !

Je baisse mes bras. Je baisse la voix, tandis qu'une rumeur monte de dizaines et de dizaines de gorges.

- Debout, mes frères.

Les gouttes de pluie s'espacent petit à petit. Je me tourne vers le jeune sabreur aux cheveux longs.

- Regarde, Nesh, le ciel claircit.

Je ferme les yeux une seconde, et les rouvre, mû d'une détermination toute nouvelle.

- Montre la lumière aux fils de Ravnica.


Je les trouverai, tous. Aenorial et la bête égarée. Puis Yarkol. Laissant ma place au jeune humain aux cheveux flamboyants, j’adresse un discret signe de tête à la fille à l’abricot. Sur ma nuque, je sens le regard interdit de Nesh.

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MessageSujet: Re: Le dernier souffle [Terminé]   Mer 15 Juin 2016 - 12:27

Nesh observa un silence interdit pendant un moment. Un long moment. Qui paraissait bien trop à Ishmæl. Ce dernier se retourna vers lui, et il vit ses grands yeux brillant d'une lueur qu'il ne lui connaissait pas regarder dans sa direction. Il le voyait lui, et il voyait au-delà.

"Tu l'as fréquenté bien plus que nous. Nous sommes peut-être des combattants, des frères, une famille. Nous sommes libres et indépendants. Nous sommes légion. Et nous rêvons de faire tomber ce monde. Mais, à cet instant, nous sommes tous pendus à tes lèvres. La lumière que l'on nous a montré à disparu. Elle s'est éteinte contre l'Ordre établi. Et nous devons maintenant nous battre. Il se tourna vers ses compagnons, et commença à élever la voix, pour se faire entendre. Des grognements de satisfaction commençaient à se faire entendre. Nous avons été rejetés, et nous nous sommes trouvés ! Nous allons continuer d'avancer, et continuer de nous battre encore plus âprement qu'auparavant ! Mais tu es celui qu'il avait choisi, Ishmæl. Et nous voyons en toi celui que nous voyions en lui ! Une clameur s'éleva au sein des fils. Le nom d'Ishmæl se murmurait parmi l'assistance. De nombreuses personnes reconnaissaient Nesh. Peu, en revanche, reconnaissaient Ishmæl. Tu as passé un temps considérable avec Yarkol. Tu fais parti de notre famille. Tu es comme lui, mon frère. Et nous avons besoin de toi autant qu'ils ont besoin de moi. Ils ne te connaissent pas encore parfaitement, mais ils apprendront à t'apprivoiser ! Nesh posa sa main sur l'épaule du jeune garçon, et il comprit qu'il ne pouvait plus reculer. Il s'était engagé, malgré lui, dans un projet plus large qu'il ne le pensait. Il avait vu la fureur fanatique de Nesh en son temps. Et ce même fanatisme le poussait aujourd'hui à faire reconnaître comme maître l'élève de son ancien guide. Il ne voyait plus en lui le jeune garçon. Il voyait en lui le nouveau guide spirituel des frères et sœurs de Ravnica. Nous pourrons amener les fils de Ravnica là où il le faut ! Nous nous complétons, Ishmæl. Et tu connais notre cause. Personne ne pourra te remplacer. Nous avons besoin de toi."

Ishmæl se sentait mal à l'aise. Il ne savait plus quoi penser. Son nom commençait à monter de plus en plus fort parmi ses frères. Nesh le poussa légèrement au milieu du groupe. De nombreuses personnes vinrent s'amasser autour de lui. Le nom de Nesh résonnait également tout autour de lui. Ce n'était plus un vulgaire bruit, mais une véritable clameur. Leur deux noms se mêlait dans une cacophonie qui alertèrent les troupes positionnées autour d'eux. Nesh et Ishmæl étaient vu comme des sauveurs. Ceux qui reprendraient la lourde tache de leur guide.

Au même instant, tous les heureux élus purent distinctement sentir dans leur poche une pierre commencer à chauffer.


Ishmæl : 7 xp

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