Magic The Gathering-Jdr

Jeu de rôles inspiré du jeu de cartes
 
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 Un thé avec la faiseuse d'anges

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Elryann
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MessageSujet: Un thé avec la faiseuse d'anges   Mer 11 Sep 2013 - 21:41

C'était l'heure où les braves gens sirotent une boisson chaude derrière leurs baies vitrées éclatantes dont le reflet renvoie l'image d'une paix hermétique.
C'était l'heure où les échoppes fermaient leurs portes, les croquants la mine plus ou moins basse, l'oeil peut-être aux aguets, la main sur les pièces amassées.
C'était aussi l'heure où les chiens errants sortaient de leurs taudis et rôdaient sous les réverbères, l'écume d'une drogue bon marché sur leurs babines.
C'était le crépuscule mélancolique, ni chaud, ni froid, ni lumineux ni obscur, ni même franchement sinistre - c'était juste l'heure où les premiers soudards soulageaient leur vessie pleine d'alcool frelaté sur les murs déjà humides d'une autre urine froide ; l'heure où les créatures inquiétantes, caricatures de femelles, se glissaient sous les portes cochères en attendant qu'on leur relève les jupes ; l'heure où certains prenaient la fuite à la faveur des ruelles étroites, pourchassés par d'honnêtes gens ou d'ignobles scélérats ; l'heure, enfin, où, dans les bas-fonds insalubres du Quartier Neutre, ceux qui n'avaient rien à se reprocher retrouvaient époux et enfants.

Le lieu n'avait rien de particulier, un carrefour peu fréquenté, éclairé par un réverbère en métal noir, qui diffusait une lumière jaune intense. Quelques cris, brouillés par le ronronnement urbain, résonnèrent dans ce décor.
Une silhouette qui, visiblement, avait bien des choses à se reprocher, fut recrachée par l'ombre, et s'avança, traînante, jusqu'au lampadaire. Elle tendit l'oreille jusqu'à ce que les cris cessent et s'éloignent. La femme portait une chemise échancrée en lin rouge, prise à la taille par un pantalon de cuir lacé, complété par de larges bottes noires. Ses épais cheveux étaient amassés en une natte ébouriffée, et son visage était dissimulé par un masque. Ouvragé, celui-ci arborait des lèvres peintes avec délicatesse, un faciès blanc orné de motifs entrelacés qui formaient autour des yeux un loup coloré, le tout noué par un ruban pourpre.
Elle n'avait pas le choix, si son visage était aperçu, un certain Rakdos pourrait se voir indiquer sa destination. Beaucoup de gens étaient masqués à Ravnica, mais personne ne s'appelait Elryann.
Et Elryann avait un souci qui s'appelait Yarkol – en fait, elle avait deux autres soucis supplémentaire, dont un qui n'avait pas de nom et n'en aurait sûrement jamais.
Après l'épisode échevelé de la maison hantée, et la rencontre avec les crétins encapuchonnés, elle et cet énergumène abruti de semi-elfe avaient passé une nuit ensemble. Et le lendemain matin – le lendemain MATIN – Elryann s'était éveillée seule dans une grange pleine de foin, de la paille plein des cheveux et d'humeur massacrante. Et pour cause ! La crevure n'avait pas donné signe de vie. Cela faisait deux semaines. Personne n'avait entendu parler de lui, si ce n'était pour l'arrêter.
C'était à ce problème qu'elle pensait pour éviter de penser à ses réelles préoccupations. Le regard d'Ejö après leur expédition, ce qu'il avait fait...

Et à présent, elle devait désespérément se rendre dans les quartier Seles'. Quelle soirée !
Il faudrait qu'elle songe à éviter cette partie du Quartier Neutre à l'avenir. En chemin, avec un début de migraine et l'inconfort du masque, elle avait trébuché sur un proxénète bien connu des environs et dont les tripes lui faisaient de l'oeil depuis un bon moment. Il devait en ce moment avoir cessé de gargouillé, mais ses acolytes étaient tenaces.

* Bien, ma vieille, à présent c'est vers...vers l'est, si j'me rappelle bien...*

Quelques temps plus tard, Elryann parvenait devant une grande chose verte.
Bon, d'accord, le terme était peut-être quelque peu réducteur, et si Elryann avait été dans son état normal, elle se serait laissée charmer par la beauté entretenue et foisonnante de l'architecture de Selesnya. Le vent caressa sa mâchoire crispée et elle se sentit soudain incertaine. Son cœur se serra tristement, quelque part en elle, à la pensée de ce gâchis. Elle posa la main sur son ventre et soudain, ne se sentit plus ni en colère, ni révoltée – simplement abandonnée.
Elle se prit à rêver d'un endroit dépourvu d'effervescence et de bruit, un paysage frais et solitaire, d'une petite cabane au bord d'une eau bleue au près de laquelle elle pourrait s'asseoir, avec son fardeau.
Elryann secoua la tête, amère. Ce n'était même pas le problème de Yarkol, mais celui d'Ejö.

* M'enfin, pour ce que ça leur importe, on peut considérer que c'est une affaire entre moi et l'opération du Saint Esprit. *

Elle ôta son masque, révélant son visage mutin, et s'attaqua aux marches, se fiant aux indications de la Seles' et à sa mémoire. Devant la porte fermée, ses nerfs retrouvèrent toute leur angoisse.
Une elfe au visage grave et clair lui ouvrit, l'air aussi surprise qu'Elryann le fut de se sentir aussi touchée de retrouver l'elfe.

S'éclaircissant la gorge et se tordant les mains, elle se préparait à introduire son problème de manière courtoise et agréable, mais les mots s'évadèrent de sa bouche.


- Pardonne-moi, j'ai une immense faveur à te demander. J'ai besoin de ton aide. Je...suis enceinte.

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Dernière édition par Elryann le Mer 27 Juil 2016 - 10:56, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Un thé avec la faiseuse d'anges   Mer 11 Sep 2013 - 23:12

Le monde était blanc, entièrement blanc. Des pentes cireuses invitaient aux glissades vers la nonchalance. Le pistil déposa un fard jaune sur le bout du nez de Silviel, qui se recueillait au plus profond d'un lys. Son esprit buvait la quiétude comme une chatte du petit-lait, et elle flottait dans des limbes veloutées.... Le temps se suspendait, l'inconscience lui tendait ses bras prometteurs...
Des coups nerveux l'éjectèrent de ces abysses opalins. Refaisant surface à regret, elle se dirigea vers l'huis avec un brin de méfiance ; les visiteurs inattendus étaient rarement porteurs de bonnes nouvelles. Voire de bonnes intentions.
L'étonnement lui fit ouvrir grand la porte. Devant elle, la lividité et l'anxiété semblaient s'être incarnée en un coquelicot. Ses sens surdéveloppés et son expérience de chantresse de la Vie lui signalèrent avant même qu'Elryann ne parle que cette panique fiévreuse...
Ressemblait fort à celle manifestée par les jeunes filles enceintes.
La Selesnyane se trouva un instant désemparée. Elle-même n'avait jamais eu à faire face à une telle demande, mais elle en avait entendu parler par les guérisseurs. Les Simics n'étant – pour diverses raisons – pas toujours disponibles, et les méthodes d'avortement des autres guildes ayant souvent pour corollaire la mort de la mère avec celle de l'embryon, des demoiselles éplorées venaient presque chaque jour supplier les Adorateurs de l'Harmonie de les aider.
Tuer la vie dans l'oeuf. Aucun Selesnyan n'aimait cela. Autant qu'ils le pouvaient, ils essayaient de convaincre la mère de mener l'enfant à terme et de le laisser là en tant que pupille de Selesnya, plutôt que de se faire massacrer les entrailles par des aiguilles féroces ou d'abandonner le bébé aux bons soins des orphelinats publics, si souvent la cible de raids Rakdos. Mais beaucoup préféraient la solution la plus radicale.

***Et si les silencieux étaient habités par les âmes des morts-nés et des avortés ?***

Elle se hâta de chasser cette pensée macabre. Il fallait s'occuper d'Elryann. La porte se referma sans émettre le moindre son.
Elle conduisit la Sans-Guilde jusqu'au creux d'un fauteuil, la laissant s'y blottir. Le choix en couvertures soyeuses et coussins rebondis était vaste.
Louvoyant entre deux bosquets intérieurs et un meuble à moitié végétal, elle mit de l'eau à chauffer. Du thé, beaucoup de thé. Et des biscuits. Tout cela serait essentiel pour affronter ce qui se préparait. Des armes qui paraissaient certes bien faibles, mais dont on sous-estimait le pouvoir. Soulevant le bras paresseux d'une glycine, elle attrapa une boîte de douceurs, qu'elle ramena sur la table basse – une souche polie, soulignée de quelques primevères – avec deux tasses qui ne tardèrent pas à fumer d'un liquide aux fragrances de fleurs. Un mirabellier tendit obligeamment une branche aux fruits mûrs en direction de l'invitée surprise.
Des cristaux verts dans les nœuds des plantes, ainsi que de petites clochettes d'or parmi les vrilles au plafond, distillaient une luminescence particulièrement intimiste. L'air n'était pas chargé des miasmes de la ville, seulement d'une odeur de jardin un soir d'été. Silviel débarrassa  Elryann de sa cape – il faisait toujours bon à Vitu-Ghazi. Estimant que la jeune femme avait eu le temps de se calmer un peu, elle s'assit, et saisit sa coupe avec un sourire rassurant.


« Je vais vérifier si c'est bien le cas, ne t'en fais pas. Prends ton temps, respire. Inutile d'ajouter de l'angoisse supplémentaire. Ce n'est pas le genre de décision qu'il faut prendre dans un tel état émotionnel. S'il s'avère que c'est vraiment ce que tu désires, je... réglerai ton problème, mais je ne veux pas que tu le regrettes ensuite. Il faut que tu sois sûre de toi. »

La nuit promettait d'être longue et mouvementée. Elle ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour secourir sa compagne de mésaventure.

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"Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur :
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. "

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Elryann
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MessageSujet: Re: Un thé avec la faiseuse d'anges   Sam 14 Sep 2013 - 13:55

L'hérédité avait été une préoccupation majeure de la famille d'Elryann, louchant sur les attributs des aristocrates, toute incapable qu'elle était de se réjouir du don exceptionnelle qui était leur.
Cependant, il était heureux que cette obsession ait guidé leurs choix matrimoniaux : frères et soeurs, consumés par l'ambition, avaient emprunté des chemins différents, de sorte que les parents d'Elryann n'étaient que cousins au second degré. Enfant, elle avait jalousé les excroissances osseuses sur les corps de ses camarades de classe, mais s'était félicitée ultérieurement de la richesse de sa famille.
Sa mère, le ventre tendu sous son extravagante robe fourreau sur-mesure, avait-elle contemplé l'impertinente rotondité avec tendresse, appréhension ou indifférence ? S'était-elle rendue au travail jusqu'au dernier jour, ou avait-elle été éprouvée par sa grossesse ? Avait-elle jeté le nourrisson gluant dans les bras de quelque nourrice ennuyée ou l'avait-elle gardé contre son sein ?
Elryann s'étonna de ne s'être jamais posé la question, tant celle-ci lui paraissait cruciale. Non qu'elle eût quelque regrets d'avoir quitté le domicile parental; mais quelles alternatives reflétait la maternité ? Pouvait-on porter un enfant de plusieurs façons ?

Elle se souvint soudain d'une rencontre insolite qui l'avait troublée jusqu'à l'âme. Durant la brève époque où elle fréquentait son amant Boros, elle passait des heures à s'entraîner à la caserne, dans un univers exsangue de discipline et de force sous contrôle. Mine de rien, se battre enfagotée dans une cape nécessitait une bonne dose de pratique, sous la menace de se retrouver empêtrée dans 10  kilos de tissu trempé, une pointe égarée quelque part au milieu.
Alors qu'elle entaillait inlassablement les flancs bruns et rugueux du mannequin qui, imperturbable, fixait sur elle ses yeux glauques, elle aperçut du coin de l'oeil une drôle de silhouette, et s'interrompit, bouche bée.
La Légionnaire Boros par excellence. Le visage transfiguré par la foi, les yeux brillants d'un feu sacré, le nez busqué, les cheveux blonds taillés en brosse pour auréole, la sveltesse athlétique contrebalancée par...un ventre aussi rond que proéminent. Enceinte, elle se battait.
Cela voulait tout dire pour Elryann. La grossesse n'était pas une pancarte "Je suis un potiron qui roule, tirez-moi dessus !" que l'on agitait dans ses doigts bouffis, entre deux nausées.


Toute à ses cogitations aux relents de lait maternel, auxquels se mêlaient les effluves florales du thé de Silviel, elle posa sa main gauche sur son ventre, et ouvrit de grands yeux en s'apercevant qu'il était encore plat. Oui, la décision lui appartenait, ici et maintenant. Ce n'était pas plus compliqué que de choisir un petit-déjeuner. Elle se calma et sourit à Silviel. Elle s'en voulait d'avoir dérangé le calme Selesnien de sa jeune hôte, qui avait assez de problèmes sans qu'on vienne lui coller un avortement sous le nez. Elle se renfonça dans les douillets coussins avant de prendre la parole.

- Pardonne-moi d'arriver ici en catastrophe. Cet enfant n'aura pas de père, mais cela importe peu, aucun enfant n'en a besoin s'il est bien entouré. Mais j'ai peur qu'il ne le soit pas. Il faut que tu saches que cet attendrissant parasite pourrait faire pire qu'être orphelin de père. Le père en question pourrait le réclamer. S'il savait ce dont nous discutons en ce moment, il pourrait prendre la décision à ma place. Renvoie-moi si je t'attire plus d'ennuis que tu n'en souhaites * Si elle n'en voulait pas, elle n'aurait pas ces mignonnes petites oreilles * je n'en prendrai pas ombrage.

Elle marqua une pause pour cueillir une mirabelle, et, ne sachant quelle formule de courtoisie conviendrait à un petit arbre fruitier, elle se fendit d'un "Merci, vous êtes bien aimable" chaleureux.
Croquant dans le fruit, elle observa Silviel. Elle en avait assez de ces crétins poilus qui ventousaient ses jupons et perdaient leurs affaires dans ceux-ci. L'elfe qui lui avait si gentiment servi une boisson chaude avait-elle conscience de la puissance qu'elle pouvait déployer seule, sans protection ni assistance ? Pourquoi aurait-elle peur du monde ? Son pouvoir héréditaire lui avait révélé que l'inverse eût été plus raisonnable. Oui, Silviel dégageait une puissance magique torrentielle - quelqu'un d'encore plus puissant la menaçait-elle ?


- J'ai frappé à ta porte parce que tu es la seule qui ne me planterait pas une hache dans le ventre sur un coup de colère. Si tu le souhaites, en échange de ton soutien...Je peux t'offrir le mien. De quoi une habile chantresse comme toi pourrait avoir besoin ? Peu importe, si je peux te le donner en retour, tu l'auras.

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MessageSujet: Re: Un thé avec la faiseuse d'anges   Sam 23 Juil 2016 - 13:03

Silviel sourit fugitivement à l'évocation des ennuis, tandis que le visage d'Asmodée et les souvenirs de sa rencontre avec Anya passaient au fond de ses yeux, et rougit au compliment

"Ne crains rien. Tu n'as pas besoin de m'offrir quoi que ce soit en retour, et j'ai une certaine pratique des ennuis.

J'aimerais être sûre que tu ne veux pas, toi, de cet enfant. Si tu veux le garder, mais que tu te sens menacée, nous pouvons trouver d'autres solutions. Qui est le père, et quel est le problème avec lui ? Ne me dis pas qu'il s'agit de ce... personnage violent qui m'avait envoyé une dague dans le corps."



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MessageSujet: Re: Un thé avec la faiseuse d'anges   Sam 23 Juil 2016 - 13:46

Ce personnage violent ? Ce cloporte dépourvu de cortex, oui. Cette crevure fanfaronne, ce fond de tonneau crasseux, avec ses petites canines blanches et ses yeux verts. Du point de vue d'Elryann, il pouvait bien aller au diable, avec sa note bordélique, écrite en lettres capitales d'une main d'enfant "Je pars quelques temps". Partir et la laisser seule, encore molle et tiède dans cette grange ?

L'offense était sévère, et, tout houleux que fût l'instant, l'orgueil d'Elryann lui brûlait la gorge comme une envie de vengeance. Elle n'avait aucun moyen de savoir que, quelque part, Yarkol s'était lancé dans une aventure prenant des tournants inopinés.


- Non, ce n'est pas lui. Plus violent, j'imagine.

Elle avait honte, soudain. Que ne dispensait-elle pas son consentement mal éclairé à de gentils trouvères ? Ils n'auraient pas, comme Ejö, fait brûler sa rétine dans les jardins de son père, mais auraient caressé les cordes d'une vièle d'érable et d'ivoire, avant de reposer l'instrument pour lui prendre la main.
Ravalant une désagréable envie de pleurer, avec la conscience aiguë qu'elle n'était pas une femme que l'on courtise, elle tourna un visage finalement souriant, quoique dur, vers Silviel.


- C'est un Rakdos, que j'ai rencontré alors que je faisais encore partie du Syndicat. Il venait conclure un accord avec mon père...et il est possible que je l'aie complaisamment laissé m'attirer des ennuis. Certains me dépassent, d'autres me conviennent, quoique mon opinion soit de faible importance dès lors que je suis distrayante. Il n'a pour moi aucune tendresse, ne te méprends pas.

De l'amertume ? Du soulagement ? Elle avait besoin, pour ne pas recevoir son propre mépris de plein fouet, d'expliquer à la chantresse qu'elle avait de la lucidité, qu'elle avait donné son accord, qu'il y avait une volonté derrière la créature qui se laissait traîner et tirer les cheveux dans les souterrains obscurs. Elle aurait aussi voulu lui dire qu'il y avait des instants de grâce, des réveils voluptueux dans des draps frais, des défis excitants, des gestes délicats. Mais quelle importance cela pouvait-il avoir ?

- Il a voulu que je sois enceinte. Sans quoi, la fertilité de dix existences n'aurait pas permis à la vie elle-même de gagner mon ventre. Peut-être veut-il observer les effets de la mutilation sur mon ventre. Peut-être a-t-il en tête des expériences plus noires. Peut-être aussi qu'il ne s'agit que d'un désir assouvi, d'un nouveau jeu. Je ne veux pas de cet enfant. Je suis trop jeune, trop stupide. Je n'en veux pas. Je ne souhaite à aucun enfant de nous avoir pour parents.

Elle porta la main à ses lèvres et se mordit brutalement le pouce, trouvant dans la douleur frissonnante qui lui traversa la main un soulagement à l'insupportable tentation lacrymale.

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MessageSujet: Re: Un thé avec la faiseuse d'anges   Sam 23 Juil 2016 - 19:40

Silviel adressa un regard doux à Elryann.

"Si tu souhaites te cacher de cet homme, tu pourrais être accueillie dans un couvent selesnyan le temps de ta grossesse.Tu y auras tout ce qu'il faut, tu y seras en sécurité ; et si tu le souhaites, l'enfant sera ensuite pris en charge en tant que pupille de la guilde. A moins que... tu ne sois amoureuse de lui ?"

A cette question, son interlocutrice laissa échapper un petit rire triste. Puis, après un instant de silence, elle ajouta :


"Je ne ferais qu'attirer la mort avec moi en cet endroit de sérénité..."

Silviel frissonna, sous l'effet d'une réminiscence.

"Peut-être serait-il de bon aloi que tu cherches plutôt un compagnon moins... violent que ceux-là,"
répondit-elle d'un ton bienveillant.

« Un pontife par exemple ? »
laissa échapper Elryann, ce qui ne manqua pas de provoquer un lever de sourcil semi-elfique.

« Il n'y a qu'un seul pontife encore en vie, que je sache... Avez-vous eu une aventure avec Rahinov Eliav ? »

« Oh, plusieurs aventures sous les draps, oui... Pourquoi, toi aussi ? »


Jamais Elryann n'aurait cru que quelqu'un pouvait devenir aussi rouge.On ne percevait même plus l'habituelle tristesse qui flottait autour d'elle tandis qu'elle piquait un fard.

« Pas... Pas du tout, du tout ! Il se trouve que nous nous sommes croisés et avons échangé quelques mots lors d'événements tumultueux impliquant des connaissances communes, mais je ne le connais pas réellement. »

« Oh, des événements tumultueux durant lesquels vous n'avez pas beaucoup parlé, hein ? » taquina la ravissante demoiselle, subitement d'humeur bien plus légère, avant de s'interrompre : son hôtesse semblait se liquéfier d'embarras sous ses yeux. Elle se demanda si c'était parce qu'elle avait touché juste, mais admit qu'il était bien plus probable que Silviel soit gênée à la seule mention du sexe – et n'ait encore jamais eu d'expérience dans ce domaine-là.

« Non mais non pas du tout, du tout, euh... Et si tu t'allongeais sur le sol, que je puisse t'ausculter ? »


Elryann obtempéra, prenant ses aises sur les coussins de mousse, tandis que la semi-elfe cherchait à se recomposer une attitude moins confuse.


« Est-ce indolore ? » demanda la patiente d'un ton dégagé.

« Nullement, »
la rassura une Silviel revenue dans son élément. « Tu ne sentiras rien. Si ton... amant est un Rakdos, je ferais peut-être bien de t'examiner entièrement, si tu l'acceptes. »

« Bien sûr. »

La jeune Selesnyane s'assit en tailleur à côté d'Elryann et commença à fredonner. Deux biomana apparurent près d'elle, puis s'évaporèrent, tandis que la mélodie se tissait aux flux magiques. A l'écouter, la jeune femme eut l'impression de ressentir tous les messages sensoriels de son corps plus vivement, d'entendre battre son cœur avec plus de précision, d'avoir une conscience plus aiguë de la présence des plantes autour d'elle. Le chant lui évoquait la lente remontée de la sève et le développement, de façon étrangement puissante et réconfortante, et elle expira complètement avant de retourner la tête vers la chantresse.

Silviel avait les yeux fixés sur elle, mais ne semblait plus vraiment la regarder tandis que sa gorge et ses lèvres l'emportaient vers un autre plan de perception. Dans un jeu de lumière verte, elle voyait chaque détail des vaisseaux sous la peau et dans le ventre d'Elryann, elle percevait chaque détail du réseau de racines des mousses sous elle. Elle discerna la pulsion de croissance, l'amas de cellule bouillonnant dans l'utérus de sa nouvelle amie. Ses sens ne l'avaient pas trompée : sans aucun doute possible, une nouvelle note, encore inaudible, viendrait bientôt se joindre au Chant qui résonnait dans tous les êtres, mais que seuls les Selesnyans pouvaient entendre. Elle promena son regard tout le long du corps. Pas de maladie, ni de blessure récente. Toutefois, le sang... Le sang se mouvait étrangement, et cela rappela à Silviel ce qu'elle avait vu dans le corps d'Anya, de Rahinov et de Markus Darkmore. Elle remonta le long des hanches, de la poitrine et de la gorge, suivant le flot.


***Du sang de noblesse Orzhov ?***

Au niveau de la nuque, un corps étranger, froid et sans vie – du métal ? Une pierre ? Elle vérifierait cela. Elle monta au niveau du cerveau – et comprit qu'elle avait visé juste. Les déformations causées par l'ichor des prêtres banquiers se concentraient au niveau de la pupille et des nerfs oculaires, comme si les bâtonnets permettant l'appréhension de la lumière et les filaments nerveux qui s'y rattachaient étaient plus nombreux. Ce qui occasionnait sans doute de terribles migraines. Hélas, Silviel ne pouvait rien y faire – les Simics s'étaient eux-mêmes heurtés en vain à la puissance du Sang orzhov. Rien ne guérissait ce qu'il engendrait.

Elle appela à elle deux nouveaux mana, blancs cette fois, et changea de vision. Elryann vit les brèves lumières, et entendit le changement dans la chanson – devenue plus mystérieuse, complexe, aux résonances arcaniques.

Silviel voyait à présent nettement les flux de mana, les quelques cristaux de son appartement brillaient particulièrement fort, tandis que tout le reste était grisé. Derrière la nuque de sa patiente, une escarboucle enchantée, serti dans la chair, pulsait légèrement. Elle était conçue pour ne quitter la chair d'Elryann qu'à l'ordre de celui qui avait conçu l'enchantement, et pour ne pas causer d'infection. Sans doute un cadeau du père de son enfant...

La semi-elfe cessa de chanter, et sa vision revint à la normale.


« Tu es bien enceinte, Elryann. L'embryon n'est pas encore sexué, et il ne s'agit pas de jumeaux, » annonça-t-elle paisiblement.

« Bon, hé bien, ce sera la bonne nouvelle de la journée... »

Silviel se mordilla les lèvres. Il y avait quelque chose qu'elle avait complètement oublié... Tout à l'heure, elle serait officiellement intronisée chantresse. le Conclave formait peu de chantres, car les candidats ayant le potentiel étaient rares. Ils ne seraient donc qu'une poignée. D'ordinaire, les festivités d'intronisation étaient grandioses ; mais cette année, les préparatifs du Décamillénaire avaient déjà commencé, et passaient en priorité. La cérémonie serait donc écartée et discrète – ce qui convenait bien à la semi-elfe.

Et ensuite, Asmodée mettrait son plan en marche pour la faire disparaître. Elle avait un mauvais pressentiment tenace à ce sujet... Pourquoi avait-il refusé de partager tous les détails avec elle ?

Toujours était-il qu'elle ne pouvait s'occuper d'Elryann maintenant, car le processus prendrait du temps, et il lui faudrait la surveiller pendant plusieurs heures après. Mais après ce soir, elle allait se volatiliser...


« Je ne peux, hélas, y procéder maintenant. Cela demande du temps, et je dois très bientôt me rendre à ma cérémonie d'intronisation... Mais bientôt, je serai plus libre ; je te recontacterai pour t'aider. Comment pourrai-je te trouver ? »

« Je loge à l'armurerie principale d'un certain Foenix, située en bordure des quartiers Orzhov... »


« Parfait. En ce cas, nous nous reverrons bientôt, » la rassura Silviel.

Elryann se leva d'un bond, et lissa sa jupe, puis regarda de nouveau la Selesnyane.


« J'aurai une dette envers toi... Encore une fois, s'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour toi, je le ferai, » ajouta-t-elle d'une voix timide. Puis, ragaillardie :

« Merci encore, et félicitations ! Je suis sûre que tu feras une chantresse plus vraie que nature, » lui lança-t-elle avec un clin d'oeil, avant d'ouvrir la porte et de se glisser dans l'escalier.

Silviel laissa ses yeux flotter rêveusement sur l'huis refermé. Elle aimait la gaieté qu'Elryann apportait avec elle. Cela rendait d'autant plus poignante la détresse qu'elle avait laissé entrevoir. Et ce que la chantresse avait perçu lors de son examen suggéraient un passé plus compliqué encore. Mais elles auraient bientôt l'occasion de faire plus ample connaissance. Pour l'heure, elle devait se préparer...

Quand elle y pensait, elle avait la gorge nouée. De fierté, d'être arrivée jusqu'ici. D'angoisse, d'être le point de mire durant la cérémonie. De culpabilité, d'être si près de les quitter.

_________________
"Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur :
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. "

A. de Musset, La Nuit de Mai
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Elryann
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MessageSujet: Re: Un thé avec la faiseuse d'anges   Sam 23 Juil 2016 - 19:41

Il était étrange de discuter avec Silviel. Elryann avait tout à la fois l’impression de pouvoir l’embarrasser d’un rien, et de pouvoir lui parler sans honte.

C’est le cœur tout gonflé d’espoir qu’elle se redressa sur la mousse, et ôta de ses cheveux épars les aiguilles végétales qui s’y étaient emmêlées.

Ejö n’avait sans doute pas d’autre objectif que de la tourmenter pendant quelques jours, ce qui était déjà bien assez pour justifier une remise en question. Mais il était allé trop loin, cette fois, et il était temps pour elle de mettre fin aux ingérences démesurées du Rakdos. La honte était pour elle l’irrésistible signal du départ, comme la voile déployée sur le mât, qui lui donnait la direction du large.

Elryann avait du goût pour la plupart de leurs escarmouches physiques et intellectuelles. Elle aimait sa manière de la mettre en danger, de la propulser au bord du gouffre avant de la rattraper par le coude et de la rassurer d’un geste nonchalant de sa main gantée. Mais tout cela avait un prix, plus élevé que les accès de cruauté qu’il pouvait manifester en privé comme en public.

L’escarboucle incrustée dans sa chair avait préfiguré la nouvelle marque de possession dont elle faisait l’objet. Et si son prochain caprice était de la promener au bout d’une laisse, ou d’un quelconque nœud coulant au bout duquel elle suffoquerait, entraînée par son propre poids ? Sa propre stupidité ? Si elle abandonnait maintenant, elle mériterait tous les sorts qu’Ejö pouvait se proposer de lui offrir.

Elle allait se débarrasser du fœtus, et prendre congé d’Ejö. Reprendre les affaires de son père, peut-être, et devenir amie avec Silviel…Cet excès de douceur dans ses pensées lui donna l’impression d’être quelqu’un d’autre, et elle sourit. Tout était encore possible. Elle était fertile, de toutes les manières possibles, et qui savait à quels étranges arbustes fulgurants elle serait un jour capable de donner naissance ?

Elle se releva et fit ses adieux à Silviel. Son cœur battait à l’idée de la revoir, de l’aider à son tour, et d’en apprendre plus sur elle, un beau jour.

Puis elle remit son masque peint, et quitta les résidences fleuries, sereine, charmée par les sentiers plantés de magnolias aux pétales gigantesques, crémeux, qui à ses pieds formaient de grandes congères végétales. Elle avait l’impression qu’ici, sa petite silhouette rouge passait inaperçue, un fruit comme un autre, un oiseau exotique niché sous une cascade. Cette sensation la séduisit soudain, et son regard sur le Conclave changea.

Ceux qu’elle croisa ne firent pas attention à elle, mais ils semblaient tous avoir un but secret, une aspiration commune qui les amarraient à la terre. Elryann n’était amarrée qu’au hasard, et soudain, cela ne lui suffisait plus. Elle voulait une ancre forgée par la force, tranchante et pesante et aussi sonore qu’un cor de chasse. Elle voulait faire partie du monde au lieu de le survoler.

Elle parvint à la sortie des quartiers résidentiels : une grande arche, aux ogives incrustées de lierre, s’ouvrait devant elle. Passée cette arche, le monde réel récupérait tout son empire sur Elryann.
Elle soupira et sortit du domaine de Selesnya. Et s’arrêta net.

Négligemment adossé au mur, Ejö l’attendait. Le sourire à ses lèvres lui fit comprendre la futilité de son masque, qu’elle ôta lentement, comme engourdie, terrassée en plein vol.


- Bonsoir, Elryann.

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MessageSujet: Re: Un thé avec la faiseuse d'anges   Lun 25 Juil 2016 - 0:19

De ses doigts gantés, Ejö lui fit signe de s'approcher. Elryann passa lentement devant les gardes nerveux, et s'arrêta devant la haute silhouette du Rakdos. Il glissa une main derrière sa nuque, dans un geste qui aurait été tendre s’il n’avait pas tiré suffisamment sur ses cheveux pour lui faire mal. Si furieuse qu’elle soit, Elryann ne pouvait nier que sa stature hiératique, dans son long manteau de cuir lie-de-vin, avait quelque chose de profondément magnétique.

« C’est parfait, Elryann. Tu n’es pas restée là assez longtemps pour qu’elle ne te l’enlève. J’étais sur le point d’aller te chercher, mais tu as même la prévenance de m’épargner l’effort. J’aimerais que tu ne réitères pas cela, vois-tu, mon ange ? C’est de ma faute, j’aurais dû te l’expliquer. Je tiens vraiment à ce qui se développe là. Je veux que tu portes mon enfant. »

Sa voix était veloutée. Il semblait authentiquement calme et indulgent.

Elryann sentit son sang se glacer malgré la douceur de l’air. C’était plus effrayant qu’un accès de colère qui se serait fini sous les coups de fouets et les draps.

Il passa son bras autour de ses épaules, et l’attira à ses côtés, collée à son flanc, dos au mur.


« Dis-moi, ton amie est bien chantresse, n’est-ce pas ? »

Se maudissant d’avoir évoqué Silviel, Elryann hocha la tête.

« Restons encore un peu ici, veux-tu ? L’air est doux, et j’aimerais que tu entendes quelque chose. Tu aimeras, je pense. »

Dix minutes passèrent, qui semblaient planter seconde après seconde des aiguilles dans la colonne vertébrale d’Elryann.

Spoiler:
 

Et elle entendit les premières notes. Lointaines, mais distinctement audibles, les voix s’entrecroisaient, tissant peu à peu un motif, puis une véritable tapisserie cristalline et sonore. Quelque chose de très profond commença à vibrer dans le ventre d’une Elryann stupéfaite, qui en oublia presque d’avoir peur. Les voix se confondaient parfois en une nappe liquide, avant de se répondre et de faire assaut de virtuosité. Elle crut pouvoir distinguer parfois la voix de Silviel. La magie accompagnait les notes, et venait sublimer l’émoi esthétique : des visions fugitives, des émotions exacerbées traversaient son esprit comme de lents éclairs.
Ils restèrent ainsi jusqu’à ce que le chant ne finisse par s’éteindre, sur un unisson céleste. Ejö était resté imperturbable ; impossible de savoir ce qu’il en avait pensé. Elryann, stupéfaite et encore troublée, leva ses yeux ambrés vers lui.


« Alors, ça t’a plu ? »

Elle hocha doucement la tête, mais il ne fit pas mine de bouger, ni de vouloir partir. Elle l’interrogea du regard.


« Ce n’est pas terminé. »


La jeune femme fronça les sourcils, étonnée, puis regarda de nouveau les gracieux bâtiments selesnyans.
Au lieu de la mélodie à laquelle elle s’attendait, les premiers cris s’élevèrent. Bientôt, il s’agit d’un chœur de hurlements, accompagné des trompes d’alarmes, d’ordres, de supplications affolées. Plusieurs feux se déclenchèrent d’un coup, noyant dans la fumée l’endroit où, quelques instants auparavant, les Selesnyans chantaient. La panique et la violence annihilaient dans l’odeur du sang l’édifice de sérénité des quartiers fleuris. Devant eux, les gardes se ruèrent à l’intérieur pour aller prêter main-forte aux défenseurs.


Elryann, d’abord paralysée, laissa échapper à son tour un cri et se détourna, les mains devant les yeux. La poigne impitoyable d’Ejö la rattrapa, la fit pivoter, et dégagea ses yeux. Il tenait sa mâchoire, la forçant à regarder le spectacle.

« Dis au revoir à ton amie, Elryann. »

La cruauté glacée d’Ejö, la destruction sacrilège du rêve de paix sous ses yeux, l’idée de Silviel gisant dans une mare de sang… Elle sentit ses jambes se dérober sous elle, mais Ejö la maintenait droite, les yeux fixés sur l’incendie.
Il laissa ses lèvres couler le long de sa tempe, et murmura à son oreille, plein de tendresse :


« J’espère que désormais, tu n’auras plus la stupidité de tenter de m’échapper ou d’avorter. Sinon, la mort te suivra où que tu ailles, mon ange.

Viens, rentrons à la maison. »

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