Magic The Gathering-Jdr

Jeu de rôles inspiré du jeu de cartes
 
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 Ishmæl

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Ishmæl
Vrai Enfant de Ravnica
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MessageSujet: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 20:19

[HRP]Le Résumé est tout en bas, pour les flemmards...[/HRP]





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Histoire

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Le premier jour de l’an 9953, une fuite mouvementée pousse une mère à accoucher prématurément, et un enfant vient à naître.

Cet enfant, c’est moi. Mon père, un agent Dimir loin d’être le plus adroit, échoua lors d’une expédition de sabotage, et attira stupidement une patrouille d’équenautes du conclave vers une taverne dont la matrone tenait plusieurs chambre de maternité, où sa femme devait rester alitée en raison de la naissance imminente.
Ma mère réussit à fuir juste après l’accouchement, mais pas mon père, que je ne devais jamais connaître.
Elle trouve finalement refuge chez un orfèvre sans-Guilde de sa connaissance, que quelques paroles judicieuses convainquent de les accueillir.
L’enfantement a été difficile et chaotique, à l’auberge, suffisamment pour qu’il soit nécessaire de nous dissimuler encore quelques semaines avant que ma mère ne récupère les forces nécessaires à la recherche de son mari disparu, dont elle ignore la mort.
Elle ne le retrouve jamais et reprend sa vie de Dimir, un enfant bouclé sur les bras auquel elle impute injustement la mort de son père.


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Beaucoup plus tard, je suivis les cours d’un homme qui en cet instant précis était censé m’instruire à l’art des paroles et des menaces, technique autrement plus difficile que ne le semble croire la plupart des gens.
J’avais 8 ans, et j’écoutai alors ce vieillard acariâtre me marteler dans le crâne les méthodes qui me feraient devenir un jour un être insensible qui serait prêt à tout pour se servir soi-même au travers de la Dixième, selon le cycle mis au point par le Seigneur des Secrets.

-« Si tu m’écoutais, dis-moi en ce cas je ce que j’ai dit à l’instant ? »
-« Vous veniez de m’expliquer combien il était plus facile de manipuler un individu qui se surévalue qu’un autre qui se sous-estime, et que c’est pour cette raison qu’il faut que nous-mêmes soyons capables de l’évaluer à sa juste valeur. »
Mon précepteur ne put cacher son irritation et ne pris même la peine de réprimer un reniflement dédaigneux.
-«  En ce cas, puisque tu es aussi attentif, fais au moins l’effort de faire semblant d’être intéressé ! »
J’aurai eu quelques années de plus avec un esprit plus développé, c’aurait été à mon tour  de pousser un soupir exaspéré. Mais j’étais alors très jeune, et ce n’est pas sciemment que j’affichais cet air blasé. De fait, mon visage laissa paraître une expression de sincère surprise.
Et notre entretien se poursuivit ainsi, mon instructeur abordant avec moi de nombreux sujets qu’il me présenta l’un après l’autre, soit autant de domaines dans lesquels les agents de la Dixième se doivent d’exceller. Cela comprenait la concoction des poisons ainsi que leurs utilisations et les subtiles nuances dans leurs différentes applications, au même titre que les myriades de manières de neutraliser un humanoïde, moyennant les objets environnants et une multitude de zones sensibles sur la surface du corps.
La fin de la séance fut consacrée à un avertissement devant me prévenir des attentes me concernant, et la rapidité des progrès que j’aurais à faire.
Il me dressa également un bref bilan de ce que je devrai savoir faire avant ma dixième année, et malgré mon jeune âge, il me laissait présager une facilité que je ne comprenais pas.


░░░░░░░░


Un an plus tard, je maîtrisai d’ores et déjà toutes les notions requises pour un apprenti assassin de troisième rang, alors que mon avenir n’était censé se tourner que vers une carrière d’espion. Pourtant, loin de m’en tenir à l’apprentissage de la mort, mon instructeur, devenu mon tuteur depuis la mort de ma mère qui avait succombé à une chute dans la Citerraine lors d’une bête mission de récolte d’informations, avait fini par me reconnaître des talents inouïs, et s’en enorgueillissait injustement.
Par conséquent, il prit seul la décision d’accélérer mon apprentissage, et je progressais sous son égide avec une vitesse qui aurait sidéré d’autres mentors si le vieillard qui me servait de professeur ne gardait jalousement la majeure partie de mon entraînement secret.
Longtemps, il forgea mon corps par de longues séances martiales, qui nous emmenaient parfois jusqu’aux frontières des carnariums de Rakdos, il sculpta ma volonté par des énigmes parfois insolubles, et me confronta à mes propres limites physiques et mentales par des défis que je relevais et accomplissais sans coup férir.
Au début, quand il s’en étonnait encore, il avait fini par s’en irriter et m’avait envoyé lors d’une saute d’humeur occire un membre de chacune des neuf guildes officielles, pensant que je me rendrais enfin devant un obstacle à l’évidence trop grand pour moi.
Mais je partis, et je sais qu’il avait alors eu la certitude de ne plus me revoir.


░░░░░░░░


Cela débuta au début d’un froid mois de Zuun.
J’ai commencé par me demander comment je pouvais opérer, avec les moyens à ma disposition. J’étais conscient d’avoir une appréciable science en anatomie guerrière, mais ma carrure m’interdisait les confrontations de face, surtout avec certains objectifs tels la cible Rakdos ou Boros. J’en déduisis que la seule solution qui me restait était une longue préméditation, à plus juste titre puisque mes seuls avantages seraient probablement le Temps de préparation dont je possédais autant que je souhaitais, l’effet de surprise, et mon jeune âge à la rigueur. Je me suis donc dirigé là où le district Simic avoisine les quartiers Selesnyans.
Je parvins à m’arranger un abri de fortune dans une expansion sauvage du territoire Simic, dont je ne savais rien. J’eus au début quelques menues surprise, entre autres certaines arachnides mutagènes, mais je finis par m’adapter au cadre. J’y restai longtemps, car l’endroit était parfait pour ourdir la planification de mes assassinats.
Je ne pus m’empêcher d’imaginer la réaction qu’aurait eue mon aître en apprenant toutes les merveilles que j’y avais dénichées !!
Il y avait de la morteracine en quantité, de l’écorce de serrebois d’une qualité impensable, et même du pollen de færie nocturne !!
Pendant mon séjour là-bas, j’ai eu le temps de penser aux victimes que j’allais cibler de préférences, et à la manière dont j’allais les tuer. Quand mes stocks furent pleins à craquer des richesses inouïes dont regorgeait ce milieu, je me rendis en premier chez les Golgari, car j’avais pour cet objectif une méthode relativement sûre, et leurs domaines n’étaient pas loin. Je choisis un petit nécromancien, borgne me semble-t-il, qui étaient en colère contre la Matka, et qui le faisait savoir. Je pensai donc que personne ne s’étonnerait de le voir un jour trépassé.
Je pris alors le temps d’observer ses habitudes, ses allées et venues, et  ses routines quotidiennes. C’était un personnage simple à saisir, et son esprit était simple à démêler. Une petite semaine me suffit donc amplement pour la préparation du meurtre. Au sein des boyaux souterrains de la Citerraine, je m’étais faufilé dans une ferme à putréfaction siégeant dans un marécage d’eau croupie, et m’étais caché dans un arbre pourrissant, mais qui avait néanmoins le mérite d’avoir encore assez de feuillage pour me dissimuler. Lorsque comme à son habitude, ma cible passa sous l’arbre, j’atterris là où aurait dû se poser son prochain pied. Elle eut un mouvement de recul, et j’en profitai pour lui lancer au visage une mixture soigneusement concoctée, à base d’un concentré de douçamère pour la soif, et de pollen de færie pour tromper sa lucidité. Pour la précaution, j’avais couplé le tout avec de la poudre de rêvejour prélevée au pied de mon refuge pour en décupler les effets. La réaction du nécromancien ne s’est pas faite attendre, et il eut à peine une fraction de seconde pour me fusiller du regard. Le résultat fut immédiat. L’homme se jeta dans le marais souillé, et si il ne s’y noya pas, la Ganguivre qui s’est tout de suite jetée dessus a dû finir la tâche.
J’avais attirée celle-ci grâce au savoureux cadavre d’une fée, et même si l’attention du nécromancien n’avaient pas été détournée par je ne sais quelles pensées, il aurait de toute façon eu peu de chance d’échapper à ce redoutable prédateur.
Je récupérai trois miles en aval ce qui restait du corps, qui n’était pas beau à voir, et le fouillai. Je trouvai avec surprise un cachet Golgari. Jugeant la preuve suffisante, et ne m’étant pas fatigué le moins du monde, je pris dans l’heure la direction du syndicat Orzhov, dont je savais qu’il me causerait plus de difficultés.
Au début, je faillis me tromper. Je m’apprêtai à poignarder un homme avant de m’apercevoir que le symbole Orzhov était tatoué et qu’il s’agissait par conséquent d’un esclave et non d’un réel membre de la guilde. Je suis finalement parvenu à dénicher une cible à demi devkarin, qui portait, elle, le symbole sous la forme d’un médaillon. Et je procédai de la même façon, observant son quotidien, durant une petite semaine. J’avais initialement prévu le poison pour lui, mais il était très prudent, car il avait visiblement des ennemis. Je me suis donc justement mis en quêtes de ces ennemis, et j’ai appris qu’un Rakdos lui en voulait terriblement car cet Orzhov s’était vengé – de je ne sais quoi – en assassinant son frère.
J’ai alors profité de mon jeune âge. Je courrai dans les rues, et heurtai malencontreusement le Rakdos en question. Aussitôt, sans lui laisser le temps de réagir – ce qui aurait sans doute été regrettable pour moi – je lui racontais comme quoi un grand semi-démon à la peau noire – que je savais être un de ses amis –  m’avait demandé de le prévenir qu’un certain homme se trouvait actuellement sans défense au Tonneau de Titan, juste en face de l’auberge de la tranche. Bien évidemment, je lui décris l’Orzhov avec suffisamment de précision pour qu’il ne puisse avoir de doutes sur la personne, et assez rapidement pour qu’il ne lui prenne pas l’envie de voir si je pouvais parler aussi vite avec cinq centimètres d’acier dans la gorge.
Il s’est tout de suite précipité dans la direction de ladite taverne, et à son mugissement, je ne doutai pas que l’Orzhov n’avait pas grande chance de survie. J’essayai de le suivre, mais il me distança rapidement, et quand j’arrivai au lieu dit, des clients fuyaient déjà le lieu du combat. J’entendis une voix tonitruante rugir de douleur, puis crier "souviens-t-en quand tu seras à Agyrem, demi-sang !!" Je m’écartai de la porte et laissai passer le Rakdos, puis me précipitai à l’intérieur. Mais l’Orzhov n’avait plus son médaillon, que son meurtrier devait avoir pris.  
Je couru donc le long des façades pour retrouver le Rakdos, que je finis par rattraper. Je le suivis pendant le reste de la journée, et j’étais passablement fatigué quand Rix Maadi, le palais Donjon des Rakdos, fut enfin en vue. Il était seul à cet instant, et n’ayant pas de couvert, je dû user de mes maigres forces pour mettre en œuvre une marquemage de l’infiltrateur. Je sortis alors une boîte en acier et libérai une des ces étranges arachnes qui peuplaient la zone de mon refuge. Je la déposai à ses pieds et pris de la distance. Le pied de ma cible se posa à deux doigts du réceptacle ouvert, et l’araignée monta immédiatement le long de sa jambe. Elle le mordit à plusieurs reprises avant que pris de convulsions, il ne l’écrase dans son poing. Je fus surpris, car au lieu de subir une paralysie aussi douloureuse que totale, sa crise d’épilepsie s’acheva dans un effrayant vomissement. Je crois qu’il mourut étouffé, si ce n’est des suites du venin. Je récupérai le médaillon, et puisqu’un réseau de scarifications formait sur son crâne le symbole des Rakdos, je repartis avec une preuve de plus que je n’avais escompté.


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A cette époque, j’ignorais que le réseau des agents de la Dixième était beaucoup plus développé que je ne l’imaginais, et que mes agissements n’étaient pas passés inaperçu, aussi discrets fussent-ils. Aussi, je ne sus jamais qu’un Necrosage eut un jour vent de mes actes.
Lorsqu’il appris que je tuais des membres de Guildes, sans avoir reçu pour cela le moindre ordre de mission, il décida d’en référer au Seigneur des secrets.
Il émergea d’un seul coup des ombres, et apparu sur le seuil d’une petite pièce obscure.
Il s’inclina, et transmit ce qu’il avait appris par les pensées qu’il partage avec son Maître.
Au bout d’un long moment, un murmure atteignit soudain ses oreilles. Une voix glaciale, un chuchotement, mais parfaitement audible :
-« Cet enfant est…intéressant…bien plus que je ne pensais…Aide-le à mener à bien ses projets…écrase les difficultés qui lui sont insurmontables…et place des obstacles sur sa route lorsqu’elle sera trop simple…Pousse-le dans la direction que je lui ouvrirai… »
Le serviteur hocha la tête en signe d’acquiescement, et s’évapora dans les ténèbres environnantes.
Le Vampire continua de susurrer, et ses paroles se perdirent dans les rumeurs et les murmures qui semblaient emplir la salle depuis la nuit des Temps.


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Sans savoir que ce que je pensais ne devoir qu’à moi-même n’était que le fruit des machinations d’un autre, je retournai à mon refuge, ce qui me prit deux semaines, pour regrouper ce dont je pensais que j’aurai besoin pour les objectifs suivants. Quatre mois plus tard, j’avais réuni les preuves de ma réussite, et je repris la direction de Manteaubrume, sans même prendre le temps de guérir mes plaies. Que mon maître voyait que j’avais réussi, sans compter les risques.
Et lorsqu’il me vit revenir, hagard, couvert de sang, de blessures plus ou moins cicatrisées et avec un auriculaire manquant, longtemps après que ses derniers doutes se soient évanouis, il me regarda comme il aurait regardé un esprit qui se serait déjà envolé vers le quartier fantôme, et qui n’aurait plus jamais dû se retrouver parmi les vivants.
Je lui portai le coup de grâce en montrant les preuves de mon succès.
Et comme je les exhibai sous son nez, je lus de la peur dans son regard, et mon apparence de rescapé n’y était certainement pour rien. Dès lors, il ne s’étonna jamais plus quand je remportais des défis impossibles, ou quand je dépassais les attentes qu’un vrillemage supérieur attendrait d’un apprenti de premier rang.


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Alors, à douze ans, je me vis confier mon premier vrai objectif.
Un savant mélange de morteracine, de poudre de fer et d’une sorte de pollen qui m’était inconnu, m’avait été donné sous la forme solidifiée d’une insignifiante pierre qui se dissoudrait dans n’importe quel liquide, mais qui se broyait aisément dans le cas où il me faudrait une poudre.
Mon but : m’infiltrer dans un bâtiment du quartier neutre qui me serait indiqué au dernier moment, et y placer la caillou de telle sorte qu’il soit ingurgité par le maître des lieux aux premières lueurs de l’aube.
C’est l’exacte citation de mon ordre de mission, et je devais prendre par la suite un plaisir matois à le prendre au pied la lettre.
On me laissa tout d’abord entendre qu’une diversion serait mise en place pour me laisser le champ libre quelques minutes, puis mon précepteur me déclara carrément qu’à l’origine, c’était lui qui était censé se charger de l’infiltration et moi de la diversion, mis qu’il avait préféré s’occuper en personne de détourner l’attention du propriétaire de la maison par crainte de mon incompétence.
Je m’étais retenu de lui répliquer que s’il ne me faisait pas confiance pour cela, c’était son propre enseignement qu’il remettait en question, mais je retins mes mots avant qu’ils ne franchissent mes lèvres.
Ainsi, une sombre soirée de Cizarm, je m’avançai sans peur entre les ruelles obscures de la Cité-monde, avec pour tout vêtement une tunique de tissu qui paraissait n’avoir aucune poche, des chausses montant jusqu’au mi-tibia, et des bandelettes de tissu autour des pieds afin que le cuir des sandales ne les blesse pas.
Mon visage était grimé pour l’occasion, et le petit gravier, capital à ma mission, était logé dans un pli de mon oreille, adroitement dissimulé et maintenu par une minuscule pièce de cuir, fine comme un ongle.
Dans une étroite venelle, arrivé au pied du mur d’un immeuble que rien a priori ne semblait différencier d’un autre, je m’arrêtai et fourrageai un court instant dans mes longues boucles noires.
J’en ressortis la seconde suivante un fil incroyablement fin, d’une douce couleur argentée qui miroitait paisiblement dans la faible luminosité nocturne.

**Du crin de pégase**
J’avais rarement eu l’occasion d’en tenir entre les mains, mon mentor pouvant difficilement s’en procurer, mais j’en savais plus que suffisamment à son sujet pour réaliser la valeur de ce que je contemplais durant une précieuse poignée de secondes.
La longueur de ce fil était immense, mais je n’en avais pas besoin d’autant.
En moins d’une minute, je fis un complexe tressage afin de ne pas blesser mes mains avec le crin, plus fin qu’un cheveu, et j’y nouai à l’extrémité une de mes chausses, doublée par un discret renforcement de métal sur le devant qui solidifiait la courbure du cuir.
Je fis tournoyer deux fois mon grappin improvisé, puis le projetai vers le sommet  du bâtiment en une courbe harmonieuse. A la réaction que le lien transmis à ma main, je sus que le projectile s’était parfaitement enroulé autour de la fine cheminée que j’avais repérée il y a deux semaines, lors d’une tournée de reconnaissance.
J’entamai immédiatement une agile ascension, un pied demi-nu devant l’autre chaussé, et gravit le mur avec une adresse qui ne manquerait pas de surprendre l’agent – quel qu’il soit  – qui me surveillait en ce moment. (Parce que seuls les Dimirs les plus simples d’esprit ignoraient que chaque membre de la dixième avait toujours quelqu’un pour le surveiller. Et c’était d’autant plus vrai pour les apprentis.)
Une fois au sommet, je me dépêchais de défaire les tours de fil autour de la cheminée, et refit rapidement un nœud autrement plus savant qui me permettrait plus tard de récupérer mon grappin. Je redescendis de quelques mètres jusqu’au troisième étage de l’immeuble ou je pris un instant pour examiner la fenêtre, car sa localisation m’avait empêché de le faire lors de mes précédents repérages.
Le jeune garçon que j’étais ne put retenir un sourire, car de l’autre coté de la poignée de la fenêtre ne se trouvait qu’un vulgaire pas de vis, et je ne pris même pas la peine de relever le bois vermoulu, qu’une certaine substance de ma connaissance aurait suffisamment ramolli pour qu’un gosse comme moi puisse l’arracher à mains nues.
J’attendis qu’ait lieu la diversion prévue. J’étais pour ma part même en avance, et mon précepteur devrait passer à l’action d’ici une ou deux minutes.
J’en profitais pour inspecter l’intérieur de la pièce.
C’était une salle obscure, comportant peu de meubles, et de pauvres factures.
Il y avait pour seule couche une paillasse matelassée, rangée dans un coin à coté d’une table basse sur laquelle état posée un pichet. A sa vue, j’eus une pensée heureuse à mes fastidieuses tournées d’observation, que j’opérai depuis plusieurs semaines car cette carafe d’eau était capitale.
Une commode sommaire trônait près de la porte, porte qui se situait juste en face de ma fenêtre, et un tapis traînait presque au milieu de la chambre, dont la présence était rendue déplacée par la singulière nudité du lieu.
Manifestement, celui – ou celle – qui était couché sur la paillasse était loin d’être riche, et ne paraissait pas posséder grand-chose.
Je me surpris à m’interroger sur les raisons que pouvait bien avoir la Dixième de tuer une personne aussi démunie d’apparence.
Puis je me repris.

** Après tout, la Dixième ne s’attaque pas particulièrement aux richesses matérielles, il y a sûrement une raison que je ne peux comprendre. Et quand bien même il n’y en aurait pas, cela ne me regarderait pas le moins du monde.**
Mon attente devait prendre fin alors que je préparai ce qui me servirait à ouvrir la fenêtre, de l’extérieur. J’abandonnai mon ouvrage quand j’aperçus du coin de l’œil la silhouette sur le matelas se redresser soudainement, comme si elle écoutait quelque chose.
Je n’avais pourtant rien entendu, mais j’admis volontiers que mon instructeur eut d’autres moyens à sa disposition que de simplement produire un boucan de tous les diables.
D’un certain coté, j’étais même soulagé de ne pas connaître tous ce que savait mon mentor, car je pense que d’une certaine façon, j’en aurai été étrangement déçu.

**Bon, à présent, il s’agit de ne pas perdre de temps.**
Je repris en main la fine cordelette de crin de pégase et, en en  joignant trois épaisseur torsadées, je glissais le tout dans la fine fente du pas de vis, avant de tourner précautionneusement la pièce métallique.
Je me glissai à l’intérieur et ôtai les bandages autour du pied dont j’avais enlevé la chaussure. J’effleurai la surface de l’eau du pichet avec, et m’essuyai le visage avec application, à l’aide du tissu humide. Puis je l’essorai délicatement au-dessus de la paillasse, de manière à laisser tomber quelques gouttes à l’emplacement où reposerait à nouveau la tête de la cible, avant de renouer à la va-vite la bandelette de coton autour de ma cheville.
Je me hâtai alors de laisser tomber le gravier dans la carafe sans prendre le temps de m’assurer de sa dissolution, et décalai le matelas d’une dizaine de centimètres pour que les premiers rayons de soleil atterrissent droit sur le visage de celui qui y serait couché.
Satisfait, je faisais demi-tour à pas de loup quand j’entendis des pas précipités dans l’escalier.

**Trop haut pour sauter, trop tard pour prendre la corde.**
Mon entraînement me permit de me ruer vers la fenêtre entrouverte avec un minimum de bruit. Je tirai deux coups sec sur la corde qui tomba dans l’obscure traboule trois étages en contrebas pour qu’elle ne paraisse pas derrière la vitre, fermai la fenêtre sans tourner la poignée, et je me laissai basculer dans le vide au moment ou la porte s’ouvrait.
En un instant je m’étais retrouvé en une situation inextricable, suspendu par la seule force de mes bras au rebord d’une fenêtre en pleine nuit.
Je fus immédiatement persuadé que la diversion de mon maître avait échoué ; il s’était à peine écoulé une minute depuis que la cible était partie de la pièce !
Le mur d’en face était trop loin pour que je puisse m’en servir, et mes talents ne rendaient pas moins l’escalade de nuit impossible, il suffisait de sentir les pierres humides et parfaitement jointes sous mon pied pour me le certifier.
Je pris mon mal en patience, priant pour que la personne en question ne vérifie pas la fenêtre, et s’endorme vite. Je m’efforçai de vider mes pensées mais je ne pouvais m’empêcher de me demander combien de temps je pourrai tenir, et du haut de mes douze ans, je frissonnai d’excitation à la perspective du défi qui m’était présenté. Je n’avais cette fois pas le choix de le relever ou non, mais c’est le cœur léger que j’entamai l’attente.
Je perdis peu à peu la notion du temps, et le froid finit par éradiquer toute sensation de mes doigts. C’est à cet instant, je crois, que je réalisai que le Temps durant lequel j’étais ainsi resté immobile devait avoir été autrement plus long que je ne l’estimais.
Je remontai avec la sensation de me servir des bras d’un autre et, à bout de forces, je voulu pousser la fenêtre du bout du coude.
Elle était fermée.
Je ne m’en étais pas aperçu. Comment était-ce possible ? Depuis quand ?
Pour la première fois, je ressenti une perplexité proche du désespoir. J’avais à peine la place de me tenir accroupi sur le rebord de pierre, il devenait urgent de trouver une situation moins précaire. Soudain, une folle idée me vint.
Certes, il était trop haut pour sauter et il était impensable d’entreprendre une descente à l’aveuglette aussi hasardeuse que périlleuse. En revanche, il serait plus facile de monter, d’autant qu’il y avait à peine trois mètres qui me séparait du toit.
Mais surtout, ce qui avait attiré mon attention c’est que les ruissellements des pluies, si ils étaient trop rares pour parvenir  jusqu’au sol, avait rongé le mur et descellé le mortier, m’octroyant quelques prises sûres.
Tout d’abord, j’enlevai ma seconde chausse, qui ne ferait que me gêner.
Puis sentant mon corps sur le point de s’engourdir, je me frictionnai les mains, les bras, les jambes et mes pieds nus. Alors, sans perdre plus de temps, j’attrapai le petit surplomb  au dessus de la fenêtre, et me hissant sans prendre garde à mes doigts gourds, et attrapai une première prise qui faillit m’échapper.
La montée fut interminable. Seuls trois mètres me séparaient du sommet, mais ils me parurent long comme une course au travers des territoires Gruuls.
Je ne me rappelle pas avoir achevé mon ascension mais je dû réussir car j’ai le souvenir de m’être étendu sur le toit plat du bâtiment, exténué.
Je ne pus pas même prendre un instant de repos, car je savais que si je m’avisais de m’allonger et de fermer les yeux, le froid ne permettrait pas mon réveil.
Je fis donc le tour du toit en traînant les pieds, et peinai à me réjouir en apercevant une corniche ciselée qui descendait le long d’un angle qui m’aiderait à descendre sans mal.
Mais dans mon état ?

**Tant pis, pas le temps de tergiverser.**
Avec tout un luxe de précautions, je saisis le rebord du toit et déposai doucement mes pieds sur la première prise, ignorant l’intolérable douleur que causait cette lenteur à mes bras fourbus.  
Je progressais avec une prudence excessive, mais je savais qu’en continuant ainsi, même si cela ne m’épargnait pas, je pouvais être certain d’atteindre le sol vivant.
Je poursuivis donc mes efforts, déposant mes pieds toujours un peu plus bas, et décalant les prises de mes mains en les baissant chaque fois d’une dizaine de centimètres.
Quand mon pied toucha le sol, j’eus le plus grand mal à ne pas m’effondrer.
Je titubai, et commençai à avancer en me traînant le long du mur, en une lamentable parodie d’ivrogne – et ma démarche en avait tout l’air.
Je devais me rendre au lieu de rendez-vous, mais je devais être affreusement en retard, et il n’était pas dit que j’arrive jusque là.
Je ne sais pas combien de fois mon épuisement me fit tomber, mais il dû me faire atteindre un point de non-retour pour que je n’eusse pas vu le soiffard à demi nu qui me bouscula maladroitement.

** …Oh non, c’est trop bête…**

Il tenta de dire quelque chose concernant une bourse volée, mais il devait avoir plus d’alcool que de sang dans les veines et il aurait tout aussi bien pu essayer de parler avec une chaussette en lieu et place de sa langue.
Son attitude belliqueuse était en revanche autrement plus éloquente, et son esprit était sans doute trop assommé par l’ivresse pour qu’il comprenne l’absence d’intérêt et d’objets de valeur sur le gamin qu’il s’apprêtait à rosser.
Je fus d’abord agacé par le retard que cette rencontre m’occasionnerait, puis ce sentiment se changea en horreur à la perspective de me faire battre, voire tuer par un tel soudard, ce que mon asthénie rendait presque probable.
Cette éphémère vision me fut à tel point intolérable qu’une salvatrice décharge d’adrénaline me parcourut le corps, et je me dégageai immédiatement de la main que l’ivrogne tentait d’abattre sur mon épaule.
Je saisi un de ses doigts et le tordit sans pitié. Un claquement sec retentit, auquel fit aussitôt écho le cri de douleur de l’homme, étalé de tout son long.
Répugnant à le tuer, je voulu l’enjamber pour m’enfuir, mais il m’agrippa la cheville de sa main valide et me fit glisser sur les pavés, éveillant en moi une colère souveraine qui me fit me débattre de toutes mes forces, je sentis son nez céder sous mon poing, et lui enfonçai un coude dans les côtes. En retour, il m’envoya un pied dans le visage, et nous continuâmes à rouler l’un sur l’autre jusqu’à ce que nous rencontrions la façade murée d’une ancienne boutique, je profitai alors du brusque arrêt occasionné pour lui coller la main au visage, et je crois que je lui crevai un œil.
Dès cet instant, je me rendis compte que je n’appliquais aucune des leçons martiales qui m’avaient été enseignées et que rien que le fait de se battre en ce moment avec cet homme avait réduit ma discrétion à néant, car son statut de buveur invétéré n’empêcheraient pas les autorités d’écouter son témoignage.

**Heureusement que je n’ai pas directement administré le poison à la cible.**
Le décalage de temps, si les analyses confirment une mort foudroyante, innocentera un gamin qui se serait battu comme un chiffonnier avec un débauché une rue plus loin, si ça avait eu lieu plusieurs heures plus tôt.
Obéissant donc à une pensée me reprochant de délaisser ce que j’avais appris pour me défendre comme un chien enragé, je pliai les bras, les plaquant contre mes côtes, et me protégeai la tête, le temps de recouvrer la science du combat que j’étais censé avoir acquise.
Les coups désordonnés qui pleuvaient sur moi, démultipliés par la fureur et la souffrance que lui causait sa blessure, étaient néanmoins très peu précis, et le taux de boisson qui imprégnait chaque fibre de son corps les rendait beaucoup moins puissants qu’ils n’auraient pu l’être. Mais ma frêle carrure ne me permettait pas de subir ses assauts indéfiniment, et dès que j’estimais avoir retrouvé mes esprits, je parai un premier coup de poing, que j’accompagnai en accentuant la poussée jusqu’à ce que son impact contre la paroi de pierre m’accorde le répit nécessaire à ce que je me relève.
Je ne prêtais plus attention à la fatigue qui faisait brutalement battre mon sang à mes tempes, et me contentai de faire ce à quoi l’on m’avait préparé, ce pour quoi l’on m’avait façonné.
Un assassin, un espion qui ne sait pas se battre ne peut prétendre à ce titre. De fait, les connaissances théoriques ne servent pas si l’on ne les met pas en application.
J’ai ainsi pu vérifier que le savoir que mes capacités m’avaient permis d’amasser était très utile et chaque parade, chaque torsion jaillissait hors de moi tel un torrent d’intuitions que mon instinct mettait en pratique avec application.
Quand l’homme se releva pour la septième fois, il ne me chargea pas comme les fois précédentes, mais me regarda comme m’avait regardé mon maître quand j’étais revenu après cinq mois d’absence, fit volte-face, et s’enfuit d’un pas précipité et incertain, après avoir criée avec une lucidité étonnante :

-« Je reprendrai ma bourse !! Je te retrouverai, monstre ! »
Sans me laisser le temps de réfléchir à ces derniers mots, les courbatures se rabattirent sur moi telles une chape de brouillard ou une grosse vague d’eau salée, et je me sentis soudain lourd comme du plomb.
Mais intérieurement, je jubilais, et c’est le cœur léger que j’allai chercher mes chaussures ainsi que le précieux crin de pégase.
J’avais franchi une étape de plus, j’avais réussi un autre défi, et j’en sortis grandi.
La seule ombre qui devait obscurcir ma sensation de triomphe fut quand j’atteignis le lieu de rendez-vous, où une femme en tout point semblable à une statue paraissait m’attendre.
A mon arrivée, elle tourna lentement la tête, et dit à voix basse, sur un ton monocorde :

-« Suis-moi, nous rentrons. »
Je voulus m’expliquer, m’excuser pour mon retard, mais elle m’interrompit aussitôt.
-« Tu feras ton rapport à ton instructeur, à personne d’autre. »
Je fermai la bouche, hochai la tête, et la suivit en silence en m’efforçant de ne rien laisser paraître de mon état.
Au bout d’un interminable dédale de rues, je fini par retrouver le cadre familier du casino, façade illusoire qui n’était que poudre aux yeux, pour dissimuler l’existence du pivot majeur de la Dixième Guilde.
Mon guide me planta là, me disant de ne pas bouger jusqu’à ce que mon maître vienne me chercher.
Ce ne fut pas long, et je ne sus pas ce que j’éprouvai alors, comme je voyais ce vieil homme au visage grêlé avancer vers moi. Rien, sans doute. Cela m’étonna véritablement ; je ne ressentais strictement rien vis-à-vis de lui.
Quand il arriva à ma hauteur, il me prit par l’épaule et m’entraîna vers la porte d’où il était venu. Quand nous fûmes parvenus aux lieux souterrains auxquels mes longues années d’apprentissages m’avaient accoutumés, il s’assit sur un banc de pierre et me dit, laconique :

-« Raconte-moi »
Et je lui racontai.

░░░░░░░░


Je lui dis comment je m’étais équipé, et il approuva l’innocente sobriété de mon apparence.
Je lui exposai non sans fierté mon stratagème pour faire mourir l’objectif aux premières lueurs de l’aube.

-« Je m’étais barbouillé le visage de racines de douçamères broyées, à la fois pour l’apparence du sale garçon des rues, pour l’avantage que cela pourrait me procurer en cas de besoin du camouflage de nuit, mais aussi – et surtout – pour une de leurs propriétés.
Arrivé en haut, j’ai répandu de l’eau imprégnée de douçamère sur la couche de la cible. En dormant dessus, il aura été pris d’une très forte soif, et quand les rayons du soleil le réveilleront, son premier réflexe sera  de se précipiter sur la carafe d’eau, juste à coté de lui, que j’ai empoisonnée. Il a dû mourir, comme prévu, aux premières lueurs de l’aube, malgré l’inattendue brièveté de votre diversion  »
Ajoutai-je en me rengorgeant.
Mon précepteur, secoua la tête d’un air découragé.

-« J’ai été mandaté au dernier moment et l’on m’a orienté vers une autre mission, je ne suis donc en rien responsable de l’erreur de ton partenaire d’alors. »
-« Sans doute. Mais je n’en ai pas moins suivi les ordres à la lettre ! »
-« Pas autant que tu ne le crois. La cible est bel et bien morte, mais il y avait une multitude de chances pour que ta tentative échoue. Si la diversion de ton complice avait encore plus mal tournée, il aurait pu se douter de quelque chose en plus de revenir en avance. Et dans ce cas, il n’aurait peut-être même pas dormi dans sa chambre. Il aurait également pu renverser la cruche d’eau sans le faire exprès, et il n’aurait écopé que d’une soif aussi soudaine qu’inexpliquée.
Si tu mettais tellement un point d’honneur à prendre tes instructions au mot, tu n’avais qu’à ignorer la diversion offerte par ton coéquipier, qui semble de toute façon avoir été peu fiable, t’introduire à l’aube, et lui renverser la carafe empoisonnée sur la figure au petit matin.
Tu aurais pris moins de risques, et te serais épargné l’épuisement qui te fait encore trembler.
Que s’est-il passé ensuite ? »

Je lui racontai donc comment j’avais dû passer au moins une heure suspendu au bord de la fenêtre pour être certain que la cible se soit rendormie, puis mon éprouvante escalade, en finissant par le combat qui m’avait opposé à l’homme que j’avais fini par faire fuir.
A ce point du récit, une étrange lueur anima le regard d’ordinaire impavide de mon mentor.

-« Il me semble pourtant que tu possèdes d’ores et déjà une impressionnante connaissance du combat pour ton âge. D’autant qu’à moins de m’avoir trompé tu as déjà pris la vie de neuf membres des Guildes de Ravnica, non ? »
-« Cette fois, c’était différent. J’étais surpris, et dans un état d’épuisement qui ne me permettait pas de me défendre convenablement. Du moins au début. »
-« Et comment avais-tu procédé pour tes précédents meurtres ? »
Je fus étonné qu’il me demande cela, car il n’avait jamais exigé de moi un quelconque rapport à ce propos, et j’en étais presque venu à croire qu’il s’agissait d’un sujet tabou. Je pris donc quelques secondes pour rassembler mes souvenirs, et lui racontai ce que je me rappelais.

-« J’ai commencé par me demander comment je pouvais opérer, avec les moyens à ma disposition. J’étais conscient d’avoir une appréciable science en anatomie guerrière, mais ma carrure m’interdisait les confrontations de face, surtout avec certains objectifs tels la cible Rakdos ou Boros. J’en ai déduit que la seule solution qui me restait était une longue préméditation, à plus juste titre puisque mes seuls avantages seraient probablement le Temps de préparation dont je possédais autant que je souhaitais, l’effet de surprise, et mon jeune âge à la rigueur. Je me suis donc dirigé là où le district Simic avoisine les quartiers Selesnyans.»
Je vis un air intrigué faire une fugitive apparition sur le visage de mon maître, dont le regard me scrutait avec attention. Mais il ne dit rien, et je poursuivis :
-« Je suis parvenu à m’arranger un abri de fortune dans une expansion sauvage du territoire Simic, dont je ne savais rien. J’eus au début quelques menues surprise, entre autres certaines arachnides mutagènes, mais je finis par m’adapter au cadre. J’y restai longtemps, car l’endroit était parfait pour ourdir la planification de mes assassinats.»
Je ne pus m’empêcher de lui narrer les merveilles que j’avais vues là-bas.
-« Vous auriez vu ça !! Je n’avais qu’à tendre la main pour attraper une plaine poignée de graines de fongus germinateur à maturité, et je ne pouvais poser un pied sans découvrir une autre denrée rarissime !! »
-« Ou une autre bestiole prête à t’arracher le bras pour nourrir ses petits » Tempéra sèchement mon précepteur.
Il tentait de modérer mon enthousiasme, mais je le soupçonnais fort de vouloir se renseigner sur cette zone dès que ce lui serait possible. J’opinai docilement, et repris mon récit initial :

-«  Durant plus d’une semaine, je rassemblai tout ce qui pourrait m’être d’une sorte d’utilité, et le stockai, comme ma couche, au sommet d’un grand arbre que je ne connaissais pas mais que les bêtes semblaient éviter. »
-« Ce devait être un jeune plant de roche Simic », m’interrompit mon maître. « Ils sont très fragiles lors de leur croissance et il émane alors d’eux des spores qui repoussent la plupart de la faune sauvage. Au fil des décennies, leur écorce durcit et leur métabolisme ralentit, jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que d’immenses statues d’arbres, voire de véritables falaises pour les plus gargantuesques. Les Simics comptaient en faire commerce avec les Selesnyans, mais ceux-ci refusèrent. Ils se tournèrent vers les autres guildes, mais ni les gruuls, ni les golgari ne furent intéressés, bien qu’Orzhova elle-même faillit être bâtie avec de la roche Simic. Je ne t’en ai jamais parlé car ce projet excessivement ancien est tombé dans l’oubli, parce que cette plante ne présente guère d’intérêt, et qu’elle suffisamment rare pour être négligée. Continue. »
Je pris une longue respiration et repris. Je lui contai comment après une longue préparation, je m’étais débarrassé du nécromancien Golgari, puis la façon moins organisée dont j’avais tué l’Orzhov et le Rakdos.
Mon tuteur semblait fasciné par mon témoignage et son regard paraissait perdu dans les méandres de ses propres pensées, enfoui dans l’imagination qui lui représentait les scènes que je lui décrivais. Il ne dit rien, quand je m’interrompis, mais parut reprendre ses esprits et eut une mimique expressive pour m’enjoindre à reprendre l’histoire là où je l’avais laissée
-«  Une marquemage de l’infiltrateur ?! Ce n’est pas moi qui t’ai enseigné ce sortilège, il me semble, non ? »
-«  Non, monsieur. » J’achevai de décrire avxec une préciscion morbide la mort du cultiste Rakdos, et attendit la remontrance en présentant un visage impavide. -« Tu as fait preuve d’une impressionnante ingéniosité, mais je n’oublierai pas ce que tu m’as dit à propos d’un enchantement que tu n’es pas censé connaître. Il te faudra t’expliquer, tu le sais. Je ne dispose pas de tout mon temps, » ajouta-t-il,« Aussi, racontes-moi la mort du Boros et du Gruul, et je te laisserai te reposer. »
-« Oui, monsieur. » je fis impasse sur le meurtre du Simic, d’une vedalken Azorius et d’un vieux chantre de Selesnya, et lui exposai comment j’avais ensuite pris la direction de la Fonderie Sacrée des Boros.
-« Je ne comptais pas commettre un meurtre au cœur-même de la Ligue, expliquai-je,mais je me repérais à ce bâtiment que l’on voyait à dix milles de là.
Une fois dans leurs quartiers, je me fis engager comme serveur dans une auberge banale que je savais accueillir des wojeks.
Ce fut un travail plutôt facile que de les approcher. J’appris que l’un deux avait des relations avec un certain Kos, que je savais être un célèbre commandant Wojek.
Il me semble que quelqu’un lui avait demandé s’il avait des nouvelles de ce Kos, car il n’est pas reparu depuis la naissance de son fils Agrus. Je me suis donc renseigné sur cet homme et je me suis rendu compte que sans être très gradé, il entretenait des relations importantes avec des huiles du conseil. Il m’a suffit d’une infusion de morteracine, coupé au cidre.
Le cidre a caché le subtil goût de la racine, et a suffisamment retardé ses effets pour qu’il ne s’effondre pas sur la table. »

-« Dépêche-toi, je veux entendre la mort du Gruul. »
-« Très bien. Je le suivis alors qu’il quittait l’auberge, et récupérai une chevalière frappée aux armoiries de sa famille, connue dans le milieu des soldats Wojeks. Pour le Gruul, j’allais poignarder un meurtrisseur Psora mais il m’a…senti venir, et j’ai dû fuir avec une belle estafilade qui a failli s’infecter. Je suis revenu plus tard sur les terres Gruules et me suis rapproché des Fosses de la Rage. J’ai failli me faire surprendre par une sauvageonne dépenaillée  mais je réussis à me dissimuler au dernier moment. J’ai ensuite utilisé un garrot pour l’étrangler. L’effet de surprise a permis d’éviter qu’elle ne se débatte trop longtemps.
J’ai récupéré sur le corps une petite plaque d’ivoire, su laquelle la marque Gruule était gravée.»

-« Tu t’es bien débrouillé, bien que tu aies souvent pris des risques inutiles pour satisfaire ta seule soif de défi. Tu as beaucoup appris depuis, mais nous avons encore de longues années devant nous. Je te laisse, sois à l’heure demain. »



Je ne pris pas la peine de savourer un de ses rares compliments, qui avaient depuis longtemps perdus leur sens pour moi.





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Dernière édition par Ishmæl le Mar 31 Mai 2016 - 2:49, édité 17 fois
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Ishmæl
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 20:20

╔ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═  ═ ╗
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Et ma fulgurante formation se poursuivit ainsi, avec de multiples missions aux cours desquelles je perdis deux doigts de plus, et je récoltai à quinze ans une magnifique balafre suite à un affrontement aux allures de bataille rangée entre les forces de l’ordre et un soulèvement Rakdos, que j’avais moi-même fomenté pour attirer l’attention des Boros.
Mon instructeur se faisait vieux, et était ébloui par mes talents. Son jugement fut altéré, et ma docilité feinte ne faisait qu’accentuer le cercle vicieux de sa confiance mal placée.
Je me faisais humble, il me faisait confiance, et il voyait de moins en moins le masque que j’avais érigé, et derrière lequel je manigançais déjà d’inavouables complots.
Ainsi, trop obnubilé par les progrès que je faisais et ceux à venir, il négligeait le lent effacement d’identité que chaque précepteur se doit d’accomplir sur son pupille, sous couvert de « l’éducation Dimir ». Et durant toute mon adolescence, que je passais consciemment au beau milieu de meurtres, d’espionnage, de vols et de rébellion, j’avais échafaudé un plan qu’aucun Dimir sensé n’aurait osé tenté, et qui avait causé la perte de tous les fous qui s’y étaient risqués.
Quitter la Dixième Guilde. Vivant.
Mais ce serait folie d’abandonner ainsi une telle communauté - qui est en fait une inestimable source de renseignement, voire de protection - sans une bonne raison.  
Ne plus supporter d’être un pantin n’est pas suffisant, bien que cela pèse lourd dans la balance de la décision.
Mais j’avais de grands projets, des idées à entreprendre aux proportions si gargantuesques que j’étais persuadé que j’étais le seul à pouvoir y parvenir, et cela impliquait de délaisser la Maison du Seigneur des Secrets.
A partir de ma quinzième année, je m’attelais à une tâche devant laquelle l’immense majorité des Dimir, y compris mon précepteur, auraient reculé :
Espionner un maître assassin de premier rang.
J’avais entrepris de flâner le plus possible entre les Aqueducs Dimirs, et de façon générale dans toute la Maison des Ombres, en vue de repérer quelqu’un susceptible de remplir le rôle de cible.
Finalement, alors que j’envisageai déjà une autre approche, une silhouette masquée avait parcouru la grande place pavée que j’observai, et était entrée en trombe dans une boutique intitulée « aiguille, crocs et dagues » par son enseigne. Une source de matériel précieux pour les Dimirs, qui était loin de se limiter à ce que son nom laissait supposer pour les connaisseurs. Je ne l’avais pas tout de suite suivie, en premier lieu parce que si elle était ce que je pensais, elle ne manquerait pas de remarquer une approche aussi grossière.
J’attendis donc qu’elle ressorte pour faire plus attention à elle.
Elle était grande, élancée, et deux détails me faisait croire qu’il s’agissait bel et bien d’un maître assassin. Premièrement, sa lourde cape de voyage présentait au niveau de l’épaule une petite spalière argentée représentant le symbole de la Dixième que par souci de discrétion seuls les agents de premier rang était autorisés à arborer en dehors de Manteaubrume, et encore, sous la restriction des domaines souterrains de la Maison des Ombres.

**D’ailleurs, le fait qu’elle porte le sigle des Dimirs prouve son attachement à la Guilde, et seuls ceux qui s’y livre corps et âmes sont autorisés par le Maître à gravir les échelons…**
Deuxièmement, sa gestuelle, ses mouvements, tout clamait en elle une parfaite maîtrise de talents voués à la tuerie, à l’art de donner la mort silencieusement. Elle ne cherchait même pas à cacher son appartenance à cette élite, et cette assurance la rendait encore plus redoutable.
Je ne pouvais me permettre de la suivre physiquement, même de loin. J’emprunterai ne serait-ce que deux fois de suite son chemin sans le faire exprès qu’elle le remarquerait.
Je me contentai donc d’errer dans les noires galeries des Aqueducs, et lorsque je la voyais, je ne tentai même pas de cacher mon attention, et ne me privai pas de noter tout ce qui pouvait m’être utile.
Il s’agissait d’une femme qui devait avoir vu bien des hivers depuis son trentième, et son importance au sein de la guilde n’avait d’égale que sa prudence. Ce n’était pas une partie de plaisir de surveiller le moindre de ses faits et gestes, et je dois avouer que je n’y suis pas arrivé.
Un jour je la vis recevoir de la part d’un Nécrosage en personne une enveloppe cachetée qui contiendrait – selon ce que j’ai compris – une autorisation à examiner les régions les plus dangereuses et les plus secrètes de la Bibliothèque des brumes.
Je ne pouvais passer à coté de cette occasion, et le hasard – le destin ? – m’offrit les circonstances propices à l’accomplissement des mes desseins.
En effet, ce fut à cette période – ma dix-septième année – que mon mentor fut envoyé en mission au sein même de Novijen, cœur du progrès, la capitale des Simic.
Avant son départ, il me dit :

-« Tu sais, mon garçon, les Dimirs ne sont pas comme tous le pensent. Il y a de fortes chances que je ne revienne pas, et dans ce cas, tu seras dès lors considéré comme mon successeur. Les Dimirs sont les garants de l’équilibre entre les dix guildes, et si cette sécurité tombe, Ravnica sombrerait dans un océan de sang. Acquitte-toi donc avec assiduité de toute tâche qui te serait confiée, et tu auras en retour la satisfaction de savoir que tu contribues à la survie de notre monde. »
A ces paroles, je dû me retenir de ne pas sourire. Il semblerait que mon mentor soit né dans la mauvaise Guilde. Il aurait certainement pu mieux savourer son existence s’il avait grandi au sein de la légion Boros. Mais peut importe, je savais que je ne le regretterai pas, tout au plus aurais-je une pensée pour lui quand j’aurais mené mon projet à bien, car un maître plus exigeant ou plus doué n’aurait pas permis à la jeune pousse que j’étais de croître si loin du plant d’origine.
Mais son absence, momentanée ou pas, était salutaire pour moi car des années de préparation allaient aboutir.
Tout le temps passé à épier la sicaire – qui semblait à peine le céder en autorité aux Nécrosages – m’avait appris qu’elle avait toujours sur elle la missive que lui avait confié le squelette en toge sorti de l’ombre, et qu’elle n’était pas près de s’en séparer. J’’en venais même à me demander ce qu’elle comptait faire de cette autorisation.
Je la suivis alors qu’elle partait en mission, apparemment pour assassiner plusieurs Wojeks.
En particulier, je n’étais pas peu fier de l’exploit que j’étais conscient d’avoir accompli en ayant accès à l’ordre de mission d’un assassin supérieur. Il m’avait permis d’apprendre son objectif, et bien qu’il ait été codé, j’avais pu en tirer qu’il s’agissait d’une expédition punitive.
J’avais été amusé de me rendre compte que parmi ces cibles figurait le frère du Kos dont j’avais assassiné une connaissance, de nombreuses années auparavant.

**Décidément, le monde est petit.**Avais-je pensé.
Toujours est-il qu’aucune mention d’une quelconque discrétion n’avait été faite, et la conclusion que j’en avais tirée était impressionnante. Ou bien les Nécrosages – voire le Vampire en personne – avaient en elle une confiance aveugle, ou alors, perspective tout aussi effrayante, ils la savaient apte à se frotter aux Wojeks sans craindre une garnison entière.

**Et c’est à ça que je veux m’attaquer ? Je dois vraiment être fou…**
Mais mon opération réussit, même si ce fut plus dû au hasard qu’à mes talents.
Cela avait remis en question mon potentiel et mes capacités prétendument inhumaines, que mon aîné avait visiblement surévaluées, et j’en étais sorti grandi.
Mais j’ignorais alors que tout cela n’avait été rendu possible que grâce aux manigances du Vampire – le laissez-passer confié à la femme, le fait que j’ai pris connaissance de son ordre de mission... Tout.


░░░░░░░░


Cela s’était déroulé lors d’une obscure soirée pluvieuse.
La femme que je filai – Thyanara était son nom – était entré calmement dans une auberge et immédiatement, elle avait lancé avec une vitesse foudroyante une simple bille de plomb vers un homme qui lui tournait le dos, assis au comptoir. Un bruit écoeurant avait accueilli la fin de sa trajectoir, et un lourd silence s’était abattu sur les tablées, que vint briser le sifflement sourd d’un nouveau projectile. La seconde suivante, une femme accoudée à une barrique s’était effondrée  en un affreux gargouillis.
Alors que cinq hommes se ruaient vers Thyanara, dont deux s’étaient tout de suite écroulés et un autre – ivre – titubait, j’apparus soudain derrière celle-ci, et elle put sentir en plusieurs points de son corps des piqûres aiguës poindre sur son épiderme.
J’avais chaussé à mes doigts des anneaux acérés, dont un menaçait de s’enfoncer dans l’artère fémorale, et un autre mettait en danger sa carotide. Une minuscule pique dissimulé sous la toile de mon pantalon était sur le point de lui percer l’aine par derrière, et mon pied droit était prolongé d’une très fine lame, qui était posée sur son tendon d’Achille.
Toujours très calme, elle avait utilisé le code des Dimirs – qui permettait de faire passer un maximum d’informations en moins de temps qu’en parlant – et s’était tapoté la hanche avec deux doigts, me faisant comprendre :

- "C’est donc toi qui me suis depuis des années. Jusqu’alors, je ne connaissais personne de suffisamment doué pour que je sois obligé de m’utiliser moi-même comme appât.  Ni pour réaliser que la proie est la plus vulnérable à l’instant où elle est elle-même le chasseur."
J’étais trop concentré sur la situation pour relever ses paroles, et je m’étais contenté de répondre avec de légers effleurements entre ses omoplates:
- "Vous me flattez, madame."
- "Ne trouves-tu point étrange que mes assaillants se soient écroulés tous seuls ?"
C’est à cet instant que j’avais réalisé que les Wojeks qui s’étaient affalé sur le sol après s’être rués à sa rencontre, ça n’était pas elle qui les avait étalé. Pas plus que les assaillants restant qui gisaient alors dans une mare de substance qui suintait de leurs oreilles.
Mon instinct m’avait permis d’éviter une fine et longue aiguille d’acier, projeté avec adresse par un homme élancé qui s’était tenu près de la première victime.
Mais pas la seconde, qui me traversa l’épaule en me jetant à terre.

**Ai-je été stupide de croire que ce serait si simple. Elle vient d’utiliser le même principe que moi, et qu’elle m’a décrit à l’instant. Je pensais l’avoir, et j’étais déjà la proie d’un autre. Elle a poussé l’ingéniosité jusqu’à se laisser sciemment tomber dans mon piège pour m’attirer dans le sien, dont les mailles étaient trop éloignées pour que j’y prête attention !! J’aurais réellement apprécié de l’avoir pour maître…**
J’avais grimacé un sourire et craché sur la tunique de Thyanara.
Parce que j’avais au préalable pris le soin de placer dans ma bouche un petit insecte qu’un produit dans ma salive avait mis en léthargie. De retour à l’air, il s’était réveillé en se tortillant, et, incroyablement agressif, il avait planté ses mandibules dans la chair de la femme, au niveau de l’abdomen.
Elle avait failli trébucher, s’était retenue, puis était tombée à mes côtés.
Incapable de me défendre, car le javelot avait tranché un des nerfs principaux de ma clavicule, je ne pouvais que regarder l’homme dans la taverne décimer les derniers Boros qui s’y trouvaient, et j’avais alors pu sentir comme une araignée gravir mon mollet.
J’avais tourné la tête et vu avec horreur la main de Thyanara exercer consécutivement une pression sur différents points de ma jambe, et une souffrance intolérable avait immédiatement envahi mon tibia, mon pied, ma cuisse, telle un carreau de baliste qui m’aurait empalé la jambe et qui se serait fiché jusqu’au bassin. C’était mille fois plus douloureux qu’une crampe, et le pire était que je savais comment m’en débarrasser. Il s’agissait d’une subtile technique de corps à corps qui usait des multiples points de pression disséminés de par l’organisme des humanoïdes.
Particulièrement efficace, cet art était cependant rare car extrêmement complexe, et je n’avais pu retenir un profond sentiment d’admiration envers cette femme qui le maniait mieux que je n’en aurais cru quelqu’un capable.
Ironie du sort, mon hurlement avait alerté la patrouille qui se dirigeait vers le lieu de l’affrontement, et la vie de Thyanara finit au bout d’une flèche, adroitement ajustée à presque cent mètres de là.
Un second carreau, tiré avec moins de dextérité, m’avait tracé un trait de feu dans le cuir chevelu, et un homme cria alors :

-« Non, pas lui !! Il a essayé de la neutraliser !! »
Des ordres fusaient de partout, et des Wojeks avaient envahi la salle. Je n’avais pas assisté à la mort de l’homme qui combattait vaillamment contre trois adversaire, acculé qu’il était dans un coin de la taverne.
J’avais concentré mes efforts sur autre chose.
J’avais les connaissances nécessaires pour faire taire l’immonde souffrance dont irradiait ma jambe, mais il y avait plus urgent ; je devais à tout prix récupérer la lettre sous cachet.
Méprisant l’effroyable douleur, j’avais prudemment remué le corps de Thyanara, et quand l’insecte en avait jailli et s’était précipité vers moi, je l’avais cueilli  au vol d’un crachat qui l’avait plongé dans un profond coma. Ma perception des auras magiques m’avait averti d’un puisant sortilège aux alentours d’une poche dans la doublure de son pourpoint. Je m’y attendais et je n’avais pas hésité. Profitant du chaos qui n’allait pas tarder à se dissiper, je dégainai une dague soigneusement affûtée et tranchai la main droite de la vieille Dimir.
Prenant la main sanguinolente et maniant ses doigts inertes avec précautions, j’avais saisi le coin parcheminé d’un papier qui dépassait d’un réceptacle en cuir sans utiliser mon propre corps, et la main de celle qui avait mis le sortilège en place était passée outre la sécurité qui aurait sans nul doute coûté le bras d’un autre.
Je rendis la lettre invisible avec un puissant sort d’illusion à l’aide de deux hydromanas et sans plus lutter, m’était abandonné aux ténèbres de l’inconscience, n’ayant plus assez de forces pour remédier à la torture qui me tenaillait.


░░░░░░░░



Je m’étais réveillé dans un bâtiment aux murs écaillés, aux couleurs du bras armé de la justice. Je me pris à m’inquiéter des déductions que les enquêteurs avaient pu faire quant à mon rôle dans le bazar engendré par la bataille.
C’est à ce moment que je me rendis compte que je ne sentais plus ma jambe. Je lui jetai un coup d’œil, et détournai aussitôt le regard. Je ne pouvais pas croire ce que je voyais.
Je me redressais sur un lit  immaculé et osa à nouveau ouvrir une paupière.
Je ne rêvais pas. Je n’avais plus de jambe. Ou plutôt, à partir du mi-mollet, une sorte de matière de synthèse se fondait à la chair, et se finissait comme une canne.
Je n’eus pas le courage de palper ce qui, selon toute vraisemblance, serait ma jambe jusqu’à la fin de mes jours, et me rendormis, davantage malgré moi que volontairement.


░░░░░░░░


Lorsque je me réveillai pour la seconde fois, un homme se tenait devant moi. Un commandant Jek, à n’en pas douter. Il avait le teint buriné et les cicatrices de ceux qui allaient sur le terrain et qui délaissaient les médailles des officiers administratifs pour l’utilité dont ils étaient dans les cas qui requéraient une autorité compétente et sans peur de se salir les mains.
Les armoiries qui étaient gravées sur le cuir de ses fourreaux m’indiquèrent que cet homme, âgé d’une cinquantaine d’années, devait sans doute être le fameux commandant Kos.
Il paraît qu’il envisageait de laisser la place à son fils Agrus au moment de sa retraite, qui était d’ores et déjà sur le point d’intégrer  une phalange de Wojeks.
Il me regarda d’un regard qui ne cilla pas, et me dit d’une voix blanche :

-« Il y a huit jours, j’ai perdu mon frère »
Il poussa un soupir.
« Je ne sais toujours pas avec certitude le rôle qui était le tien dans cette affaire, mais je suppose que je dois te remercier aux noms des Boros que tu as permis de venger, et aux noms de ceux que tu as permis de sauver. Ta jambe, agitée de convulsions, a dû être amputée, mais quelqu’un est intervenu pour que tu bénéficies d’une greffe Simic. Elle est plus solide que l’acier et, pour peu que tu t’habitues à elle, elle deviendra une extension de ta jambe à peine différente de celle que tu possédais à ta naissance. »
Il s’interrompit, secoua imperceptiblement la tête et ajouta :
-« Toutefois, le protocole prévoit une récompense plus…officielle. Je te saurais donc gré d’accepter ceci malgré l’absence de cérémonie officielle, sur laquelle vous devrez faire impasse parce que l’affaire étant ce qu’elle est, nous préférerions qu’elle ne s’ébruite pas. »
Il me tendit un petit disque doré, frappé de l’emblème de la ligue des Boros.
J’en avais suffisamment entendu parler pour savoir que serait gravé de l’autre coté la raison de l’attribution de la médaille, ainsi que la date à laquelle elle a été remise.
Voyant que je ne faisais aucun geste pour la saisir, il la posa sur une table basse, à portée de ma main, et  se dirigea vers ma porte.
Juste avant de la franchir, il ajouta sans se retourner :

-« Mieux vaut que nous ne nous retrouvions pas, tous les deux, car il se pourrait bien que je sois tenté de connaître les tenants et les aboutissants de cette histoire, dans laquelle mon plus jeune frère a trouvé la mort. »
Et il sortit.
Je laissai ma tête retomber sur mon oreiller, et fermai les yeux, après avoir vérifié magiquement que l’enveloppe était toujours en place.


░░░░░░░░



Le sommeil m’abandonna peu après, et j’eus la surprise de me sentir bien en forme. Je soupçonnai un composant de ma greffe d’avoir des effets salvateurs sur mon organisme, et je décidai de me renseigner plus tard sur cette nouvelle extension de mon corps.
Personne ne se trouvait dans la chambre, et à en juger par ce que j’entendais, ni dans le bâtiment tout entier. Je tentai de me mettre debout.
Je faillis tomber à la renverse tant la sensation était déroutante. Ma jambe s’arrêtait juste en dessous du genou, je le savais et le sentais, mais je sentais aussi – et surtout ! – ma greffe. C’était comme si un troisième bras avait poussé au moignon de ma jambe, un bras que je percevais mais que je ne pouvais pas bouger, et qui était aussi solide qu’une poutre d’acier. Je basculai lentement mon poids dessus, et fit quelque pas.
J’avais l’impression d’être un bébé qui utilise ses dents pour la première fois, en éprouvant leurs sensations et leur robustesse.
Alors, lorsque j’eus le sentiment d’avoir relativement bien apprivoisé mon nouveau tibia, j’entrepris de sortir du bâtiment. Au dernier moment, je fis demi-tour et empochai la médaille, que j’avais finalement méritée, et descendis prudemment un escalier qui grinçait affreusement.
Je débouchai dans une rue lumineuse, sans nul doute du quartier Boros, et c’est uniquement lorsque je notai la position du soleil et que je me dis qu’il devait être tard que je remémorai les paroles du commandant Kos :
« Il y a huit jours, j’ai perdu mon frère »
Etais-je véritablement resté inconscient huit jours durant ?
Si oui, je devais me dépêcher de faire un rapport détaillé – et entièrement erroné, bien sûr - de la raison de mon absence et de la perte de ma jambe.
Tout en marchant vers le quartier neutre où siégeait le casino des Dimirs, je réfléchis aux explications que j’allais fournir avec la nonchalance de celui qui a été formé aux mensonges, mais la plus grande partie de mon attention était tournée vers l’examen de mes blessures.
Une main experte semblait avoir bandé mon épaule et recousu la plaie laissée par le passage du javelot.
Je ne faisais pas de mouron pour ma jambe, je savais que les Simics, commerçants dans l’âme, étaient capables de véritables prouesses dans le domaine des greffes.
Je m’interrogeais juste sur toutes les potentialités de la mienne.
En somme, je m’en sortais plutôt bien. J’avais récupéré le laisser-passer que je convoitais, et j’avais de surcroît récolté une authentique greffe Simic – et pas des moindres ! – ainsi qu’une médaille de reconnaissance de la part d’un réputé commandant Wojek !!
Seul mon amour-propre s’en était ressenti, meurtri par la manière si machiavéliquement orchestrée avec laquelle mon plan avait été déjoué.
Mais je devais en tirer leçon, et c’est ce que je fis. Si j’avais toujours une très haute opinion de mes capacités physiques et intellectuelles, je ne les mésestimais pas, et si je conservai un ego très développé, je me jugeai désormais à ma juste valeur.
Arrivé dans le dédale de couloirs, d’antichambres et d’impasses qui s’étalait sous le casino, je suivis un itinéraire emprunté maintes fois, bien qu’il ne soit pas celui que j’ai fréquenté le plus, et arrivai dans une sorte de lac souterrain, traversé par plusieurs ponts consacrés à l’acheminement des eaux et parsemé de passerelles, de routes pavées et de grandes places où s’activaient des foules entières.
Les Aqueducs Dimirs.
Je me dirigeais avec moins d’assurance que je ne l’aurais voulu vers un orifice obscur dans une paroi joignant une droguerie sobrement intitulée « aiguille, crocs et dagues » par son enseigne. Une source de matériel précieux pour les Dimirs, qui était loin de se limiter à ce que son nom laissait supposer pour les connaisseurs.
Arrivée au trou qui se détachait tel un disque de nuit sur la paroi grisâtre, je sortis un parchemin roulée serré et cacheté avec le symbole propre aux rapports de mission avec la cire enchantée fournit par les Nécrosages aux agents de la Dixième. Il tomba dans le sombre cratère, et poursuivit sa chute dans le toboggan en pierre jusqu’au réceptacle ou les agents administratifs des moindres envergures se chargeraient de les acheminer à bon port.
A présent j’avais une autre tâche à effectuer, et son importance, sans possible comparaison avec tous mes précédents objectifs, me hérissait les cheveux sur la nuque d’excitation.


░░░░░░░░



Je me replongeai de nouveau dans le labyrinthe souterrain du domaine Dimir. J’empruntai des escaliers droits, d’autres en colimaçon, d’autres encore aux marches usées et irrégulières.
Certains montaient, d’autres descendaient, et certains présentaient étrangement des marches légèrement inclinées qui faussaient ces impressions, si bien que chacun finissait par perdre la notion de profondeur, et personne ne pouvait estimer correctement la distance qui le séparait de la surface, voire sous quelle zone il se situait.
Seuls les authentiques membres de la Dixième, qui vivaient dans cet environnement chaotique depuis leur enfance, pouvait savoir où aller pour retrouver leur chemin, à défaut de pouvoir s’orienter dans cette fourmilière. Ainsi, après avoir erré durant plusieurs heures, je parvins dans une petite salle cubique de trois mètres de côté ou une nacelle oscillait dans le vide, attaché par une chaîne que je savais plus solide qu’elle ne semblait à un treuil actionnée nul-ne-sait-comment, mais que j’avais déjà utilisé plusieurs fois.
Je montai sans peur à l’intérieur, et la chaîne se déroula lentement, avec régulier cliquetis aussi glauque que sonore. Il résonna longtemps dans le boyau que je descendais petit à petit, sur plus de cent mètres.
Enfin, j’échappai à cette atmosphère étouffante et débouchai sur une gigantesque caverne aux proportions démesurées, soutenue par une unique et immense tour qui faisait office de pilier, d’où s’écoulaient de plusieurs mâchicoulis des tonnes et des tonnes d’eau. Je m’efforçai de sonder mon cœur, afin de savoir ce que je ressentais, ce que je devrais ressentir et ce que j’aimerai ressentir en portant le regard sur Manteaubrume, la maison des Ombres.
Selon toutes les définitions, cela devrait être mon foyer.

**Mais peut-on sincèrement considérer le lieu de tant de machinations comme le foyer de quelqu’un ?** Soudain, je maudis mon maître de n’avoir pas éradiqué ces stupides scrupules sentimentaux de mon esprit quand j’étais plus jeune.
**Quel irresponsable…**
Encore deux cents mètres et la nacelle heurta le sol avec un bruit mat.
Je posai le « pied » de ma jambe estropiée sur le sol du sanctuaire des Dimirs, et me dirigeai d’un pas plus assuré vers une galerie qui s’ouvrait au pied de la tour, au pied d’un portail à deux ventaux qui aurait pu accueillir un béhémoth gargantuesque dans l’enceinte de la Maison.
Je franchis le seuil du pilier, et allai vers un des rares appartements mis à disposition des agents de la Dixième. Je consacrai la journée du lendemain, celle du surlendemain et des deux jours suivants à me renseigner sur la greffe que j’avais reçue, ainsi qu’à la préparation de a seconde phase de mon projet, qui serait loin d’être aisée.
Mais un imprévu vint bouleverser mes préparatifs. Mon maître était revenu de sa mission, dans un état de fatigue avancé, et sa jambe droite paraissait avoir arraché par un escogriffe cytoïde, et il était à ce point proche de la folie qu’en voyant ce qu’était devenu mon tibia, il gueula dans son délire:

-« MA JAMBE ! ! RENDS-LA-MOI, SALE VOLEUR ! TU ME L’AS VOLEE ! MA JAAMBE !! »
Je délaissai la chambre dans laquelle il était alité, autant pour éviter sa désagréable présence que par crainte de voir en cette scène un reflet de ma convalescence d’il y a peu, et l’abandonnai aux bons soins des guérisseurs.
Justement, je passais les derniers jours que sa guérison prendrait au lent et incertain apprivoisement de ma nouvelle jambe, qui présentait effectivement des caractéristiques plus qu’utiles.
Trois jours plus tard, je pris une direction que je connaissais sans m’être jamais dirigé vers elle. Et en un quart d’heure, et je me retrouvai devant une immense arcade.
La Bibliothèque des Brumes.
La grande porte était gardée par un vieil homme au regard vif, derrière lequel se tenait, muet, un gardien de la Maison Dimir.
Ce dernier ne pouvait mimer d’expression, son visage étant devenu crâne depuis longtemps, mais la façon dont il se tenait, immobile, laissait penser qu’il ne laisserait passer personne  sans la permission du vieil homme, négligemment appuyé sur des battants du portail.
Je m’approchai et l’apostrophai :

-« J’aimerais me documenter dans la bibliothèque des brumes. Aurai-je votre accord ? »
Il se redressa et me décocha un regard qui semblait à tel point me fouiller que j’eus peur, un instant, qu’il ne me perce à jour.
Mais il répondit, calmement :

-« Bien sûr, si vos intentions sont louables. Qu’est-ce qui vous amène ? »
Je répliquai dans la seconde, imitant le ton de celui qui s’est vu investi d’une mission extraordinaire pour la première fois.

-« Mes services ont été requis par les Nécrosages dans le cadre d’une mission d’une grande importance. Je vous prierai de bien vouloir me laisser passer. »

Je balayai l’air devant moi de mes mains et brandis l’enveloppe cachetée qui venait d’apparaître devant moi comme on aurait exhibé un trophée en guise de la preuve irréfutable d’une victoire.
Un mince sourire étira les lèvres pâles de l’homme de faction devant la porte, et il me fit signe de passer, en se dirigeant vers le battant gauche, qu’il poussa en s’arcboutant.
Le squelette, stoïque, s’écarta de plusieurs pas et attendit que j’eus franchi le seuil avant de reprendre sa position initiale.
Le garde n’avais même pas pris la peine de vérifier le contenu du pli.
Le portail se referma derrière moi en un fracas feutré, me laissant savourer les merveilles que j’avais sous les yeux.
Il y avait là des étagères aussi hautes et escarpées que des falaises, et des escaliers de pierre étaient arrangés pour accéder à chaque étage de chaque rayonnage.
Mais ils n’étaient pas organisés de façon géométrique, non.
Au contraire, la bibliothèque était aussi chaotique – si ce n’est plus – que le dédale de couloirs et de galeries des aqueducs.
Des ponts de cordes joignaient plusieurs rayons, des échelles creusées dans la roche étaient l’unique moyen d’accéder  certaines étagères, et certaines paraissaient même flotter dans les airs, à l’aide de quelque artifice magique.
Le lieu était aussi haut que les tours de Prahv, et des passerelles, des escaliers et des galeries débouchaient des parois, encombrant l’espace aérien qui aurait autrement été comparable aux immenses Cheminées à Vapeurs des Izzets.
Et des rumeurs lointaines semblaient sourdre des certains livres, ou d’étagères, voire de partout à la fois, créant ainsi une ambiance propice à justifier le nom du seigneur des murmures, qui portait décidément fort bien son titre.

**Et c’est dans ce foutoir que je dois trouver ce que je cherche…** M’étais-je dit, désespéré.
C’est alors qu’un petit lutin bleu descendit des airs vers moi, agitant de longues ailes diaphanes de libellule.
Il arborait un petit sourire mutin et découvrit une minuscule rangée de dents pointues quand il me demanda tout en voletant devant moi :

-« Que puis-je pour vous aider ? »
Sa vois était si mielleuse, c’est tout juste si il ne dégoulinait pas. Je lui répondis poliment que je désirais consulter les archives secrètes de la bibliothèque, pour accomplir un objectif capital.

-« Sauriez-vous m’indiquer le chemin, s’il-vous-plaît ? » ajoutai-je.
Le sourire du lutin s’élargit, laissant paraître une seconde rangée de crocs effilés comme des épines.

-« Non. »
-« Ah non ? Je crains de ne pas comprendre… »
-«  Je ne saurai pas vous indiquer le chemin car ces archives sont…secrètes. Vous l’auriez deviné tout seul, non ? »
Ses paupières se plissèrent d’une malicieuse malignité tandis que je soupirai en lui tendant le parchemin cacheté.
A sa vue, la créature fronça se maigres sourcils et me l’arracha des mains avec un air soupçonneux.
Il déchira l’enveloppe sans la moindre prévenance, et parcouru rapidement la lettre des yeux.
Il renifla d’un air dédaigneux, et lâcha d’une voix morne :

-« Veuillez me suivre. Si vous le pouvez… »
Et il s’envola. En un battement de cils, il était déjà à une dizaine de mètres, et continuait à monter. De mon coté, j’avais déployé une corde en crin de pégase, reliée à un poids d’acier, et en geste, l’envoyai vers le haut, certain d’atteindre ma cible.
La corde s’enroula autour d’une poutrelle de marbre et je m’en servis sans attendre pour gravir la surface rocheuse de mur, creusé par endroits de niches de tailles diverses où reposaient des livres de formes toutes aussi variées.
Je progressais incroyablement vite, conscient que je n’aurai pas d’autre chance.
Je faisais confiance à mon corps, je savais ce dont j’étais capable, et je ne passai pas outre les limites imposées par la nature. En observant un changement de trajectoire dans le vol désordonné de la fée, sans perdre de Temps à récupérer mon grappin, j’en déroulai un autre que j’envoyai crocheter une étagère plus haut, et me laissai tomber dans le vide, en une harmonieuse parabole au terme de laquelle j’atterris sur un escalier de granite.
J’escaladai les marches quatre à quatre, sans perdre de vue le petit lutin qui essayai de me semer. Il redescendit soudain en piqué, et j’étouffai un juron en sortant mon dernier filin.
Je le jetai avec un gros poids à gauche de l’escalier, et sautai en même temps de l’autre coté, en espérant pour que la masse opposée, en remontant, ralentisse suffisamment ma chute pour me permettre de continuer la course.
Car le lutin était entré dans un tunnel s’ouvrant dans le mur, devant un promontoire auquel on ne pouvait avoir accès qu’en sautant, et que je n’aurai pas vu si je ne savais que celui que je prenais en chasse avait disparu à cet endroit.
Je me reçus avec souplesse, mais la hauteur de la chute me fit grimacer et je perdis une poignée de secondes à refouler a douleur de mes chevilles avant de reprendre la poursuite.
Plusieurs intersections défilèrent, et la faible luminosité projetant des ombres tremblotantes faillit m’assommer à plusieurs reprises contre la roche.
Mais je réussis à chaque fois à trouver le bon chemin, en me repérant au bruit que produisaient les ailes du lutin. Une fois, je crus même apercevoir une jambe turquoise disparaître à un tournant.
Mais au sixième croisement, je fini par m’essouffler, et je ne pus qu’admirer l’endurance du farfadet. Je dus m’arrêter et pu ainsi apercevoir un squelette pas si ancien que ça à en juger par l’odeur. Loin de baisser les bras, je sortis des replis de ma tunique un petit flacon dont le contenu, en se répandant dans l’air, se dispersa en un fin brouillard grisâtre.
Je pus alors distinguer les restes des remous provoqués dans les airs par le passage de mon « guide », dont la vitesse me rendait paradoxalement service.
Je parcouru le sombre couloir aussi vite que je le pouvais – en trottinant – et fus soulagé de voir la lueur du bout du tunnel.
Je débouchai sur une terrasse en surplomb, beaucoup plus haut dans l’immense conduit de la bibliothèque que lorsque je l’avais quitté.
Le lutin y voletait avec une apparente forme physique que sa vigueur rendait insolente.
Lorsqu’il m’aperçut, ses yeux s’étrécirent et il me lança d’une voix dont la méchanceté était accentuée par le timbre et le regard de la créature :

-« Et bien, mon bon sire, vous voilà arrivé. Je vous souhaite bon courage pour retrouver la sortie… »

Et il se laissa tomber comme une pierre entre les poutres, les ponts et les passerelles qui envahissaient la Bibliothèque des Brumes, me laissant seul avec plusieurs armoires débordant de trésors que personne ne devait avoir consulté depuis des lustres.


░░░░░░░░



Je pris mon temps pour fouiller tout ce que je trouvais, et un sort mis en œuvre par la canalisation de deux hydromanas me grava dans la mémoire ce que je lisais et décryptais dans ce lieu.
Bien que la majeure partie des livres ne soit que des demi-mythe qui indiquerait les emplacements de certaines reliques, des légendes véridiques et des histoires à peine croyables, je dénichai des richesse inestimables, et les quelques sortilèges qui me seraient absolument nécessaires pour mener mon plan à bien me rappelaient ce territoire Simic dont j’avais fait la découverte il y a plus de sept ans.
Tandis que l’on ne pouvait trouver mieux que ce dernier endroit pour se fournir en matériel d’assassin, cette remise d’archives secrètes était un paradis de connaissances pour celui qui savait déchiffrer les écrits entreposés ici.
Lorsque je sus que mon crâne ne pourrait contenir plus d’informations pour l’instant avant de ranger toutes celles que j’avais forcé à rentrer à l’intérieur, je canalisai deux nouveaux manas aquatiques et, les fondant l’un dans l’autre en tissant un sort que j’avais pris le soin d’apprendre, laissai tomber dans le vide une masse informe et intangible dont l’assemblage des deux sphères magique avait pris l’apparence.
J’avais bien visé, et il s’écrasa avec un bruit de boue sur le sol dallé, une centaine de mètres en contrebas, se brisant en une immense mare d’eau.
Je me hâtai ensuite de rebrousser chemin.
Au premier croisement, je soulevais ma jambe estropiée et observai la réaction de la greffe, en pensant de toutes mes forces à ce que je voulais lui ordonner, reconnaissant son appartenance à mon corps en tant que membre à part entière.
Elle transmit une information à mon cerveau qui me fit aussitôt lever le pied, et diriger l’extrémité de mon « pied » vers le chemin de droite.
Je répétai ce processus à chaque fois que le chemin se divisait, et finis par retrouver l’atmosphère angoissante murmures de la tour, sur le discret promontoire que j’avais failli ne pas apercevoir à l’aller.
Je cherchai des yeux la corde qui, étant retombée de l’autre coté de l’escalier, aurait dû avoir atterri sur le promontoire quelque part sur ma droite. Peut-être avais-je dans la précipitation mal estimé la distance, mais je soupçonnais le petit lutin d’être le fautif. Si oui, il m’avait fait perdre un précieux filin de crin de pégase, car je n’avais aucune chance de le retrouver dans ce capharnaüm. Je me souvins du squelette dans le tunnel, et me demandai fortuitement combien de personne ce petit farfadet avait égaré.

** Le problème étant maintenant que je suis censé descendre de là… **
Je voyais bien une tenture de velours suspendu face à moi, mais elle se trouvait à sept bonnes coudées de là. En revanche, elle descendait encore plusieurs mètres sous mon niveau, et si il serait ardu de trouver une prise sur cette vielle étoffe rêche avec la vitesse que j’aurai, je devrais sûrement avoir le temps de m’y accrocher. De là, je pourrais me balancer pour me projeter vers la passerelle, un peu plus loin.
Je reculai de trois pas et sautai dans le vide, mais mon élan avait été trahi par ma prothèse qui avait heurté un pavé mal scellé, et c’est maladroitement que j’allais à une rapidité affolante à la rencontre du lourd rideau de tissu noir. Je tentai de saisir un pli mais il m’échappa et, ironie du sort, ce fut mon nouveau tibia qui me sauva.
Il transperça l’épais drap de textile mais ne le déchira pas, et stoppa brutalement ma chute en une position particulièrement inconfortable, de par le fait que ma jambe droite soit passée au travers du rideau et que la cruelle gravitation terrestre torturait ma virilité à chaque seconde.
Je pus enfin attraper un pan de velours et délogeai ma jambe, en calant mon genou dans le trou afin que tout mon poids ne repose pas sur la seule force de mes bas, et entama un mouvement de balancier rendu extrêmement lent par l’amplitude la courbe, découlant de la taille de la tenture.
Au bout de cinq minutes, je parvins à une vitesse qui devrait pouvoir me faire atteindre ma destination sans problème, et je lâchai prise après avoir ôté mon genou de la déchirure.
Mon vol plané fut tout sauf gracieux, et j’atterris cul par dessus tête sur la roche, mon postérieur presque autant en miettes que ma fierté.

**Qu’importe, j’ai ce que j’étais venu chercher, c’est tout ce qui compte.**
En me remettant debout, mon pied droit dérapa, et je fis intimement connaissance avec le carrelage grossier de la passerelle, avec une proximité que je ne comptais pas retrouver de sitôt. La fautive était ma greffe, comme par hasard, que pensais avoir enfin maîtrisée.
Et en examinant son extrémité, je retins un hoquet de surprise.
Le bout, habituellement arrondi telle une canne, s’étaie fondu en une pointe acérée qui devait être ce qui avait percé le tissus du rideau.
Je me concentrai pour tenter d’ordonner quelque chose à ma jambe, mais on aurait dit un de ces rêves où rien n’obéit à notre volonté. C’était comme si je voulais bouger plier mon bras, ce que je faisais tous les jours instinctivement, et qu’un beau matin, il se dérobait à l’autorité du cerveau. Qu’est-ce que c’était déroutant !!
Soudain, quelque chose s’enclencha en moi et je sentis réellement mon mollet. Lorsque je l’effleurais, l’épiderme factice me transmettait les sensations qu’aurait dû ressentir ma chair, et d’une pensée, je modelai le matériau de synthèse pour qu’il adopte une forme mieux adaptée à la marche, légèrement plus large que le diamètre de béquille d’avant.
Je me remis debout, et considérait ma jambe d’un nouveau regard.

**Décidément, les Simics sont aussi doués que cette prothèse est pleine de surprises…**
Je récupérai les deux cordes qui pendaient toujours à la poutrelle et à l’étagère, et entrepris de chercher un chemin pour redescendre, ce qui fut tâche aisée avec mes deux grappins.
Arrivée au sol, je m’approchai de la flaque artificielle et marchait dedans avec mon nouveau pied. Celui-ci me fit ressentir une vague de soulagement, comme quand on mange après avoir jeûné un jour entier, et je jurerais avoir vu comme des petites veines à la surface de la greffe qui palpitait en absorbant l’eau de la mare.
J’avais au moins compris cela durant la semaine passée à me familiariser avec elle. Elle se nourrissait d’eau. Tout comme mon organisme d’humain nécessitait des nutriments apportés par la nourriture ingurgitée, cette greffe avait également besoin de quelque chose qui ferait office de carburant, dans la mesure où elle n’éprouve pas celui de l’oxygène respiré et des éléments acheminées par le sang. Sans doute puise-t-elle dans l’eau tout ce dont elle a besoin, ce qui fait d’elle une jambe peu coûteuse, au vu du peu de liquide qu’elle a absorbé.
Et la capacité que j’avais utilisé plus tôt, je l’avais découvert e la veille. Comme le nez qui indique par les odeurs le fumet d’un festin, et sent l’eau, et le fait savoir au cerveau qui sait ensuite où aller pour nourrir le membre assoiffé.
Une fois ma prothèse repue, je voulu reprendre la direction de l’alvéole de grès où j’avais provisoirement élu domicile le temps que durerait la convalescence de mon maître, mais fis demi-tour et observai mon reflet dans la mare avec une curieuse sensation au fond la gorge.
Il me manquait l’index droit, le bas de la jambe droite, je n’avais plus d’auriculaire ni d’annulaire à la main gauche, et une belle balafre prenait le pas sur ses autres cicatrices, en descendant du front puis dérapant vers l’oreille droite.
Malgré ça, un observateur objectif devrait juger mes traits bien dessinés, quoique rendus rudes par un nez qui avait failli être cassé.

**Et je n’ai que dix-sept ans…**
Je sortis de la Bibliothèque des Brumes d’un pas agacé et allai voir où en était l’état de mon précepteur.
J’appris par la suite qu’il s’était volontairement plongé dans une sorte de transe salvatrice qui le maintenait dans un état proche du coma, mais qui présentait la faculté de pouvoir guérir son corps plus efficacement.
J’étudiais donc mentalement le savoir que j’avais stocké jusqu’aux limites de ma mémoire consciente et durant des heures, des journées entières, j’examinai sans bouger, les yeux fermés, ces rituels, ces sortilèges si complexes et surprenants qui devaient être tissés, chantés, dansés parfois, criés ou simplement pensés.


░░░░░░░░



Je reçu un jour une mission, à laquelle je réfléchis longuement afin de déterminer si elle convenait à mon projet ou non, mais je décidai de miser sur la prudence, et ne mis pas l’occasion à profit, d’autant que l’on parlait dans les Acqueducs d’un maître assassin et de son apprenti qui auraient été tués lors d’une mission à cause d’un Sans-guilde que l’on soupçonne d’être un Dimir rebelle.
Je me tins donc coi durant les prochains jours et accomplis l’objectif qui m’avait été confié avec brio, usant sans retenue des avantages que me procurait ma jambe, que j’arrivais à présent à faire changer de formes avec plus de facilité.
J’en reçu six autres, et c’est à ma dix-huitième année, alors que mon maître s’éveillait enfin après plusieurs mois, que je me vis recevoir un ordre de mission qui convenait parfaitement à l’accomplissement de mon objectif ; j’étais censé dérober un calice bien précis dans une chambre forte de la Citerraine.
J’emportai le strict nécessaire à ce que j’avais prévu, et me mis en route sans tarder, craignant que mon maître ne reprenne du poil de la bête et se mette en tête de reprendre mon apprentissage là où il l’avait laissé.

Dans moins d’un mois, je serai soit libre, soit mort.



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Dernière édition par Ishmæl le Lun 24 Fév 2014 - 13:22, édité 7 fois
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Ishmæl
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 20:21

╔ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═  ═ ╗
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Je parcourais un marché Orzhov de la rue d’étain d’un pas qui se voulait décontracté  mais que je ne pouvais empêcher d’avoir l’air tendu, de par l’imminence de mon émancipation.

J’orientai mes pas vers une route pavée qui plongeait sous terre, direction privilégiée par tous les marchands de la Guilde du commerce qui effectuaient volontiers des transactions avec les Golgari. En y songeant, il me revint une pensée dont je n’identifiai pas l’origine. Je me rappelai avoir lu quelque part que les Orzhovs contrôlaient une entreprise de construction qui se chargeait uniquement de la reconstruction après le passage des guivres. Quand les affaires allaient mal, ils payaient les carnomanciens Golgaris pour qu’ils attirent les guivres à la surface.  Pensée amusante, car je me souvenais que cet immense tunnel avait justement été foré par une des Guivres Briserues les plus grandes qui soit, et le nom de cette avenue qui plongeait dans les entrailles de la terre lui rendait hommage : « Creusée de l’Annelure »
En m’engouffrant dans le passage géant, je notai le nom d’une boutique tenue par un certain Otak, qui présentait des marchandises fort intéressantes et repris ma route, renouvelant ma détermination à chaque pas.
J’embarquai dans une sorte de wagon Golgari, après avoir payé en plus du prix une taxe prohibitive pour pouvoir user de ce moyen de transport sur le territoire Orzhov.
Les rails, brillants d’avoir été entretenus à l’huile, guidèrent le wagonnet vers les profondeurs de la Citerraine. Il ralentit puis s’arrêta, après être descendu de plus d’une lieue sous la surface de Ravnica. Je descendis et jeta un coup d’œil circulaire autour de moi.
Les murs étaient couverts de mousse, car la profondeur à laquelle nous étions entraînant une certaine humidité, ce lieu n’en était pas moins relié à la surface par une immense galerie, apportant ainsi un contact important avec l’air libre si l’on prend en considération le diamètre du tunnel, qui était comparable à celui de la tour de la bibliothèque de Manteaubrume.
La lumière de la surface n’atteignait  pas l’immense caverne où je me trouvais, et des sphères luminescentes étaient disposées sur les parois à intervalles réguliers, à une dizaine de coudées de haut, et il en émanait une puissante lueur verdâtre qui ne laissait planer aucun doute sur l’identité de la Guilde à laquelle appartenaient ces souterrains.
Tout autour de moi, des badauds s’activaient, traînant des Brunécailles chargés de marchandises, fouettant leurs montures depuis leurs chariots, ou faisant des paris sur le futur vainqueur des combat entre Chiens de mousse, qui se déroulaient non loin de là.
Je me dirigeais vers une route qui s’enfonçait plus profondément dans la Citerraine, lorsque je fus bousculé par un grand Devkarin aux allures patibulaires.

**Trop grand…** Jugeai-je, et je passais mon chemin.
Je repérai un Orzhov à proximité, qui pour une raison ou une autre avait été libéré, car son maître n’était pas en vue – et aucun maître, à plus forte raison un Orzhov, ne se fierait à son esclave au point de le laisser faire une commission seul.
Je profitai de l’oppression de la foule pour canaliser discrètement deux necromanas et deux hydromanas avec plus d’efforts que je ne pensais et tissai un sort en murmurant une incantation.
Les quatre manas parce que je comptais exécuter deux sorts complexes, et l’incantation parce que je voulais les mettre en œuvre simultanément, tâche particulièrement ardue.
Je bousculai « malencontreusement » l’esclave, et ce faisant, ce dernier pris mon apparence, la greffe bien en évidence, et moi la sienne.
La courte confusion suite à la bousculade, ajoutée au chaos de la multitude de passant aura rendu ce bref échange inaperçu.
Au moment où il s’était opéré, avant même que l’Orzhov ne remarque son changement d’apparence, un Gruul belliqueux – apparemment croisé avec un ogre - se précipita sur l’ex-esclave.
Je plaquai un air apeuré sur mon visage devant la charge sauvage du Berserker, et pris mes jambes à mon cou, en entendant celui à qui j’avais volé le physique fuir, lui aussi.
Le Gruul semblait comme enragé, et il poursuivit l’homme me ressemblant comme deux gouttes d’eau jusqu’à l’avancée surplombant le vide de la Creusée de l’Annelure.
Pendant ce temps, je courai et m’écartait de la scène, comme mon rôle me l’imposait, avec les autres spectateurs. Je murmurai entre mes dents quelques paroles occultes afin de faire passer mes instructions à mon pantin.
Celui-ci saisi la tête de sa pauvre cible ses mains et mordit à pleines dents dans sa clavicule, qui céda sans résister. Un flot de sang jaillit, et la mort de la victime ne dissipa pas mon sortilège d’illusion, à ma grande satisfaction.

**Ces sortilèges trouvés à la Grande Bibliothèque valent définitivement le coup. Quelle puissante magie!**
Le corps inanimé, conservant donc mon effigie, bascula dans le vide, interdisait toutes recherches qui auraient autrement pu être effectuées sur le corps, car je ne doutais pas que les hautes instances Dimirs voudront vérifier la véracité de ma mort. S’ils n’en ont pas la possibilité, ils envisageront un coup monté et se méfieront, mais devront finir par abandonner les recherches si je me tiens tranquille suffisamment longtemps.
Le Gruul se retourna, ses yeux brûlant d’une fureur dont il n’avait pas conscience envers celui qui le manipulait, et du sang dégoulina de ses crocs protubérants, causant un grand mouvement de panique dans la foule.
Je marmonnai un détournement de mon sortilège, afin de n’avoir pas besoin de recanaliser du mana pour le renouveler, et contrôlai sans le toucher le bras de mon voisin, qui tira un carreau d’arbalète sur le Gruul. Celui-ci fit mouche, et le semi-Ogre bascula lui aussi dans le vide, et avec lui les dernières preuves de ma survivance.
Plusieurs personnes vinrent féliciter l’initiative de l’arbalétrier, en déplorant la mort du jeune boiteux.

-« Vous avez bien agi. Qui sait combien de personne il aurait pu encore tuer ? »
-« Le connaissiez-vous ? Que lui est-il arrivé pour qu’il devienne si agressif ? »
-« Je vous remercie du fond du cœur! Mon enfant a failli être blessé dans l’action, cette brute aurait pu le tuer sans le moindre scrupule. »
-« Vous n’avez rien à vous reprocher, vous savez. Moi-même, d’ailleurs…
Dans le chaos ambiant, la confusion du jeune homme paraissait toute naturelle, et personne ne songea un instant qu’il aurait pu ne pas tiré la flèche de son plein gré.
Je m’éclipsai en méditant sur ce que j’avais prévu de faire, et qu’à présent que j’avais déserté la Dixième j’étais libre d’entreprendre. Ce sera ardu, mais si je réussi, le monde ne sera plus jamais comme avant.
D’abord, il me fallait un serviteur qui m’aiderait à parfaire la pointe de ma lance.

**Non, tout d’abord je devrais changer d’apparence. Ce physique d’ex-esclave comporte trop de risques.**
Après les éprouvantes épreuves de sorcellerie que je venais d’accomplir, j’eus peine à trouver la force nécessaire à la canalisation des deux hydromanas dont j’avais besoin, et c’est en un effort surhumain que j’achevai de tisser le sort, qui me donna l’apparence d’un petit homme râblé, au visage replet.
Le plus difficile, à cet instant, fut de rester le plus vigilant possible pour déterminer si j’avais bel et bien réussi à semer l’agent – ou les agents – chargé(s) de me filer, tout en restant le plus décontracté possible pour éviter d’attirer leur attention au cas ou il me recherchait dans la foule.
Je me joignis à la file qui attendait le passage du prochain wagon qui nous ramènerait à la surface, là ou la Creusée de l’Annelure rejoint la rue d’étain.

**Ironie macabre, j’ai orchestré ma mort à l’endroit exact où ma mère a trouvé la sienne…** remarquai-je, amer.
Le chuintement sonore caractéristique du wagonnet nous avertit de l’arrivée du prochain chariot, et tout le monde se pressa vers le promontoire d’embarquement, tout en restant à une distance respectable du précipice.
Je jouai admirablement bien le jeu, et je pense qu’à moins que des nécrosages en personnes se soient joint à ma filature, personne ne serait capable de me repérer au beau milieu de ce chari-vari.
Une fois de retour à l’air libre, je me dirigeai tout de suite vers une destination bien précise, et pris une direction que je connaissais maintenant par cœur.


░░░░░░░░




A la nuit tombée, après avoir traversé sans problèmes une branche de la zone sous la législation du sénat d’Azor, j’eus une surprise qui aurait pu faire s’écrouler tous mes projets.
Je sirotais une bière, en songeant à l’avance à ce que j’avais devant moi, lorsque je vis une silhouette familière faire son entrée dans la taverne où j’étais.
Ses cheveux grisonnants encore trempés de l’averse qui noyait les rues, mon vieil instructeur balaya la salle d’un air inquisiteur.
Je remarquai que l’on lui avait donné une simple jambe de bois, comme à un vulgaire pirate, conséquence sans doute du peu de considération que les supérieurs Dimirs avaient pour leurs subordonnés.
Quand son regard passa sur moi, je craignis qu’il ne perce mon illusion, mais il n’y parvint visiblement pas, et je fis de mon mieux pour que mon soulagement ne soit pas perceptible.

**La Cité-Monde est-elle finalement si petite que ça, pour que je le retrouve par hasard à des milles de Manteaubrume ?**

L’attention qu’il s’était attirée se dissipa peu à peu et il s’approcha du comptoir, en direction du tenancier. Il y eut un bref échange, au cours duquel quelques pièces changèrent de main, puis le tavernier lui montra une table du doigt, derrière celle à laquelle j’étais assis.
Avec un air orageux, mon ancien précepteur se dirigea vers l’endroit indiqué, et pris place en face d’une humaine au teint hâlé.
Un jeune elfe lui apportait une chope et il but en silence, sans adresser la parole à la femme, qui l’ignorait.
Je mis un moment à comprendre ce qui se passai, et c’est seulement quand mon mentor se redressa que je pus voir qu’il tapotait le bois éraflé de la table les légers tapotements pouvaient passer pour le fruit d’un tic machinal.
Mais pas pour ceux qui savaient regarder, car l’humaine effleurait elle aussi le meuble du doigt et curieusement, jamais en même temps que son vieil interlocuteur.
De par mon enseignement, je pus déchiffrer, de loin, des bribes de leur conversation.
Ils semblaient parler d’une mort étrange, et mon maître était furieux « de l’avoir perdu ».
L’humaine tentait de le calmer en lui disant qu’il ne trouverait pas celui qu’il cherchait, et je crus saisir le nom du quartier fantôme.
Mon maître eut à un moment un mouvement d’humeur, puis délaissa la table après avoir glissé une pièce sous la chope, pour payer sa bière.
L’agent Dimir qui restait à table suivit son contact des yeux jusqu’à ce qu’il sorte, puis posa sa tête sur son poing, l’air pensif.
Je fini ma boisson, la payai, et me hâtai de quitter l’auberge.
D’après ce que j’avais pu comprendre de leur conversation, mon maître était sans doute chargé de me filer en personne – malgré sa blessure – et paraissait persuadé que j’en avas réchappé par quelque artifice, probablement parce qu’il était le seul à avoir connaissance de la pleine mesure de mes talents.
La deuxième Dimir croyait en revanche que j’étais bel et bien mort, et dans tous les cas, il semblerait que j’avais fini par échapper à la vigilance de mes gardiens.

**En tout cas, j’ai réussi à trouver une faille dans le légendaire code de communication de la Dxième. Pour ceux qui sont capable de l’interpréter, il est déchiffrable à distance. C’aurait pu être une précieuse remarque à formuler aux ingénieurs Dimirs si j’étais encore fidèle à la guilde des secrets.**

Je fus surpris par la longévité de mon illusion, mais décidai de ne pas prendre de risques au cas où elle se dissiperait lors de mon sommeil, et quand je pris une chambre dans une guinguette proche, je tissai un sort d’alarme autour du verrou de ma porte.
Et bien m’en prit car le lendemain, je dû renouveler mon sortilège, ce qui me pris une bonne partie des forces que j’avais recouvrées durant la nuit.
J’optai par prudence pour une autre apparence que celle de la veille, féminine celle-ci, et me mis en route pour traverser le conclave de Selesnya, en direction du cartel Simic.


░░░░░░░░




Plus tard, au beau milieu des Sanctuaires Selesnyans, dans une chambre moins miteuse que les précédentes, je révisai pour la énième fois le sortilège qui asservirait ma future proie.
Car j’avais repéré au rez-de-chaussée un semi-elfe qui paraissait idéal, et je m’étais mis en tête que mon serviteur, ce serait lui.
Je descendis dans la salle à manger de l’auberge, et craignis un instant qu’il ne soit parti. Mais non, il était dans un coin,  une chope vide à la main, et écoutait jouer un groupuscule de ménétriers avec un léger sourire aux lèvres. Il fut plutôt facile de l’aborder, étant donné qu’il était doté d’un tempérament gentil et très avenant.
Nous discutâmes jusqu’à une heure avancée de la nuit, et alors que je lui payai une bière, j’y glissai un puissant somnifère qui le fit rouler sous la table.
Imitant une confusion compréhensible, j’offris une pièce d’argent pour sa peine à un garçon venu nettoyer les débris du demi qui s’était brisée dans la chute, répandant la bière sur le sol.
Je prétextai que mon frère avait trop bu, et, le hissant sur mes épaules – il ne pesait pas bien lourd –, l’emmenait dans la chambre que j’avais prise pour la nuit.
Je pris quelques minutes pour me remémorer toutes les étapes du rituel, que j’aurai à accomplir à plusieurs reprises aux cours des prochaines années.
Une fois certain d’en connaître jusqu’au moindre détail, je traçai un pentacle avec un petit couteau rituel, sans la moindre considération envers les lattes du plancher que je massacrai impitoyablement, au centre duquel le corps endormi du semi-elfe.
L’enchantement dura toute la nuit, mais je sais que la durée de ses effets sera autrement plus étendue. Les murmures de mes incantations ne réveillèrent pas ma proie, et je continuai à psalmodier l’interminable formule du rituel, canalisant de temps à autre des manas bleus qui disparaissaient, comme aspirés par les contours du pentacle qui se mirent lentement à palpiter, avant d’émettre une faible lumière azurée.
Lorsque les premiers rayons du soleil pénétrèrent  dans la pièce au travers des planches disjointes des volets, je m’étais endormi de fatigue, après avoir achevé de tisser le sortilège autour du Selsnyan.
Je me redressai, vidé de mes forces, et regardai entre mes yeux ensommeillés le demi-elfe, qui me foudroyait du regard.

-« Comment te sens-tu ? Réponds-moi. » lui demandai-je
Il répliqua avec une célérité qui laissait penser qu’étant éveillé depuis un certain moment, il avait du préparer son coup.

-« Et bien, si votre plan si admirablement bien ficelé consistant à tromper ma confiance pour mieux m’enchanter découle de vote esprit tellement tortueux, vous auriez pu user de ce merveilleux intellect dont vous semblez disposer dans un but plus empathique – je sais, je sais, vous ne devez pas avoir l’habitude – et ce faisant, vous auriez déduit qu’après avoir été outrageusement assommé par un somnifère sournoisement placé dans ma boisson, et conditionné durant toute une nuit pour ne répondre qu’à vos désirs, un cafard boiteux souffrant d’asthénie aiguë se sentirait bien que moi. Sauf votre respect bien évidemment.
Justement, vous ne pouvez  savoir à quel point j’aimerai être ce cafard boiteux, j’en rêve depuis que je suis réveillé, et si il ne m’était honteusement interdit de sortir de cette prison, j’aurai sans hésiter user mes dernières forces pour vous crever l’œil avec mes mandibules.
Si vous aviez fait montre d’un brin plus de bon sens e de savoir vivre, vous m’auriez simplement fait savoir, de manière plus civilisée – rassurez-moi, vous comprenez ce que je dis, non ? – que vous étiez intéressé par ma personne, et c’est avec une fermeté sans rudesse que j’aurai repoussé vos avances, vous épargnant ainsi de réaliser par la force vos penchants dominateurs, nous évitant à nous deux les tracas qui ne vont pas tarder à suivre. Voyez-vous, je pensais à vous voir que vous possédiez le bon sens nécessaire à la bonne compréhension de notre relation, et que vous n’y verrez pas plus qu’il n’y était, mais il paraît que votre volonté prétendument supérieure ait pris le pas sur votre bon sens.
Ressaisissez-vous, bon sang !! Ne voyez-vous donc pas, pauvre créature incomprise, qu’une bonne entente ne peut être construite que sur des bases saines, et que la notre a commencé sur les bases les plus fragiles qui soient ?! Rassurez-moi, vous n’imaginez tout de même pas que vous réussirez à passer outre les jugements qui châtient ceux qui ne tiennent pas compte des libertés d’autrui ? Ou peut-être comptez-vous me tuer après vous être servis de moi pour servir vos projets morbides ? Non, non, tout cela ne vous mènera nulle part, vous savez. Vous feriez mieux de renoncer tout de suite, et je vous promets de ne pas me montrer violent outre mesure avec le faciès hideux qui vous sert de ciboulot. Ne vous méprenez pas, hein, ce serait avec grand plaisir que je ferais plus ample connaissance avec vous, mais il semble que nous ne soyons finalement pas fait pour nous comprendre, ou alors vous auriez compris plus tôt que je n’étais pas l’homme que vous recherchiez. Saviez-vous,  ma bonne dame, que vous avez une moue digne d’être confondue avec un admirable bec-de-lièvre ? Honnêtement, je suis persuadé que vous trouverez votre bonheur, mais pas avec moi, je le crains, ou alors il vous faudra me faire suivre une sérieuse thérapie.
Mais puisque vous êtes si doué en matière de manipulation mentale que vous semblez aimer à le faire croire, pourquoi ne pas tenter votre chance un autre ? Ah, je sais ce que l’on ressent la première fois, vous savez… C’est la première la plus dure, on vous dira, mais pour autant, ça ne devient jamais facile, d’autant que je me permets d’avoir des doutes quant à votre légitimité à exiger d’autrui des bontés que vous n’accorder pas à un pauvre Elfe enchâssé dans une prison dorée.
Je dois reconnaître, dame, que vous avez du charme, beaucoup même. Mais je me dois d’ajouter à cela qu’il ne convient pas exactement au genre humain, voire elfique. Peut-être aurez-vous une chance plus raisonnable avec un digne représentant de la race des Gobelins ? On doit leur reconnaître un charme à nul autre pareil, en plus de leur démarche proprement…comment vous faire comprendre cela de façon plus…?... Ah oui, une démarche quelque peu maniérée, bien qu’elle leur soit propre…Mais l’on n’a rien sans rien, me direz-vous, et je renchérirai, on ne peut plus d’accord, en prétendant que l’on n’obtient rien de bon par la force, qui plus est si cela implique la vertu d’un autre. Je vous le dis, je ne vous abandonnerai rien sans me battre, et vous pourriez aussi bien vous amouracher d’un gavial que vous en tirerez autant de bonheur. Je puis ne pas posséder ses cent trente huit crocs, mais je vous promets que de m’efforcerai de vous pourrir la vie autrement que par les microbes.
Ensuite, pour ce qui est de la réponse à votre question, imaginez une seconde que vous vous bercez d’une douce musique vous rappelant les doux moments passé au berceau, et vous rencontrer une personne qui ne semble pas s’attacher au physique et avec elle, à l’aide de force bavardages, vous embarquez avec délice dans un univers onirique, où vous rêver tous les deux ave langueur de celle et celui qui fait languir l’autre. Quand soudain, cette personne à laquelle vous vous êtes si vite attachée vous assomme, vous séquestre afin de vous faire subir des actes inavouables durant votre sommeil. Et à votre réveil, certain de reprendre vos esprits à table après avoir été victime d’une fourbe migraine, pour continuer la charmante conversation  entamée avec ce gentil interlocuteur, vous vous rendez compte avec une horreur non retenue que vous ne pouvez rien faire hormis respirer et froncer les sourcils avec humeur parce que ce compagnon si avenant s’est avéré l’être autant qu’une charmeuse Orzhov, qui vous dépouille de toutes vos possessions au premier relâchement de votre attention.
Et quand votre agresseur daigne enfin se réveiller après avoir méprisé votre incapacité à sommeil, il s’approche sans crainte de vous comme si rien ne s’était passé, et est assez stupide pour vous inviter à lui cracher à la figure toutes les invectives que vous avez laissé mariner pendant de heures. Oh, ne vous méprenez pas, je n’ai fait qu’inverser les rôles et je m’en veux d’avoir cru un instant voir en vous une personne bienveillante prête à partager l’heur d’un Selesnyan assoiffé des joies de la vie que l’on retrouve dans l’atmosphère chaleureuse d’une auberge, mais ne croyez pas une seconde que j’ai envisagé de vous considérer comme une éventuelle compagne, loin de là.
Pour calmer vos ardeurs, c’est avec grand plaisir que j’opterai pour une analogie plus crue, qui vous ira certainement à ravir, n’en doutez pas. Supposons que vous avez encore  12 ans, – ce que votre cervelet sous-développé ne devrais pas peiner à imaginer – âge auquel vous être en train de vous rendre compte du charme que les garçons virils opèrent sur une jeune fille aussi impressionnable que vous. Ou mieux, oubliez ce que je viens de dire et dites-vous qu’à cette période votre vie dont je doute qu’elle devait être aussi juvénile et dénuée d’intérêt que votre présent, votre grand frère vous offre à l’occasion de votre anniversaire des gâteaux au miel tels que vous en raffolez. Vous vous jetez dessus, mais les traversez et tomber à genoux, pleurant en comprenant que votre aîné voulait juste jouer avec les nouvelles illusions qu’il est tout fier d’avoir apprises la veille. Comment réagiriez-vous, je vous le demande !
Ah ! C’est vrai, excusez mon incorrection, j’avais oublié que vous êtes incapable de la plus stricte commisération, et que votre sens de l’empathie n’allait pas plus loin que votre prévision des événements à venir. Croyez-moi, un jour, vous vous retrouverez dans une situation semblable à celle qui est maintenant la mienne, et vous vous arracherez vos cheveux – que vous avez d’ailleurs très filandreux, depuis combien de jours ne vous êtes vous pas lavé ? – en essayant de vous rappeler la si ingénieuse manière dont je m’étais échappé. Car je vais m’échapper, soyez-en sûr ! Je ne laisserai pas une mégère acariâtre en quête de testostérone me séquestrer sous couvert d’une––

-« Tais-toi. »
Avec un glapissement, le semi-elfe se tut, et se contenta de me fusiller du regard.
Je pris mon Temps pour rassembler mes pensées et lui dressa la liste de ce que je lui interdisais et autorisais à faire.

-« Je t’interdis de m’agresser, ou de tenter quoi que ce soit qui pourrait me nuire, d’une manière ou d’une autre. Je t’interdis de faire comprendre à qui que ce soit que tu es sous l’emprise d’un sortilège tant que je serais en vie, directement ou indirectement.
Je t’interdis de faire quoi que ce soit qui ne t’es pas autorisé de faire, et t’autorise à faire tout ce que je ne t’ai pas interdit. Tu ne passeras pas pour mon laquais mais pour mon frère aux yeux de tous, et je t’interdis de tenter quoi que ce soit qui puisse tendre à prouver le contraire. Tu feras ce que je t’ordonnerais et ne feras pas ce que je t’interdirai. As-tu compris tout ce que je viens de te dire ? Réponds-moi.»

-« Oui. »
répondit-il, le regard sombre.
-« Et je t’interdis de tenter quoi que ce soit qui puisse tendre à prouver que tu ressent une quelconque inimitié envers moi, à cause de ton asservissement. As-tu compris ? Réponds-moi.»
laissai-je tomber, scellant l’éradication de son identité émotionnelle.
-« Oui. » dit-il de nouveau.
-« Tu peux sortir du cercle. »

Il s’assit, en restant dans le pentacle, toute animosité avait disparu de son visage. Avec un goût amer, je songeai que j’avais procédé en une journée, et avec une relative facilité, à l’effacement de personnalité que mon maître aurait dû effectuer manuellement durant mes dix premières années. Mais je ne pouvais permettre à mes sentiments de prendre le dessus, pas déjà, car ce qui m’attendait était autrement plus immoral.
La charte à laquelle j’avais obligé le semi-elfe d’obéir était cruellement tournée, mais je n’avais pas le choix. Je devais être fort, maintenant plus que jamais, et je m’étonnai de mes scrupules.

**J’ai pourtant tué tant de gens, commis tant de crimes…Peut-être est-ce lié à mon départ de la Dixième. Je suppose que je ne pourrai plus avoir le sentiment d’avoir perpétré un meurtre parce que l’on m’y avait obligé…**

-« As-tu des affaires dans cette auberge ? »
Demandai-je.
-« Non, aucune. »
-« Alors, nous partons tout de suite. Sois naturel. »

Je dus par la suite me féliciter de ce dernier ordre, qui s’avéra précieux pour décontracter l’attitude de mon serviteur. Il adressa même un signe de la main au tavernier en partant.


░░░░░░░░




Nous nous dirigeâmes sans tarder vers le cartel Simic, vers l’expansion que j’avais découverte il y avait des années. Je fis part à mon compagnon involontaire de quelques avertissements essentiels pour survivre dans ce milieu hostile, et je finis par retrouver avec une certaine nostalgie le plant de roche Simic qui m’avait servie de refuge. Il avait grandi, et je notai que les færies s’approchaient à présent sans peur des branches de l’arbre. L’écorce avait beaucoup durci et dans sa croissance, elle avait développé de profonds sillons qui faciliteraient l’ascension, car c’est à son sommet que je comptais établir le repaire à partir duquel je mènerai à bien mes projets.
Là, persuadé d’avoir à ma disposition tout le Temps dont j’aurai besoin, je repris mon apparence d’origine, sachant que personne ne risquerait de me surprendre. Pas ici, pas après ce que j’avais appris au sujet de cet endroit.
Il s’agissait en réalité d’une zone de rebuts, où les Simics reléguaient toutes les expériences insatisfaisantes, qui n’avaient pas abouti, ou encore qui avaient carrément tourné au vinaigre.
Cela expliquait entre autre l’étrange logique des propriétés de certaines denrée, telle le venin des fameuses arachnes, qui avaient fait s’étouffer un Rakdos dans son vomi au lieu de lui causer une douloureuse paralysie des membres comme ça avait été lors de mes tests sur différents gibiers.
En me voyant changer de forme, le jeune semi-elfe parut pourtant à peine étonné.

-« Je m’attendais à une surprise plus marquée de ta part.» lui fis-je remarquer.
Il soupira.
-« Une femme à la recherche d’un concubin ne m’aurait certainement pas emmené si loin, qui plus est dans un milieu aussi hostile que celui-ci. Et alors que nous marchions, j’ai observé un faible miroitement au niveau de votre jambe droite, et une prothèse synthétique est apparue l’espace d’un instant. Ne vous inquiétez pas, nous étions déjà hors de vue de tous »
[i]ajouta-t-il en voyant mon air catastrophé.

-« Très bien. »
repris-je. «En vue des longs moments que nous n’allons pas manquer de passer ensemble tous les deux,  j’aimerais connaître ton nom, et ton âge. »
Mon interlocuteur observa un long silence au terme duquel il dit enfin :

-« Je m’appelle Slithanius, et j’ai vingt-et-un ans. »

-« Et bien, Slithanius, étant donné que nous allons probablement passer un certain Temps ensemble, j’aimerais autant que nous nous entendions. J’ai, moi, dix-huit ans, et mon nom ne t’intéresserait pas. Si je t’ai choisi, toi, c’est pour une foule de raisons, dont aucune ne te regarde. Sache simplement que j’ai suffisamment de pouvoir pour que tu ne prennes pas la peine de t’imaginer ce que tu ferais après t’être évadé. »

Le Selesnyan me toisa, sceptique.
-« Et que puis-je, pour servir sa si puissante altesse ? » demanda –t-il d’un ton sarcastique.
Je répondis en lui ouvrant un visage serein et sincère.

-« M’aider à changer le monde. »


[/i]
░░░░░░░░




[i]Les années passèrent, et je failli me convaincre à plusieurs reprises que j’avais fini par rallier Slithanius à ma cause. Il était d’un naturel agréable, et avait de la verve qui égayait le quotidien, et rendait notre solitude plus supportable.
Nous avions commencé par construire le repaire, au sommet de l’arbre rocheux, et je fus heureux de constater que Slithanius avait d’admirables talents pour l’escalade.
A l’aide d’un mortier à base de sève de roche Simic, nous fixions dans les embranchements d’autres matériaux, et les contours des murs commençaient à se dessiner.
Cela nous prit plus d’une année pour achever notre œuvre, mais nous n’en fûmes pas moins fier – même Slithanius dut admettre que ça avait de l’allure. Les années suivantes, je les consacrai à mettre par écrit tout le savoir que j’avais accumulé dans la tour de la Grande Bibliothèque. Je consignai soigneusement tout ce que j’avais appris sur la zone où je me trouvais, les comportements de certaines faunes, et les propriétés de telle ou telle flore.
Puis j’étudiai longuement chaque manuscrit, m’imprégnant manuellement du savoir que j’avais autrefois forcé à rentrer dans mon crâne.
Slithanius aussi les étudia, et je pense qu’il finit par se douter de l’existence de la Dixième. Mais je m’en fichai. Je ne comptais pas le laisser partir, et je lu avais de tout façon interdit de révéler ce qu’il avait pu apprendre dans cet endroit.
Au fur et à mesure des années, je lui expliquai peu à peu les grandes lignes de mon plan, tentant de le persuader de la pertinence de mes projets.
Mais il éluda mes discours enflammés, prétextant que la folie des grandeurs obstruait mon jugement. Après quinze ans, alors que nous étions depuis longtemps accoutumé à notre nouveau foyer, et que mes écrits avaient pris les proportions de véritables archives, je lu annonçai que nous allions déménager.
Il accueillit la nouvelle sans surprise. Lorsque deux hommes vivent ensemble, en reclus, depuis près de quinze années, certaines choses n’ont plus besoin d’être dites.

[/i]
Il se contenta donc de me demander quand j’avais prévu de partir, et ce que je comptais emmener avec nous.




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Dernière édition par Ishmæl le Mar 31 Mai 2016 - 2:45, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 20:23

╔ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═  ═ ╗
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Quelques mois plus tard, après avoir cheminé séparément, nous nous retrouvâmes dans les plaines sauvages qui constituaient les terrains de prédilections des Gruuls.
Là, nous cherchâmes plusieurs semaines ce que je savais y trouver, mais c’est uniquement après de longues prospections que je découvris les restes d’un éboulement qui gisaient derrière une colline.
Nous consacrâmes quelques heures à les déblayer, et nous pûmes finalement apercevoir l’entrée d’une galerie, qui s’enfonçait assez profondément dans la terre. Elle finit par déboucher sur une cavité très spacieuse, qui formait en fait une gigantesque alvéole polie par les maints passages d’une masse lourde. L’antre abandonnée d’un ver.
Je pris à peine une petite journée pour rendre l’habitacle vivable, puis j’exposai mes prochaines intentions à Slithanius.
Je savais qu’il n’allait pas apprécier, mais j’avais fini par croire que je l’avais convaincu du bien-fondé de mes actions. Mais il se révolta, et m’injuria avec une remarquable science du vocabulaire. Je ne lui ordonnai pas de se taire, et attendit qu’il finisse de s’insurger. Au bout d’un – long – moment, l’inspiration sembla lui manquer, et il acheva tout bas.

-« Est-ce que tu penses vraiment ce que tu viens de dire ? »

-« Je ne peux pas faire autrement, et tu le sais. La fin justifiera les moyens. »

Il secoua la tête, navré.

░░░░░░░░





Nous passâmes les neuf prochaines années de nos vies à la besogne la plus détestable qui soit ; enlever des enfants.
Des nourrissons de toute race, humains, elfiques, ondins, hybrides, et même non-morts passèrent entre devant mes yeux, et chacun subit le rituel que je leur imposai.
L’enfant était placé dans un pentacle en face de moi, mon incantation faisait s’infiltrer une partie de mon esprit dans celui du nouveau-né, et à l’aide d’une entité invoquée par mes soins, j’évaluai ses potentialité, tant physiques qu’intellectuelles.
Au cours de ces neuf années, je passai tour à tour mon Temps à mettre en place ces épuisants rituels d’évaluation qui sapaient mes forces, ou plongé dans de profondes transes pour les recouvrer plus vite, Slithanius, lui, sillonnait tout Ravnica, et usait des connaissances que je lui avait en partie transmises pour enlever les enfants, et s’absentait parfois des semaines entières pour ramener le rejeton de telle ou telle personnalité, qui selon lui réussira avec facilité le test sélectif que j’opérai inlassablement sur chacun d’entre eux.
Je voyais bien à l’expression de Slithanius qu’il ferait n’importe quoi pour prendre leur place, bien que je lui assurai que ce n’était pas douloureux, et je me pris à penser à la vie à laquelle je l’avais arraché. Il possédait un considérable sens de l’empathie – sans doute une caractéristique propre aux Selesnyans – et il ne fait nul doute qu’il aurait joui d’une carrière éblouissante au sein de sa Guilde.
Ceux qui ne passaient pas le test lui étaient confiés, il les ramenait aux hospices les plus proches des endroits où il les avait pris, et il prétendait les avoir trouvés dehors en espérant que leurs parents – pour ceux qui en avaient – les rechercheraient.
Ceux dont je m’estimai satisfait, et qui possédaient un corps très performant, reposaient dans des cavités creusées par magie dans la pierre, et étaient plongés dans une profonde léthargie qui les nourrissait, et les nimbait d’une douce lumière qui faisait penser aux cellules de stase.
Ces rangées de niches minérales qui s’allongeaient avec les années – nous avions dû agrandir la grotte plusieurs fois –, dans lesquelles reposaient chacun un bambin, venu d’on-ne-savait-où, évoquaient quant à elles les longues files de chambres de croissance des Simics, et je me surpris à me dire que je ne valais finalement pas mieux que ces savants sans scrupules.
Au terme de ces neuf années, j’ingurgitai une solution censée faire disparaître ma fatigue et me rendre de forces, et j’entamai un long rituel qui devait cette fois durer plus longtemps que celui qui avait asservi Slithanius.
Je songeai que si cette méthode était moins coûteuse en ressources magiques, elle serait certainement très prisée par nombres d’instructeurs, pour les écoles mais aussi dans les apprentis Wojeks et les nouveaux Ledevs., car elle permettait à une personne de communiquer simultanément une ou plusieurs informations à des individus très nombreux, et ce sous la forme de pensées adaptées à leur cerveau, ce qui était très utile en l’occurrence puisque j’étais persuadé que la majorité de ces enfants ne comprenait pas encore la parole.
Alors, en usant de cette sorte de télépathie surdéveloppée, je leur fis comprendre :

_ « Dans trois années, vous vous réveillerez, et vous vous battrez à mort. Il ne devra y avoir aucun survivant. » Puis je gravai ces pensées profondément dans leur esprit, afin qu’elles ne les quittent jamais, et qu’ils ne puissent s’y dérober.
J’observai un court instant les enfants qui s’agitèrent dans leur couche, et un d’entre eux fondit même en larmes dans son sommeil, puis je retournai à la table basse installé au centre de la petite pièce circulaire, où m’attendait le manuscrit que je comptais étudier.
Je vis alors Slithanius se tenir là, devant moi, tremblant de rage. Je m’arrêtai.
Il ouvrit plusieurs fois la bouche, ne trouvant visiblement pas de mot assez fort pour exprimer ses sentiments.
Finalement, il s’approcha de moi et dit d’un ton suppliant.

-«  Tu ne peux pas faire ça. C’est impossible. As-tu conscience de ce que tu viens de faire, et de ce qui va se produire ? Il y a d’autres moyens d’arriver à tes fins. On ne peut réduire un être à ce dont il est capable, tu le sais. »

-« Et toi, tu sais que le but que je me suis fixé ne me permet pas ce genre de scrupules. Si c’est pour rendre le monde meilleur, je suis prêt à consentir ce genre de sacrifices. »

-« Je sais que tes intentions sont louables. Ton objectif est noble, et n’est pas irréalisable. Je crains seulement qu’une multitude de vies ne soient en jeu, pour une poignée de poussière.»

Je le fixai, et incapable de soutenir son regard, me détournai et alla m’atteler à ce qui me prendrait les trois années à venir. Fignoler mon projet, mon but, ce que je ferai une fois que j’aurai formé l’unique survivant de la bataille à venir. Il sera un héros, et je me contenterai du changement que j’aurai opéré en Ravnica en le regardant triompher.
Et je me replongeai dans l’étude de mon manuscrit.


░░░░░░░░




Les trois années passèrent vite, et à leur terme, les enfants se réveillèrent les uns après les autres, et sortirent  à l’air libre.
Il passèrent entre Slithanius et moi sans nous accorder un regard, et ce fut d’abord un, puis deux, puis quatre, une dizaine, et bien tôt plus d’une centaine de garçonnet et de filles venus des quatre coins de la Cité-Monde qui se tenaient sous le zénith vénéré par tant de Gruuls.
Je levai les yeux vers le visage inondé de larmes de celui qui était devenu un Ami.

-« Il est trop tard pour reculer » murmurai-je.
Et tandis que le temps semblait s’être arrêté, et que le regard azuré de Slithanius engloutissait mes yeux d’obsidienne, la tuerie commença.


░░░░░░░░





A la fin de la journée, la quasi-totalité des orphelins avaient déjà péri. Il fallut une semaine en tout pour qu’il ne subsiste plus qu’un seul survivant.
C’était visiblement un humain, aux cheveux noirs mi-longs, et quelques taches de rousseur parsemaient son visage. Il me fixait d’un air accusateur que je supportai moins encore que la violente désapprobation dont faisait preuve Slithanius.
Sans prendre garde qu’il me suive, je fis volte-face et retourna dans l’ancien habitacle de la Guivre, dans lequel je trouvai Slithanius en train de pleurer la tête entre les mains.
Pris d’une subite inspiration, je m’approchai de lui et lui déclarai ce que je n’aurai jamais pensé lui dire :

-« Tu es libre. Tu peux retourner vivre ta vie à Vitu-Ghazi. Je ne te libérerai pas de l’emprise de mon sortilège, mais tes connaissances et tes talents te permettront de te frayer facilement un chemin au travers de la hiérarchie Selesnyenne. Il y a trop longtemps que tu as quitté l’existence que tu aurais dû mener. »

Il ferma les yeux quelques secondes, puis répondit sans les rouvrir, d’une voix blanche :

-« Je ne l’ai pas quitté, tu m’y as arraché. Et cela fait trop longtemps que j’en ai été dépouillé pour que je puisse reprendre la vie que j’aurai aimé vivre. Non. Je vais aller enterrer les corps, puis je t’assisterai dans l’apprentissage du garçon. Ainsi, je pourrai m’assurer que ma vie et celles des enfants n’ont pas été réduites à néant pour rien. »

Je fus d’abord surpris de son refus, puis compris les raisons de sa décision et hochai la tête en silence.
Je ne me souviens plus pourquoi je l’aidai à ensevelir les cadavres, mais je sais que notre  labeur morbide nous occupa jusqu’à l’aube, et que lorsque nous eûmes fini, le garçon aux cheveux noirs était toujours là, assis dans l’herbe rougie du flanc d’une colline, et il nous fixait de son regard vide.
Je repris à pas lent le chemin de notre refuge.
Là, je m’assis au centre d’un pentacle, identique en touts points à celui qui avait servie pour enchanter Slithanius des années auparavant, et le garçonnet vint s’asseoir de lui-même dans l’autre cercle, plus grand et bordé de runes différentes.
Nous nous regardâmes, et j’eux l’impression qu’il articula silencieusement quelque chose. Mais ses lèvres se clorent de nouveau, et mon regard interrogateur se noya dans ses yeux inexpressifs.
Alors, le rituel commença, et je perdis la notion de Temps. Les forces mises en œuvre étaient tissées ensemble par un chant que j’incantai à vois haute, méthode inspirée des chantres de Selesnya et que j’avais passé une dizaine d’année à apprivoiser.
Je crois que je canalisai alors plus de mana que jamais je n’en eu besoin dans ma vie. L’enchantement était très complexe, car je voulais non seulement effacer les maigres souvenirs qu’il avait, mais également quelque chose d’autrement plus complexe ; endormir sa conscience. Sa vie serait désormais comme un rêve dont il ne se réveillerait jamais, et ce qui avait jadis donné son nom au processus.
Le Temps nécessaire au rituel fut d’autant plus long que j’étais seul pour l’effectuer, tandis que sept mages étaient requis d’ordinaire.
A plusieurs reprises, je crus m’évanouir. Mais quelques instants plus tard, je me rendais compte que je ne dormais pas ; ou bien que si je m’étais assoupi, je n’avais jamais cessé d’incanter pour autant.
Je finis pourtant par perdre connaissance, et lorsque je me réveillai, j’étais toujours étendu dans mon cercle, tandis que non loin, Slithanius étudiait un manuscrit avec application.
En restant couché, je lui demandai depuis combien de temps le rituel était achevé.

-« Sept heures » me répondit-il d'une voix enrouée, sans lever les yeux de son parchemin.
Je me redressai. Le garçon était assis dans son pentacle, la tête posée sur les genoux, sans différences notable, hormis que son air accusateur avait déserté son visage.
L’espace d’un instant je crus distinguer sur le visage de mon compagnon plus de rides que je ne lui souvienne, mais ce ne dut être qu’une impression.

-« Slithanius. Nous partons. »

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La première année après être revenu à notre abri dans la roche Simic, qui s’était totalement statufiée, j’appris les sciences à mon jeune apprenti. Les chiffres, les lettres, les poisons, les comportement animaux, la façon dont il fallait traiter chaque blessure et infection, et j’insistai particulièrement sur les symptômes nécrophysiologiques, domaine dans lequel il se révéla particulièrement éveillé.
Très vite, il devint capable de savoir détecter la moindre maladie, la peste, la dysentrie, le cancer, et pus même prédire combien de Temps il restait à vivre à un cervidé juste en examinant les symptômes, sans même savoir comment il s’était blessé.
Il acquis une science de la mort aussi malsaine que pointue, et je profitai de ses talents pour caser dans la même année un approfondissement des sciences mathématiques, qui lui parurent tout aussi facile. J’eus un moment l’impression de me retrouver dans la peau de mon ancien instructeur, à me demander où s’arrêterait ses limites. Dès cet instant, je sus où porter la difficulté de son apprentissage, et la mesure de son potentiel m’effraya.
J’appris également au cours de cette année qu’un clan Gruul avait découvert une prairie couverte de sang, mais sans aucun cadavre, et qu’il l’avait rebaptisée
«les Champs Ecarlates». Je n’y prêtai pas attention, mais Slithanius me lança un regard noir en apprenant cette nouvelle.
Une autre année s’écoula, durant laquelle je m’efforçai d’exploiter les ressources physiques de mon novice, et il courut parmi les arachnides, attrapa des écureuils, dépassa une biche, et battu un jeune sanglier avec la ruse dont il avait hérité.
C’est à cela que je songeai en portant sur lui un regard bienveillant, tandis qu’il déchiffrait un grimoire sous l’égide de Slithanius, qui s’était attaché au petit.

**C’est vrai que c’est curieux… d’où a-t-il bien pu tirer toutes ces formidables capacités ? Qui pouvaient ben être ses parents ? Inutile de demander à Slithanius si il avait un souvenir, il ne me dirait rien quand bien même il s’en souviendrait…**
Les prochaines années furent consacrées à l’art du combat et du meurtre. En bref, à la mise en application des connaissances qu’il avait acquises jusqu’alors. Ses progrès étaient tellement fulgurants que Slithanius lui-même dut avouer que la pré-sélection n’avait pas été inutile.
Il excella de telles sorte dans ses dernières leçons que je décidai d’ajouter à son programme l’enseignement des sortilèges, bien que j’ignorai totalement avec quels manas il pouvait bien avoir ne affinité. Peut-être même que cet enfant prodige les étonnerait en en maîtrisant trois, voire en en découvrant une sixième, qui sait ?
Je n’hésitai même pas à lui enseigner les charmes les plus dangereux que je connaissais, et je ne faisais impasse sur rien que je ne savais, sachant que dans l’état dans lequel je l’avais plongé, il ne pourrait utiliser ces savoirs à mauvais escient.


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Et cinq années après avoir entamé son apprentissage, qui le destinait à devenir mon instrument, mon bras armé, je songeai à quel avenir glorieux était le sien. Je me plus même à imaginer ce qu’il aurait pu devenir en tel ou tel contexte.
Alors, un jour, conscient que mon apprenti était entre de bonnes mains avec Slithanius, j’allai en ville, simplement pour prendre le plaisir dont je m’étais longtemps privé de marcher sur les rues pavées de Ravnica, conscient que tout cela allait changer.
Mes pas me conduisirent par hasard à la rue d’étain, où je me souvins je ne sais comment d’avoir remarqué une boutique qui recelait nombre de merveilles. Je m’étais jadis promis de m’y arrêter quand j’en aurais le Temps, et l’instant paraissait tout indiqué.
Mais en m’approchant vers l’embouchure de la Creusée de l’Annelure, je notai avec une lourde déception que le magasin avait été repris par
« Otak Fils » et qu’il était fermé en attendant la fin des rénovations.
Je repris donc la direction de notre repaire, lorsque soudain, je sentis un tiraillement sur un bord de ma conscience, et une voix envahit mon esprit.

_ « Tu m’entends ? » C’était la voix de Slithanius.
_ « Je t’entends. Je ne savais pas que maîtrisais la télépathie d’aussi loin, tu m’as surpris. »
Il ignora le compliment, et poursuivit :

_ « J’emmène le petit en ville, j’aimerais lui montrer les quartiers Selesnyans. »

Je pris un moment pour réfléchir, puis acquiescai, en lui enjoignant dans ce cas de lui faire voir également les quartiers neutres, histoire qu’il voie autre chose que la forêt hostile où il passe son temps à étudier.
Et Slithanius rompit le contact mental.
Je repris le chemin de notre logis en accélérant le pas, et atteignis les quartiers extérieurs à la nuit tombée.
Je repensai aux merveilles Selesnyennes que mon protégé avait pu voir malgré son état à demi éveillé, et le fait que je me sois replonger ainsi dans des pensées sentimentales expliqua sans doute le fait que je ne vis pas les rues se vider peu à peu devant moi, et que j’entendis les arbalétriers encagoulés sortir de la nuit une seconde trop tard.
Immédiatement, mes perceptions naturelles magiques et naturelles m’avertirent de la présence d’un groupuscule d’archers sur les toits, et d’une phalange de guerriers en noirs derrière moi.

« C’était perdu d’avance… » susurra alors en moi une petite voix insidieuse.
Mes lèvres s’étirèrent lentement en un sourire sans joie et je fis appel à tous mes pouvoirs.
Six manas bleus et noirs apparurent simultanément et tournoyèrent à une vitesse folle autour de mes poignets, faisant fi du principe souverain de la prétendue incompatibilité de ces deux couleurs de mana.
Sachant que je n’arriverai pas à me débarrasser de tous mes agresseurs, je m’apprêtai à lancer un sortilège d’une effroyable puissance destructrice qui serait à même d’éparpiller mes ennemis et de me permettre de m’enfuir, mais une chose dure et froide me frappa derrière le crâne.
Je ne sentis pas la première flèche m’atteindre entre les omoplates.


░░░░░░░░





Et maintenant que je viens de voir défiler ma vie devant mes yeux, je sais que je vais mourir, et je forme à présent une matière éthérée et informe, qui s’élève lentement dans les airs.
Je crois voir un moment mon propre des corps, avec la curieuse impression de regarder au travers des yeux d’un autre.
Puis un besoin irrépressible m’empoigne, celui de savoir ce qui était arrivé à Slithanius et à mon apprenti. Je tournoie haut dans les airs, et plonge à une vitesse sidérante vers les quartiers neutres. Je dépasse le Pilier des Paruns qui devient flou à mon passage, et me retrouve soudain aux cotés d’un jeune adolescent aux cheveux noirs, qui ouvre de grands yeux étonnés sur le monde, sans me voir.
Il marche devant lui dans une rue commerçante sans regarder devant lui. Il se fait bousculer par un grand échalas qui fuyait un marchand de pâtisseries, une grosse bourse de cuir dans la main.
Le grand dadais s’étale par terre, et la bourse lui échappe des mains.
Le marchand le rattrape au moment où il se relève. Il lui administre une bonne correction, et se tourne vers le petit garçon qui le regarde, surpris.[/i]
-« Merci, mon garçon. Comment tu t’appelles ? »
Aucune réponse ne lui venant, il reprend :
-« Tu n’as pas de nom ? »
Cette fois, le garçon secoue la tête de gauche à droite.
-« C’est pas possible, tout le monde doit en avoir un. Tiens, j'en  ai un pour toi. »

Il se penche à son oreille. Quand il se redresse, les yeux du garçon se mettent à briller.
Le marchand sourit, et lui offre un petit paquetage de biscuits. Il lui donne une petite tape amicale sur l’épaule, et s’en retourne avec un dernier
« encore merci ! ».
Et alors que je vois se retourner d’un pas bon enfant ce marchand ventripotent, alors que je deviens peu à peu de moins en moins consistant, je vois, ou je sens, je ne sais pas comment l’exprimer… Mais je perçois que dans le corps de cet enfant, que j’ai tout comme Slithanius arraché à sa vie, coule le même sang qui teinte en cet instant les pavés de la rue de ma Mort. Le même sang que le mien ?...
…Comment… ?...


░░░░░░░░





Sans me laisser le temps d’assimiler la scène à laquelle je viens d’assister, je me sens partir.
Plus loin.
Vers Agyrem.


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Je ne pensais pas pouvoir de nouveau sentir un jour quoi que ce soit. Mais maintenant, je sens que je ne suis plus là. Ou que l’endroit où je suis n’est plus celui où j’étais. On m’appelle.
J’ai l’impression de mourir une seconde fois. Je ne veux plus partir, mais quelqu’un a besoin de moi.
L’Appel se fait plus insistant.
Mon séjour sur Ravnica n’est pas terminé.



A une dizaine de centaines de lieues de là, dans une obscure salle à l’atmosphère glaciale, une sombre silhouette siégeait sur un trône d’ébène, tournant le dos à un elfe qui venait de pénétrer dans la petite pièce faiblement éclairée.
L’elfe posa un genou à terre et inclina la tête.
La silhouette sur le trône se leva, sans se retourner.
D’un ton proche du murmure, le maître espion fit son rapport au Seigneur des Secrets.
Dans l’ombre, un sourire naquit.





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En guise d’épilogue

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Depuis l‘invocation de mon âme défunte, le cours de mes pensées ne découle plus uniquement de moi, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qu‘il est advenu de mon ancien apprenti, qui semble en fait être bien plus que cela - un neveu, peut-être ? En imaginant que mon séjour à Agyrem ait été aussi court que le laisse supposer mon instinct, il devrait aujourd’hui avoir treize ans. A son âge, j’avais déjà tué plusieurs personnes, mais je crois que je n’avais jamais eu son potentiel. Selon mes maigres souvenirs, sa musculature n’était pas artificielle, et si sa finesse ne laissait pas présager de son efficacité, elle n’était toutefois que le fruit de l’entretien que procure un usage intensif et régulier. Ses cheveux noirs lui arrivaient à mi épaule… Non, ils tombaient au milieu dur front je crois, et quelques rares taches de rousseur parsemaient discrètement son visage. Maintenant, son visage autrefois inexpressif, devrait afficher toutes les sortes d‘émotions qu’éprouvent les nouveau-nés lorsqu‘ils découvrent le monde.
Car d’après ce que j’ai eu le temps d’entrevoir après ma mort, soit Slithanius s’est aussi fait tuer, soit le petit a réussi à échapper à sa garder lorsqu’il a été libéré de mon sortilège – à moins que Slithanius, enfin libéré de mon emprise, n’ai décidé seul d’abandonner ce rôle qu’il se lassait de jouer.
Toujours est-il qu’après la dissipation su sortilège que j’avais chanté, tissé et déroulé autour du garçon, sa conscience a dû s’éveiller après treize longues années de léthargie.
Il ne sait absolument rien du monde, et je doute même que son inconscient lui ait fait parvenir toute information concernant les guildes. Tout au plus sait-il parler, compter, marcher. Quant à ses connaissances, elles doivent être là, enfouies quelque part au fond de ses pensées. Mais si son savoir s’est endormi lorsque sa conscience s’est éveillée, son corps, lui ne doit rien avoir oublié, et aura conservé certains réflexes.
Sa façon de penser est vierge, et son cerveau est tel une feuille de papier blanche, sur laquelle viendront s’inscrire sa nature profonde avec les expériences qu’il vivra.
Mes actes ne dépendant plus de ma volonté, mes pensées seront désormais la seule chose qu’il me reste, et je les savourerai tant que je pourrai en profiter, conscient qu’à ma révocation – si elle arrive un jour, – je retournerai au quartier fantôme pour un sommeil sans fin.


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En Résumé

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Un garçon, élevé par deux médiocres agents Dimirs, se révèle être un apprenti au potentiel extraordinaire.
Son instructeur, d’abord surpris de ces étonnants talents, s’emporte un jour et le défie de tuer un membre de chaque guilde. Il part, et après les premiers meurtres, attire l’attention du maître de la Dixième Guilde. Celui se montre satisfait de la tournure que prennent les événements, et commence à garder un œil sur ce jeune surdoué.
Il décide de l’aider lorsqu’il ira au devant d’obstacles insurmontables, et de parsemer sa route d’embûches lorsqu’elle sera trop simple.
Ainsi, le jeune assassin put triompher de justesse de ce défi, en sidérant son maître de sa ténacité. Depuis ce moment, il rencontra d’étrange obstacle, un ivrogne belliqueux alors qu’il était au plus mal – et qu’il ne lui avait rien fait ! –, une anomalie Izzet dans le cartel Simic, une fenêtre qui se ferme lors d’une mission tandis qu’il était accroché au rebord de celle-ci, etc.
Mais malgré la perte de quelques doigts, et les nombreuses balafres qu’il récolte, il finit en grandissant par s’émanciper de l’endoctrinement quasi-inexistant que son mentor aurait dû appliquer, et échafaude un projet pour rendre le monde meilleur.
Il entreprend d’assassiner un maître assassin de premier rang, et le Vampire doit jouer des pieds et des mains pour qu’il y parvienne, sans se faire tuer et sans non plus trop de facilités.
Il récupère sur le cadavre de sa cible un laissez-passer autorisant l’accès aux archives secrètes de la grande Bibliothèque des Brumes.
Il en profite, et remue ces archives secrètes de fond en comble. Il apprend quantité de sorts tous plus étonnants les uns que les autres, et s’en sert pour faire croire à sa mort.
Tandis que les instances Dimir s’interrogent sur la véracité de sa disparition, il fuit et, après avoir soumis un semi-elfe Selesnyan à sa volonté pour en faire son serviteur et compagnon, retourne au lieu qui lui avait servi de refuge il y a des années.
Là, il apprend et réapprend tous ces sortilèges et ces rituels, puis se dirige vers une région plus reculée, d’où il pourrait mener à bien ses projets sans être dérangés.
Alors, tandis qu’il peaufine ses sombres desseins, son serviteur enlève malgré lui des multitudes de nourrissons, qui passent tour à tour une sélection manuelle, consistant à une intrusion provisoire dans leur esprit pour évaluer leur potentiel physique et mental.
Durant de longues années, les enfants sont placés sous stase, jusqu’au jour où tous se réveillent, et où leur bourreau les force à s’entretuer.
Ce dernier prend sous son aile l’unique survivant, et après avoir endormi sa conscience pour le rendre docile et réceptif, il entreprend de le former selon l’apprentissage prévu pour lui, et qui en fera l’instrument de la renaissance du Plan.
Mais après cinq années d’enseignement intensif, qui ont révélé des capacités plus extraordinaires encore que les siennes, il part du refuge, en se fiant comme souvent à la vigilance de celui qui au fil des ans était devenu son seul ami, longtemps après avoir été asservi.  
Mais il ne reviendra jamais pour poursuivre la formation de son apprenti, car il tombe dans une embuscade finement organisée, contre laquelle il ne peut réagir. Il n’a pas le Temps de lancer un sort qu’il est criblé de flèches, puis transpercé de part en part par des lames tissées contre la magie.
Son spectre quitte son corps, et il voit en un dernier instant son ancien protégé, après avoir été libéré de l’emprise du sortilège placé sur lui, recevoir un nom par un marchand reconnaissant.
Son état éthéré lui permet alors de constater que ce garçon possède le même sang que lui, et qu’il est selon toute vraisemblance son neveu.
Loin de là, dans son antre de ténèbres, le Seigneur des Secrets suit le déroulement de événements avec un sourire satisfait, et continue de fomenter ses manigances.




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Portrait physiologique

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Ishmæl a treize ans, et est en apparence humain (en apparence seulement, parce que personne ne sait d'où il vient. Si il ne l'est pas, son ancien "instructeur" non plus, et dans ce cas, si Szadek connaît la nature de ce dernier, il pourrait seul faire le lien, en admettant qu'il ait connaissance du lien de parenté qui les unit.)
Sinon, il a donc quelques discrètes taches de rousseur qui parsèment une peau ni blanche ni hâlée, des cheveux lisses qui lui parviennent jusqu'au milieu du front, une cicatrice sur le poignet, une autre, plus grande, sous la clavicule droite, et encore une petite sur son mollet gauche.
Il est habillé comme le jour où il s'est réveillé, ne connaissant qu'à peine l'intérêt de changer régulièrement de vêtements. C'est-à-dire qu'il est vêtu d'un longue veste blanche, faite d'une toile souple, ni rêche ni douce, dont les deux revers se ferment à l'aide de boutons en bois grossièrement taillés. Elle lui arrive aux chevilles. Il fait un petit mètre soixante, et pèse environ 45 kg.
Il porte un pantalon large, en cuir tanné, qui se mêle à des hautes chausses de peaux cousues ensembles. Il ne possède aucune arme, mais s'est émerveillé dès son "réveil" devant ses ongles et ses dents, qui représente pour lui les parfaits outils naturels, et le comble de l'esprit pratique.
Il en prend le plus grand soin, et si il n'en a pas - encore - d'usage guerrier, il ne fait aucun doute que ça ne tarderait pas si il en avait l'occasion.


 
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Portrait psychologique

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Ishmæl est un petit garçon de treize ans, mais ne sait rien de Ravnica. Du moins, il ignore qu’il en sait en réalité plus que beaucoup de gens. Depuis que son inconscient, resté en surface durant toutes ces années, s’est rendormi, tout le savoir qu’il avait accumulé avait disparu de sa mémoire, le laissant aussi ignorant du monde qui l'entourait soudain qu'un Gruul autiste.
Toute connaissance - allant du nom scientifique de la noctambulae challengeris jusqu'à l'emplacement de Manteaubrume - peut refaire surface lors d'un éclair de lucidité, même si il est tout autant possible qu'elle disparaisse la seconde d'après.
Il connaît donc effectivement des sorts cheatés et éminemment bourrin, mais 1) ne s'en souvient plus sauf désir du MJ et 2) ne pourrait de toute façon pas s'en servir puisqu'il ne sait pas non plus canaliser de mana. (d'ailleurs, qu'est-ce que du mana ?)
Pour l'instant, les seules compétences dont son corps se souvient instinctivement et à coup sûr, c'est:
=>sauter
=>courir
=>crier
=>nager
=>escalader
=>s'accroupir
=>ramper
=>parler
=>murmurer
Il n'y a donc pas grand chose à dire sur sa psychologie, sinon qu'il n'en a aucune pour le moment.
On pourrait à la rigueur dire qu'il est curieux de découvrir le monde, et que...Ah oui !
Il adoore les biscuits !!
Sinon, effectivement, il a simplement hâte que quelqu'un lui apprenne la vie...
Sans sa nature de non-mort, même son ex-maître et oncle parviendrait tout de même parfois à s’inquiéter de ce qui arriverait si ce gamin, exceptionnellement doué en tout mais ignorant en tout autant de domaines, tomberait sur un être capable d’exploiter son mental, car ce-dernier est aussi malléable que de l’argile, et qu’il doit être curieux comme tout de connaître le prétendu fonctionnement du monde...




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Les caractéristiques

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Force : 10
Constitution: 10
Agilité : 14
Intelligence : 13
Affinité au mana : 13
Social : 13




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La Magie

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La magie que Ishmæl a apprise est incommensurable, tout comme ses aptitudes physiques. Il lui a été enseigné des sortilèges, des rituels, des enchantements, de toutes sortes et de toute nature, sans considération de mana particulier, allant de l'utilitaire basique aux arcanes les plus secret de la Bibliothèque de Manteaubrume. Seulement voilà, il a tout oublié, et pas en raison d'une cuite un peu sévère, mais parce que sa conscience était magiquement et profondément endormie tout au long de son apprentissage. Lorsque sa conscience a refait surface, son inconscient avec ce qu'il content de savoir et de savoir-faire a replongé. Sa maîtrise et sa connaissance de la magie est donc nulle, à ce jour.

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Et depuis...?

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[/center]
Ishmæl après avoir reçu son nom et ses biscuits a erré un moment avant d'atterrir dans un affreux malentendu dans des circonstances pour le moins particulière. Il y rencontre Elryann, Yarkol, Aenorial (Raenor à ce moment), ainsi qu'un curieux homme-poisson. Ça n'a duré qu'un moment, car sa vision du corps brûlé d'Aenorial éveille en lui un souvenir violent du massacre dont il est sorti vainqueur : la scène où il finit par être le dernier survivant. Sa mémoire lui permet cependant un souvenir assez clair des personnages qu'il a vu dans cette courte séquence de quête (la toute fin).
Sa prochaine apparition a lieu plus d'une demi-année plus tard (il y a fort à parier qu'il aura appris certaines bases durant ces mois, comme ce qu'est l'argent, ce que sont les guildes, etc), dans le pétard mouillé.
Il y retrouve Yarkol, qu'il suit dans les vrais fils de Ravnica. Dans cette quête, son inconscient se manifeste de deux manières (la police change : font=impact). Des connaissances jaillissent parfois, comme l'utilisation martiale de l'hyperventilation, ou bien ce qu'est un viashino ; d'autres fois, ce sont des souvenirs qui se manifestent, ou bien qui cherchent à se manifester, ce qui est extrêmement douloureux, et fait pleurer Ishmæl qui ne comprend pas. Il se rend sur les lieux du carnage dont il a été victime et acteur, les champs écarlates. De nouveaux souvenirs jaillissent, il les affronte et parvient à trouver une arme avec laquelle il se sent une étrange affinité. Il lui est remis une des balises de localisation harmonisées des Fils de Ravnica.
Il poursuit sa route dans le secret de l'abricot, où il rencontre Nesh, Tari, et Keïrr'sh. Yarkol leur annonce alors à tous qu'ils se reverront dans cinq lunes.
Il décide alors de partir à la rencontre des nomades gruuls, qui sauront peut-être lever le voile sur les événements qui se sont produits sur les champs écarlates, accompagné de Tari.




|۞|▓▓▓▓▓▓▓▓|۞|
╚ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ═ ╝




Bon, et bien je remercie ceux qui sont venu à bout de ma fiche de personnage d'en avoir eu le courage ! ^ ^

Ah oui ! Et je précise, car la narration laisse planer un doute quant à l’identité de mon personnage, qu'Ishmæl est bel et bien le garçonnet enlevé puis éduqué par le Narrateur, et que j’offre Slithanius et le Narrateur (son nom a été communiqué) aux MJs, qui auront ainsi en cadeau deux PNJs ayant un background relativement fourni.

Je remercie les Maîtr(ess)es du Jeu pour le sceau d’approbation Mjesque qu’ils m’ont gracieusement accordé.

(Je m'excuse au passage pour les fautes de frappe, les répétitions, oublis, etc, auxquelles auxquels un développement intempestif a permis de se glisser dans le texte.)




EDIT => LE 11 AOUT 2016 (nouveau système de caractéristiques, mise à jour de la chronologie...)


Dernière édition par Ishmæl le Mar 31 Mai 2016 - 2:50, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 21:02

Bon là je n'ai pas le courage de tout lire, mais bienvenu !
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 21:07

Merci beaucoup !! ^ ^

(prends ton Temps)
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 22:07

Ah. Ah. Ah. Ben, y'a pas 36 000 tordus capables de rédiger une fiche pareille, alors si tu es qui je crois, bienvenu ! Le cercle des Mafieux s'élargit !

Ishmael, hein ? Enflure.

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 17 Juin 2012 - 23:11

^^

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 18 Juin 2012 - 14:19

Pour ma part, je trouve ça très bien de faire quelque chose de très fourni. Attention cependant à ce que ça ne devienne pas lourd. Je trouve que trop de détails tue l'histoire du coup. C'est un résumé de l'histoire qui est demandé, pas une nouvelle x)

Après, je salue l'effort et l'inventivité. Et j'ai pas encore tout lu, mais bon, j'aurais pas fini tout de suite x)

Sinon, bah, pour poster dans les quêtes, faut attendre la validation des MJs x)
Et pour finir, bah, bon courage sur le forum Very Happy
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 18 Juin 2012 - 18:04

Yo.
Bon, alors, avec tes carac's là, tes sorts cheater, tu oublis, tu ne les sortiras jamais en jeu, hein.
Ensuite, bah le perso me plait bien, et puis s'il est vraiment aussi puissant qu'il en a l'air au corps à corps, j'le veux bien en compagnon d'arme, même si à mon gout il va manquer de puissance de frappe. M'enfin chacun son domaine, hein.
Moi j'ai tout lu. Au final, tu nous raconte beaucoup de truc pour pas grand chose: on a qu'un tout petit début de ton véritable perso, et ta description physique est pas top.On a besoin de détails, quelles vêtements porte t-il exactement? quelles armes possède t-il?
Bref, background sympas mais pas très représentatif du PJ que tu incarne, au final.

Sinon, ben bienvenu. Ah, et au fait, t'as rien à faire dans le malentendu, mais si tu traines trop, j'vais pas me gêner pour te massacrer aussi, hein. Moi je m'en fou de tuer des gens pour leur première quête.
Bon jeu! :p

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« Et certains craignent le Temps, quand moi je crains les Hommes. S’ils craignent les âges, c’est qu’ils n’ont plus peur des autres, mais je sais que la poigne qui mettra fin à mes jours n’est pas celle du Temps.C’est celle de mon meurtrier, mon Glorieux sauveur, l’Être que je haïrais de toute mon âme pour avoir été meilleur que moi. »  


« Que craintes et cries crèvent les croix,
Le souffle siffle un soulèvement sanglant
Et pleurent les prêtres prônant les Lois

Brièvement, la brise les brise brillamment
Et chante enfin la liberté. »    A.C/ Yarkol.
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 18 Juin 2012 - 18:59

Bien ! Une fiche fournie, inventive, agréable à lire, un personnage qui promet d'être amusant. Accepté ! Smile

Yarkol : de toute façon, c'est le tuteur qui connaissait les sorts, pas Ishmael.

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"Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur :
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. "

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 18 Juin 2012 - 20:02

Bon j'en suis qu'à la moitié et j'ai faim donc je lirais la suite plus tard
PS : tout ce bleu ça pique les yeux ><
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 18 Juin 2012 - 20:48

Bon ben je vous remercie tous pour vos messages de bienvenue !!

Pour l'histoire - trop - fournie, c'est pas que j'ai cherché à faire long, mais que j'avais une idée en tête que j'ai essayé de mettre par écrit. J'avais pas imaginé que ce serait aussi long, et je m'excuse - sincèrement, n'en doutez pas - si ça en a indisposé certains.
Voilà pour les détails.

Pour l'intervention RP dans le "malentendu (2)", j'ai juste pris la liberté d'intervenir dans le cadre d'un petit clin d’œil, rapport à la "femme en rouge".
Bref, j'avais prévenu avant cela MJ05 et MJ06 IRL, et si il s'avère que cela n'arrange pas le scénar', je me retirerai sans souci.^^

Yarkol, les sorts, les caracs', etc, c'est que de la poudre aux yeux puisque de toute façon, ce seront les MJs qui en feront ce qu'ils voudront. Le concept m'avait plu, et c'est pour ça que je l'ai choisi, mais c'est de toute façon stocké de manière "inconsciente" dans son cerveau, et il ne sait de toute manière rien de Ravnica, ce qui le réduit (pour l'instant Twisted Evil ) à un légume qui vient de naître. (mis à part la parole et l'apparence, mais l'idée y est.)
Pour tes opinions, Yarkol, je sais que tu vois toujours les choses de façon très...pragmatique...^^ mais pour ce qui est des talents de tes compagnons, il n'est même pas dit que nous nous rencontrions de nouveau. Après tout, Ravnica est si vaste... Smile
Que je traîne ou pas, ça dépendra d'Elryann, des MJs, des autres PJs, et de mon perso'. Et en l'occurrence, ce serait non seulement sa première quête, mais ses premières journées. Tu n'aurais donc même pas pitié d'un nouveau-né ?...
Bon, à part ces menus sarcasmes, je vous suis très reconnaissant à tous, tous autant que vous êtes. Very Happy

Oui, je sais que c'est beaucoup de lignes pour pas grand-chose, mais sans tout ce qui précède l'apparition d'Ishmæl, on ne se rendrait pas forcément compte de ce qu'il représente. Et puis en vrai, je trouve ça fun.
Je remercie notre Maîtresse de Jeu pour son approbation, et espère tous vous retrouver dans le jeu !!

(En fait, j'avais conscience de la manière dont mon perso pouvait être perçu et des remarques que soulèverait mon apparition RP parce que je suis déjà inscrit depuis près d'un an, mais j'en avais parlé avec certains MJs.)




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MessageSujet: Re: Ishmæl   Mar 19 Juin 2012 - 1:59


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MessageSujet: Re: Ishmæl   Mar 19 Juin 2012 - 11:18

Fiche validée, mais je veux aussi que tu voies avec Silviel/MJ05 pour ta liste de sorts/compétences et ta capa. Bravo pour la complexité de ta fiche, mais Yarkol a raison : une description physique plus poussée ne serait pas de trop. Et sinon, bravo pour la longueur de ta fiche, je crois que tu détiens le record. Bienvenue, en tout cas !
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Mar 19 Juin 2012 - 11:31

Et y'a quelques détails à revoir...

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Mer 20 Juin 2012 - 11:48

Bon, pour la plausibilité de certains points, (entre autres les passages du meurtre de la Dimir), et pour la facilité de lecture, je compte éditer ma fiche. Au programme: des détails de description en plus, des capacité plus explicites, et un résumé de l'histoire \o/

Et je vous remercie encore une fois pour tous vos messages, et accueille avec un soupir de soulagement le sceau approbation des trois MJs actuels!
(au sens propre en ce qui concerne MJ02 xD)

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 24 Juin 2012 - 17:34

EDIT !!

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 25 Juin 2012 - 0:38

Eh, t'aurais pas pu créé ce résumer avant? Me suis grave fait ch*er pour rien. Enfin bref. Toi dans une prochaine quête, je t’emmène jouer avec ton meilleur ami le Gruul pyroman: MOI.

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 25 Juin 2012 - 11:28

En fait, ça ne serait pas mal si tu débarquais dans le Malentendu. Le moment était mal choisi car Yarkol...a fait son Yarkol; mais à présent, genre après un tour, histoire que tout soit réglé (oui, le terme est excessivement optimiste), ça serait intéressant que tu déboules.
J'ai des biscuits, et ça serait dommage de ne pas inaugurer ton RP avec la phrase qui te sert de signature ! Very Happy

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Lun 25 Juin 2012 - 11:39

Ce sera avec plaisir, il ne fait aucun doute que l'appui de deux membres de la quête pourrait en effet faire pencher la balance du verdict du maître du jeu en notre faveur! Smile
Bref, en causant moins riche, j'attends d'avoir l'aval de MJ06, et je replonge aussi sec dans le malentendu.
("...replonge aussi sec..." hun, hun...c'est pas drôle...)

Ou peut-être dans la suite du malentendu, en fait, car la quête va peut-être ( je dis bien peut-être!) se finir un jour, et je crois qu'un peu d'xp fait jamais de mal.Very Happy
A bientôt, donc !!

PS, A l'attention de mon pyromane préféré: j'ai pensé à toi, à Aenorial, et à tous ceux qui se sont "grave fait ch*er pour rien", avant de faire le résumé... ^o^

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Dim 1 Juil 2012 - 20:57

Tu vas devoir attendre un peu, Ishalg- Ishmael (pardon) : avant d'intervenir, tu devras avoir une liste de caracs et de compétences validées. Donc, UP POUR MJ05 ! Merci. ( et ce, dans la plus pure mauvaise foi)
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MessageSujet: Re: Ishmæl   Mer 8 Aoû 2012 - 1:09


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MessageSujet: Re: Ishmæl   Mar 21 Aoû 2012 - 0:50

bonjour, cher MJ !
J'ai longtemps entendu parler de toi, et j'avoue être content d'enfin croiser le MJ04dont je croise tous les vieux posts !!
merci pour ton approbation !

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MessageSujet: Re: Ishmæl   Jeu 11 Aoû 2016 - 19:54

Edit !
Il était temps que je passe moi aussi au nouveau système de caractéristiques. A propos j'ai estimé qu'il était intéressant pour illustrer l'âge d'Ishmæl de ne distribuer que 25 des 27 points habituels dans les caractéristiques. En contrepartie, les deux prochains gains de niveau lui donneront accès à 4 points à répartir, au lieu de 3. J'attends l'avis de tous, pour savoir si une correction est nécessaire.

J'ai également ajouté un fil chronologique qui récapitule, liens à l'appui, ce qu'a vécu Ishmæl depuis la fin de son historique − qui je l'avoue est plutôt bref.

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